Quand vous avez un rendez-vous dans les locaux de Brésor, l'entreprise de café de Paul Van Himst, vous savez à l'avance qu'au moins, le café sera succulent. C'est déjà ça, si l'interview n'est pas terrible...
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Quand vous avez un rendez-vous dans les locaux de Brésor, l'entreprise de café de Paul Van Himst, vous savez à l'avance qu'au moins, le café sera succulent. C'est déjà ça, si l'interview n'est pas terrible... Mais le risque d'une mauvaise interview est nul quand vous rassemblez Paul Van Himst et Jan Mulder. Ils se connaissent depuis une soixantaine d'années et, aujourd'hui à l'interview comme hier sur le terrain, ils sont le plus souvent sur la même longueur d'onde. Si leur physique le leur permettait, ils auraient rechaussé les crampons pour solutionner les soucis offensifs rencontrés par Anderlecht la saison dernière. Mais non, décidément, rien à faire, la hanche de Paul Van Himst n'en veut plus... Par contre, pour servir une bonne tasse, pas de problème. "Quand je viens ici, c'est pour prendre un bon café", lâche directement Mulder. Réponse de son ex-acolyte en culotte courte: "Donc, tu ne viens que pour ça?" Le ton, jovial, est donné. Magnéto. JAN MULDER: Paul, j'ai tout appris de toi et d'Anderlecht! On progresse quand on est entouré par des cracks. J'arrivais de Winschoten. Et j'ai été accepté parce que j'étais un attaquant bosseur. Je créais des brèches, les autres joueurs en profitaient. Jef Jurion avait l'art d'envoyer des bons ballons depuis l'entrejeu. Je maîtrisais le une-deux. Ça reste une arme redoutable, on l'utilise trop peu pour ouvrir les défenses. Récemment, dans Het Laatste Nieuws, tu as formé ton équipe idéale et tu devais choisir des joueurs des deux candidats au titre uniquement. Tu as repris cinq joueurs de Bruges et six de l'Union. Si tu avais pu te servir chez les quatre participants aux play-offs, tu aurais pris qui à Anderlecht? MULDER: J'aurais fait l'équipe que j'ai faite... Je ne vois pas quel Anderlechtois j'aurais pu sélectionner. À Gand ou à Genk, j'aurais pu en prendre un. Et c'est un peu ça le problème d'Anderlecht. PAUL VAN HIMST: Anderlecht, c'était le collectif de Vincent Kompany. Alors que quand on pense à Bruges, on pense directement à Charles De Ketelaere ou à Noa Lang. J'ai longtemps cru que l'Union n'allait pas tenir mais je les ai encore vus dans leur avant-dernier match, à Anderlecht, et ils ont continué à jouer un football très sain. Le numéro 8, Lazare Amani, c'est tout bon. Celui-là, je le veux bien à Anderlecht. J'ai vu des gars qui sortaient en multipliant les petites passes. Alors que les relances d'Anderlecht, c'était une succession de mauvaises passes. Sur dix passes, il y en avait six qui arrivaient dans les pieds d'un adversaire. Et quand tu perds la balle, tu dois courir pour essayer de la récupérer, et tu y laisses de l'énergie. Bon, si je devais prendre un seul joueur, je prendrais le back gauche, Sergio Gómez. Lui, il a fait une bonne saison. Mais tous les autres... MULDER: Maintenant, le meilleur joueur de Bruges, c'était le gardien. Ça veut dire beaucoup. C'était un Club sans éclat. L'éclat, il était à l'Union. Tu sais c'est quoi le problème d'Anderlecht? Contre Charleroi et l'Antwerp, ils ont été bons, mais la semaine suivante, ce n'était plus bon. Ça a manqué de constance. Et ça ne s'explique pas par l'entraîneur mais par un manque de classe. Ils n'ont plus d'individualité de haut niveau comme il y eu dans le temps Paul, Rob Rensenbrink ou Marc Degryse. Dans un mauvais match, vous aviez la capacité de tirer l'équipe vers le haut. VAN HIMST: Il y a aussi un manque de body dans l'équipe, et donc, ils devaient souvent se replier en deuxième mi-temps, avec des médians qui ne tenaient plus la distance quand le combat était physique. Tous des bons joueurs de foot, mais quand ils doivent aller au duel... ouille. Ils n'ont plus les moyens d'acheter des joueurs de haut niveau, donc ils louent des jeunes. Mais ces jeunes n'ont pas ce que Jan avait, ce que j'avais. Qu'est-ce que Jan avait de particulier, Paul? VAN HIMST: Jan était un tout grand attaquant. Il était rapide, puissant, parfois individualiste. MULDER: Souvent, tu veux dire... VAN HIMST: Tu as raison, parfois trop. MULDER: Tu sais quoi mon gars? Quand j'y repense, je suis gêné. VAN HIMST: Ma chance, ça a été de pouvoir jouer avec de très grands attaquants, aussi bien à Anderlecht qu'en équipe nationale. D'abord Jacky Stockman, puis toi, puis Johan Devrindt. MULDER: Ah oui, Devrindt. Quel bon attaquant! Il était fort techniquement, il jouait des deux pieds. Je l'ai côtoyé deux mois en Réserves quand je suis arrivé. VAN HIMST: En équipe nationale, j'ai connu Roger Claessen. Il te ressemblait un peu. Il était puissant, avec un bon jeu de tête. Après, j'ai joué avec Raoul Lambert. Pour moi, des gars pareils étaient des bénédictions. Je marquais des buts uniquement en regardant bien où il y avait de l'espace, en profitant de leur boulot. Des joueurs pareils, on n'en voit plus. MULDER: L'Union en avait deux, Deniz Undav et Dante Vanzeir. Rapides et opportunistes tous les deux. Aujourd'hui, quand tu as ces deux qualités-là, c'est déjà presque suffisant. VAN HIMST: À l'Union, il n'y avait pas d'attaquant qui devait jouer au back gauche. Ils défendaient en suivant leur adversaire direct mais ils restaient devant. Pour un attaquant, c'est beaucoup plus facile. S'il doit se replier continuellement à gauche et à droite, il est mort après vingt minutes. À l'Antwerp, Michael Frey joue un peu dans ce registre-là, il est grand et costaud. Le nouveau de Bruges, Sargis Adamyan, il sait jouer au foot. Mais toi, Jan, tu étais aussi fort que Ruud van Nistelrooy. MULDER: Ma mère disait aussi que Van Nistelrooy me ressemblait. Donc, tu as raison. (Il éclate de rire). La différence, c'est que lui, il a marqué beaucoup de buts avec Manchester United et le Real. Là, je ne tiens plus la comparaison. Qui, à Anderlecht, est assez bon pour jouer au plus haut niveau? Est-ce que Joshua Zirkzee peut remplacer Robert Lewandowski au Bayern? VAN HIMST: Je le sens mal... (Il fronce les sourcils).MULDER: C'est un beau joueur. Il bosse, mais il doit améliorer sa finition. Il fait ce qu'il peut, et quand il est remplacé à une demi-heure de la fin, il est content parce qu'il a tout donné. Si j'étais attaquant aujourd'hui, je ne serais pas heureux de devoir sortir après une heure. VAN HIMST: Le système de Vincent Kompany était basé sur celui de City. Mais pour être dangereux comme attaquant, il ne faut pas être obligé de se replier continuellement. Ce qu'il faut faire, c'est s'engouffrer devant dès qu'il y a de l'espace, comme les deux attaquants de l'Union le font. À Anderlecht, on voit trop peu cette attirance vers le but. MULDER: Chaque fois que Yari Verschaeren est sur le terrain, il se passe quelque chose. Mais je ne suis toujours pas persuadé qu'il soit capable d'élever le niveau de toute l'équipe. Qu'est-ce que tu en penses? VAN HIMST: Sa meilleure place, c'est deuxième attaquant ou derrière les attaquants. Il cherche la profondeur, il ne joue pas vers l'arrière. Mais il a eu du mal à revenir après sa blessure. Et il n'a pas le coffre pour s'imposer dans les duels. On ne doit pas le mettre sur un flanc. Francis Amuzu, oui. Mais bon, si on prend tout en compte, on doit admettre que la troisième place d'Anderlecht est un classement logique. Ce qui aurait pu mieux se passer, c'est la finale de la Coupe de Belgique. MULDER: Quel mauvais match, surtout d'Anderlecht. Ils étaient stressés à mort, ils avaient peur de gagner. Pourtant, la marque de fabrique d'Anderlecht pendant longtemps, ça a été d'être là dans les grands moments. MULDER: Oui, c'est comme ça quand la classe est là. L'Anderlecht d'aujourd'hui n'a qu'un problème. À côté de ses dettes, de la malchance et de quelques autres trucs. (Il éclate de rire). Tout le monde s'attend à revoir le Sporting des années soixante à nonante. L'Anderlecht de Rensenbrink, de Van Himst, de Jurion, de Degryse, de Lozano, de Zetterberg. Mais ce n'est plus ça, Anderlecht. VAN HIMST: Quand j'entraînais Anderlecht, j'avais Erwin Vandenbergh, Alex Czerniatynski et Kenneth Brylle. Des gars qui marquaient toujours. Avant de commencer le match, on menait déjà 1-0. MULDER: OK, mais le foot a évolué. Aujourd'hui, il ne suffit plus de récupérer le ballon, de faire une action et d'aller mettre la balle au fond. Il faut courir partout et tout le temps. Tout le monde continue à voir le Parc Astrid avec le regard d'avant, mais c'est fini ça. Aujourd'hui, il y a toujours un truc contre le Sporting. Ils encaissent à la première minute. Ou dans le temps complémentaire. De la malchance? MULDER: Non. C'est juste une question de classe. Tu empêches un but de l'adversaire en ne lui laissant pas l'occasion d'avoir l'occasion de marquer ce but... Bref, vous estimez qu'il n'y a pas eu de progression par rapport à la saison précédente? VAN HIMST: Dans l'ensemble, ils ont joué de meilleurs matches que l'année d'avant. Collectivement, c'était mieux. Ils n'ont pas été baladés, sauf contre l'Union. MULDER: Paul, c'est maintenant comme ça qu'on voit les choses... Anderlecht n'a pas été baladé, donc on est contents. Allez, ce n'est pas possible. Le départ de Vincent Kompnay vous a surpris? MULDER: Moi bien. Ça me semble audacieux. Je ne l'aurais pas fait. Oui, les résultats n'étaient pas assez bons et cette finale de Coupe perdue était juste trop lisse. Un processus d'apprentissage? On continue d'apprendre sans cesse. Mais Kompany était un repère. Un gentleman, un nom dont on peut être fier. Zirkzee est venu grâce à Kompany. On ne doit pas l'oublier. VAN HIMST: Quand les avis ne coïncident pas, il vaut mieux se dire au revoir. Ça ne sert à rien de persister. Anderlecht qui joue la Conference League, vous allez vous y faire? MULDER: Tout Rotterdam était dingue le soir de la finale. José Mourinho était super heureux de la jouer. Et la moitié de Rome aurait voulu aller à Tirana. Tous ces gens-là n'ont pas dit que ce n'était que la Conference League. VAN HIMST: Tu as quand même des grands noms qui sont allés au bout. L'Europe, c'est l'Europe. Une fois que tu es engagé dans une compétition, tu veux aller le plus loin possible et gagner. À Anderlecht, on continue à parler de vous deux avec beaucoup de ferveur... MULDER: L'amour et la tradition, ça ne disparaît jamais. C'est le message que vous feriez passer aux supporters qui râlent? MULDER: Le chagrin, ça peut être beau aussi, mais ils ne s'en rendent pas compte. Te dire que Bruges est encore une fois champion, te retrouver au fond du fond du trou... (Il éclate de rire).Sacré capacité à relativiser... MULDER: On ne peut pas reprocher grand-chose à ce qu'on voit aujourd'hui là-bas, si ce n'est le départ abrupte, et à mon sens prématuré, de Kompany. Marc Coucke dirige le club comme un père. Il faut maintenant espérer l'éclosion d'un jeune de Neerpede. Par exemple Amando (NDLR: Amando Lapage est le petit-fils de Paul Van Himst). VAN HIMST: Ne t'emballe pas. Il n'a que 17 ans. Il a commencé comme attaquant et il savait marquer des buts. Maintenant, il joue en défense. On nous a déjà demandé de faire une interview ensemble, mais il n'a pas envie. C'est un gamin modeste. Il mérite un contrat mais la route est encore longue. MULDER: Je regarde souvent des matches du tournoi pascal de l'Ajax. Anderlecht gagne presque chaque fois. Quel talent. Il faudrait quand même qu'il y en ait parfois un qui sorte. VAN HIMST: Il y a un bon attaquant en U21. Dans la finale de Coupe de Belgique de cette catégorie, Gand était meilleur. Mais à la dernière minute, Lucas Stassin a reçu le ballon, et boum, goal. Il me fait penser à Erwin Vandenbergh. Donne-lui deux occasions et il en mettra à coup sûr une dedans. C'est un vrai buteur. Il fait déjà des entraînements avec l'équipe A. MULDER: C'est bien pour lui. Quand tu t'entraînes avec des meilleurs joueurs, tu progresses. J'ai aussi connu ça à Anderlecht quand je travaillais avec toi, avec Jurion, avec Wilfried Puis. Ça me fait penser à Charles De Ketelaere: il pourrait passer un palier en allant dans une meilleure équipe. Il doit déjà partir maintenant? VAN HIMST: Si je dois donner un conseil à Yari Verschaeren, je lui dis de rester encore une saison à Anderlecht. Pour De Ketelaere, c'est différent. Avec son physique, il est déjà capable de faire quelque chose à l'étranger. Et plus l'équipe dans laquelle il se retrouvera sera bonne, plus il sera performant. Quand je jouais, j'avais eu des contacts avec Modène via mon fournisseur de chaussures. Ça semblait tentant mais je n'ai jamais envisagé d'aller là-bas. Qu'est-ce que je serais allé faire dans un club pareil? J'aurais disparu de la circulation. Si tu veux t'améliorer, tu dois aller dans une meilleure équipe, pas simplement dans un club qui t'offre un meilleur contrat. MULDER: Avec les réseaux sociaux, aujourd'hui tu te fais plus vite un nom à l'étranger. Si tu t'étais retrouvé à l'Inter à l'époque, presque tout le monde se serait demandé qui tu étais. VAN HIMST: Ce n'était pas simple de jouer à l'époque en Italie avec leur catenaccio, surtout quand on te collait un homme de la première à la dernière minute. Je préférerais jouer aujourd'hui, contre une défense en zone. Tu peux prendre le meilleur en misant sur ton intelligence, si tu trouves les bonnes lignes de course. Jan, tu as un jour dit ceci: "Anderlecht n'était pas mon équipe, c'était l'équipe de Jef Mermans et de Paul Van Himst." Et tu as ajouté, plein d'admiration: "Paul Van Himst était le James Dean belge." C'est beau! MULDER: Quand je le comparais à James Dean, je faisais surtout allusion au rayonnement qu'il avait auprès des femmes. Je voyais qu'elles étaient attirées par lui, ça me déprimait. VAN HIMST: Je suis quand même content de ne m'être marié qu'une seule fois... MULDER: C'était aussi une époque où Anderlecht produisait un football particulier. C'était beau, stylé. Avec Pierre Sinibaldi sur le banc, on jouait toujours vers l'avant, jamais pour ne pas perdre. On offrait un jeu positif et on se faisait rarement prendre sur une contre-attaque. VAN HIMST: Mais pour pratiquer un jeu pareil, il faut que tous les joueurs soient habiles techniquement et bougent en permanence. Un peu comme Manchester City aujourd'hui. Parfois, je me demandais si tous les joueurs d'Anderlecht maîtrisaient le jeu que Vincent Kompany demandait. Et ça ne peut pas marcher si un ou deux joueurs ne suivent pas. MULDER: Kompany s'intéressait moins aux joueurs qu'au système. Mais à certains moments, il faut l'adapter parce que les joueurs sont quand même plus importants que le système. C'est impossible d'imiter Kevin De Bruyne. Quel joueur fantastique. Même quand on lui met un adversaire sur le dos pendant tout le match, on le voit souvent démarqué. VAN HIMST: Je lui collerais quand même un homme pendant tout le match. Comme Fi Vanhoof le faisait sur moi quand on affrontait Malines. Qui a été le meilleur adversaire direct qu'on a mis sur vous quand vous étiez à Anderlecht? VAN HIMST: Louis Pilot, du Standard, je ne dois même pas réfléchir pour donner un nom. MULDER: Je suis entièrement d'accord. Un sale joueur, mais super sympathique avant et après les matches. VAN HIMST: Un jour, il est venu me voir avant un match avec son fils qui voulait me rencontrer. Mais juste après, dès la première minute, il a fait du Louis Pilot. Un sale joueur, toujours avec le genou en avant. Après le match, il est redevenu agréable, il m'a serré la main. Un jour, quand on jouait au Standard, il m'a pris durement. Je ne savais plus marcher. Pierre Geys m'a remplacé. J'étais à peine dans le vestiaire que la porte s'est ouverte. Et Geys est entré. Je lui ai demandé ce qu'il faisait là, il m'a répondu qu'il venait aussi de se faire massacrer par Pilot. Vous n'attendiez pas mieux de la part de Lior Refaelov avec Anderlecht? MULDER: Quand Refaelov venait de faire un très bon match, il était sur le banc au début du match suivant. Même si l'entraîneur devait avoir de bonnes raisons, ça m'échappe. VAN HIMST: Il n'a plus 25 ans non plus. Et c'est encore plus compliqué dans une équipe qui ne tourne pas à son meilleur régime. C'est un peu comme Radja Nainggolan qui est venu à l'Antwerp à 34 ans. Tenir une équipe debout quand tu es sur la pente descendante, ce n'est pas simple. Pour résumer, Anderlecht n'aurait pas dû prendre Refaelov? MULDER: Non. Et il n'est pas non plus le leader dont Anderlecht avait besoin. Encore une fois, les meilleurs Anderlechtois ont souvent été les jeunes formés au club. En fin de saison, c'est Marco Kana qui a joué et plus Kristoffer Olsson, pourtant le transfert le plus cher. Il a coûté presque quatre millions. VAN HIMST: Kompany a beaucoup de joueurs d'un niveau équivalent pour les mêmes positions. MULDER: Que se passe-t-il avec Anouar Ait El Hadj? Il était si bon l'année passée. Mais il suffit qu'il joue un mauvais match, et hop, il disparaît de l'équipe. Si tu crois en lui, tu dois le laisser sur le terrain. Et lui donner de la confiance. VAN HIMST: Ce n'est pas facile, Jan. Un jour, quand j'entraînais Anderlecht, j'ai retiré Juan Lozano. On menait 3-1 et je voulais le préserver en vue du match suivant. Il n'était pas content. Là, je me suis juré de ne plus jamais l'enlever, quitte à ce qu'il meure sur la pelouse. Pourquoi l'Union Saint-Gilloise a-t-elle été aussi brillante? L'explication, c'est l'argent de Brighton ou les compétences de Felice Mazzù? MULDER: Il ne faut pas sous-estimer le rôle de Felice Mazzù. La meilleure remarque tactique que j'ai entendue cette saison, elle venait de lui. Après des ratés énormes de Dante Vanzeir et Deniz Undav, il a déclaré: "J'ai dit à mes deux joueurs que je les aimais." C'est beau. À Genk, il n'était pas à sa place. Mais à Charleroi et à l'Union, il a transformé ses équipes en machines. Tu donnais aussi beaucoup d'amour à tes joueurs quand tu entraînais, Paul? VAN HIMST: Tu dois avoir un lien avec tes joueurs. MULDER: C'est beau, ce que tu as réussi à faire. Ce n'était pas un métier pour moi. Et je ne m'attendais pas à ce que tu le fasses. VAN HIMST: J'avais une très bonne équipe, je ne me réveillais pas la nuit en me demandant comment j'allais devoir m'y prendre pour que ça fonctionne. Neuf de mes onze joueurs s'imposaient d'eux-mêmes dans le onze de départ. MULDER: Même au plus haut niveau, ça peut rater. Quand on a commencé à parler du transfert d'Erling Haaland à Manchester City, Pep Guardiola a dit qu'il devrait s'adapter au système. L'inverse est vrai aussi. Une équipe doit s'adapter un peu à un talent pareil. VAN HIMST: Haaland dans le système de City, j'ai quand même des doutes. MULDER: C'est pareil à Chelsea. Il faut un peu s'adapter à Romelu Lukaku. Si tu ne veux pas le faire, ne l'achète pas. Vous trouvez qu'Anderlecht s'est déjà remis de sa vente? Pour beaucoup de supporters, ça a représenté une cassure. VAN HIMST: Un Belge qui achète Anderlecht et qui se montre très impliqué, qu'est-ce que tu veux de plus? Tu crois que ça aurait été mieux si le club avait été racheté par le Russe fortuné qui s'y est intéressé au départ? MULDER: La façon dont Marc Coucke s'est mis en retrait il y a un an, pour moi c'est la grande classe. Tu ne trouves pas que le nouvel organigramme est bien pensé? Un bon organigramme, c'est un organigramme où un grand club obtient des bons résultats sur le terrain. MULDER: Mais tu attends qu'Anderlecht fasse encore ce que font le Real, Barcelone ou l'Ajax? Non. Mais gagner au moins un des quatre matches contre l'Union... VAN HIMST: C'est comme ça. Être battu quatre fois en quatre matches contre l'Union, je trouve que c'est beaucoup trop. MULDER: Là, tu marques un point, ok. Mais Anderlecht n'a pas les moyens du Bayern. Même pas le portefeuille de Bruges. Avec les revenus accumulés en plusieurs campagnes de Ligue des Champions, ils ont pris une très grande avance et ça ne se résorbe pas en deux ans. Anderlecht ne peut pas se permettre un attaquant à dix millions, alors qu'à ce niveau-là, ce serait bien nécessaire. Ou alors, il faut dénicher un gars comme Undav. Des joueurs pareils pour un prix raisonnable, il en existe encore. Un an après avoir basculé, Schalke est remonté en Bundesliga. Grâce à un seul joueur, Simon Terodde. Vous en aviez déjà entendu parler? Non. Moi non plus. Il a mis trente buts en une saison. VAN HIMST: Quand tu es arrivé de Winschoten, on ne te connaissait pas non plus. Mais Anderlecht t'a offert une belle voiture, une MG. J'avais la même. La différence, c'est que j'avais dû la payer moi-même. MULDER: Tu ne l'as toujours pas digéré, ça? Tu étais un riche torréfacteur, moi un pauvre fils de cordonnier venu d'un petit village. Comment est-ce que je serais allé à l'entraînement si on ne m'avait pas offert une voiture? J'aurais dû faire du stop, peut-être? Tu sais quoi? Tu aurais dû me prendre comme agent. Je t'aurais obtenu dix MG! Le problème, c'est que tu étais à Anderlecht depuis l'âge de six ans et que tu donnais l'impression que ça te convenait parfaitement. Paul, tu as eu l'occasion de partir au Real, mais tu ne voulais pas quitter Grand-Bigard. VAN HIMST: Un agent hongrois m'a dit un jour que si je le voulais, je pouvais effectivement aller au Real. On venait de les battre et c'était une équipe de trentenaires avec Ferenc Puskas, Raymond Kopa et Alfredo Di Stéfano. Et tu as refusé. VAN HIMST: Je me sentais bien à Anderlecht, j'étais heureux avec ma femme et nos trois enfants à Grand-Bigard, à dix minutes du stade. Je n'avais pas envie de déménager. MULDER: Fernand Goyvaerts, lui, il a quitté Bruges pour jouer au Real et à Barcelone. VAN HIMST: Goyvaerts était un aventurier, moi pas. C'est ça, l'explication. MULDER: Rinus Michels m'a un jour appelé, pour Barcelone, quelques années avant que Johan Cruijff n'y aille. Mais à l'époque, les frontières espagnoles étaient encore fermées. Si j'avais pu aller au Real, j'y serais allé. Barcelone, pour moi, c'était la province. Et quand j'entends les chants des supporters du Barça après les matches, je me dis chaque fois que j'ai bien fait de ne pas y aller.