Belic a semé le doute à St-Trond

" Lors de Saint-Trond-La Louvière, un Chinois suivait attentivement la rencontre depuis la tribune. De nouveau le même Zheyun Ye ", raconte le président trudonnaire Roland Duchâtelet, Voici l'extrait d'une enquête que le magazine Humo avait consacré il y a un mois à la fraude des paris dans le football belge. Or, le 29 octobre 2005, le président des Canaris était en voyage d'affaires en... Chine, d'où il ne reviendrait que quelques jours après. A son retour, il apprend que le site de paris en ligne britannique Betfair a vu une recrudescence des mises sur le match en question. Sur base de cette info, il remontre les images du match à Guy Mangelschots, le DS trudonnaire, car le gardien Dusan Belic semble impliqué sur chacun des trois buts de La Louvière avait inscrits. " Cela a commencé à nous mettre en situation inconfortable ", affirme aujourd'hui Duchâtelet.
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" Lors de Saint-Trond-La Louvière, un Chinois suivait attentivement la rencontre depuis la tribune. De nouveau le même Zheyun Ye ", raconte le président trudonnaire Roland Duchâtelet, Voici l'extrait d'une enquête que le magazine Humo avait consacré il y a un mois à la fraude des paris dans le football belge. Or, le 29 octobre 2005, le président des Canaris était en voyage d'affaires en... Chine, d'où il ne reviendrait que quelques jours après. A son retour, il apprend que le site de paris en ligne britannique Betfair a vu une recrudescence des mises sur le match en question. Sur base de cette info, il remontre les images du match à Guy Mangelschots, le DS trudonnaire, car le gardien Dusan Belic semble impliqué sur chacun des trois buts de La Louvière avait inscrits. " Cela a commencé à nous mettre en situation inconfortable ", affirme aujourd'hui Duchâtelet. La défaite trudonnaire contre les Loups est la deuxième dans le genre " bizarre ". A la mi-août, le STVV s'était déjà incliné 1-0 au Lierse, après une floche curieuse de Belic. " L'entraîneur lui a sérieusement remonté les bretelles à ce moment-là ", confirme Duchâtelet. Pour Herman Vermeulen, il ne s'agit en effet pas d'une bourde sportive. Il convoque le staff technique, ensuite Belic et leur fait visionner deux ou trois fois les images de la phase litigieuse. Belic se défend en affirmant qu'il a pris peur de glisser en dehors du grand rectangle, raison pour laquelle il n'a pas utilisé les mains pour tenter de stopper l'attaquant lierrois. Vermeulen réfute cette version des faits car sur les images, jamais Belic ne s'approche des 16 mètres. L'entraîneur lui fait donc comprendre qu'il a également sa version des faits... Puis vient le match Saint-Trond - La Louvière. Avant le briefing tactique, Belic est pris à part dans le local des joueurs. On lui dit : - Dusan, fais gaffe à ce que tu fais aujourd'hui. Pour La Louvière, tous les moyens sont bons pour décrocher un résultat. Belic nie cette version aujourd'hui, mais Duchâtelet confirme : " Cela n'était pas une motion de défiance. Cela signifiait juste qu'on le mettait en garde : - Tu pourrais être approché. Nous avons d'ailleurs répété le message à tous les joueurs, mais les gardiens sont plus facilement approchés ". Duchâtelet confirme également qu'il avait reçu des informations concernant le comportement de parieur de Gilbert Bodart. Des renseignements fournis par Eddy Vergeylen, le président d'Ostende, l'ex-club de Gil en tant qu'entraîneur. Duchâtelet : " J'ai promis à Vergeylen de ne rien dévoiler. Mais c'est vrai que je l'ai appelé ". Saint-Trond perd 1-3 contre La Louvière. Lors du décrassage le dimanche, Belic se plaint auprès de certains autres joueurs d'avoir été pris à part avant la rencontre. Duchâtelet voulait l'écarter : " Je l'avais déjà dit après le match au Lierse : - Ceci n'est pas une situation convenable, nous devons essayer d'aligner notre jeune deuxième gardien ". Mais la pression interne fait plier l'homme fort du STVV : écarter Belic équivaudrait à une condamnation implicite. Deuzio, le club prendrait un gros risque en alignant un gardien de 19 ans ( Frank Boeckx) et un gardien réserviste de 17 ans ( Simon Mignolet). Tertio, mettre Belic au pas attirerait l'attention de la presse qui ne lâcherait plus le club. Enfin, quel effet aurait cette décision sur les amis de Belic au sein du noyau, et plus précisément l'avant serbe Ilja Stolica ? Belic joue donc contre le Cercle et en Coupe contre HO Dender. La préparation à ce match se déroule dans le chaos : le matin, la police emmène le défenseur Cyril Ramond pour un interrogatoire et met la main sur son gsm et son ordinateur. Ramond a commis une grosse bourde face au Cercle et une fois de plus, cette rencontre a donné lieu à des mises anormalement élevées sur le site Betfair. Saint-Trond se qualifie pour les huitièmes de finale de la Coupe mais le lendemain, le docteur du club décèle un pneumothorax chez Belic. Une fois guéri, Belic souffre d'une blessure au genou. Pour le club, ces deux bobos sont du bain bénit. Belic est hors jeu malgré un contrat d'encore un an et demi. Duchâtelet : " Nous ne pouvons pas affirmer aujourd'hui que Belic a trafiqué des matches car nous n'avons aucune preuve. La police m'a demandé des éclaircissements car elle avait entendu d'un anonyme que Belic se serait repenti auprès de moi, mais c'est totalement faux. Même si Belic avait commis cette faute, il n'est selon moi absolument pas du genre à l'avouer ". Confronté aux reporters de l'émission flamande Panorama de dimanche dernier, Belic maintient son innocence. L'équipe TV lui remontre les images des matches contre le Lierse et La Louvière : sans réaction. Mais une fois la caméra éteinte, Belic avoue de temps en temps parier quelques euros sur des matches de Ligue des Champions, mais jamais sur des matches de championnat. Cela augmente selon lui le suspense lorsqu'il regarde un match. Ensuite, il évoque un système de paris grâce auquel on gagne à tous les coups, selon lui : " Il existe des journaux spécialisés qui publient des systèmes de paris qui te permettent de gagner. A Belgrade, par exemple, il y a un journal du nom de Tip. Allez en Chine, dans la région des Balkans, en Croatie, en Bulgarie, en Roumanie ou en Russie : les gens y connaissent tout des systèmes de paris. Ils ne font rien d'autre que de parier. Mais attention, avant de commencer il faut avoir des sommes rondelettes. Vous ne gagnerez rien avec 200 ou 300 euros, ça c'est juste parier pour le plaisir ". Le 20 janvier, La Louvière perdait 3-0 à La Gantoise : un score très prisé parmi les parieurs... et acquis après une demi-heure. Selon Panorama, tous les yeux du milieu du jeu illégal chinois sont braqués sur ce duel. Selon les auteurs du reportage, seuls quatre joueurs de La Louvière ne font avec certitude pas partie du système : Alexandre Teklak, Nordin Jbari, Michaël Cordier et Olivier Guilmot. Cordier a 21 ans et succède à Silvio Proto. L'entraîneur des gardiens Michel Piersoul dit même de lui qu'il est techniquement plus doué que Proto. L'agent Pietro Allatta flaire la bonne affaire mais Piersoul refuse d'entraîner Cordier si celui-ci se lie à lui et Cordier l'écoute. Piersoul mettra également tout en £uvre pour éviter l'arrivée du gardien finlandais Henri Silanpaa à l'intersaison. Sillanpaa vient à l'essai depuis le AC Allianssi, le club de Zheyun Ye et Olivier Suray, et atterrit à Bruxelles la veille de la fameuse défaite 8-0 de son club finlandais. A l'aéroport, il est accueilli par Allatta. Le jour de La Gantoise-La Louvière, lorsque le car des Loups s'apprête à quitter le Tivoli, un joueur discute encore avec un Chinois. Panorama donne un nom à ce joueur : le défenseur français Martin Ekani. Le Chinois n'est pas Zheyun Ye. Ekani est l'un des quatre Français qui lors du week-end de Saint-Trond - La Louvière ont signé un contrat en faveur du club hennuyer, mais il est le seul à pouvoir rester. Selon une source bien informée, les trois autres sont payés pour se taire et leurs contrats sont déchirés. A l'U. B., on trouve l'affaire louche : la fédération a envoyé quatre cartes d'affiliation - l'avocat Laurent Denis ayant même insisté pour accélérer la procédure - mais seuls Ekani et Habib Sissoko sont alignés. Sans jamais avoir porté le maillot louviérois, ce dernier est transféré quelques semaines plus tard à un club amateur français. Ses coéquipiers savent seulement qu'Ekani est un transfert de Pierrot, le surnom donné à Allatta. Interrogé à ce propos le soir de Saint-Trond - La Louvière, Filippo Gaone déclare qu'il s'agit de foutaises. Une petite enquête apprend que le quatuor français a été amené par un certain Antar, un manager fantôme de la région de Marseille, à propos duquel nul ne sait grand-chose. Même son prénom. Ce qui est certain, c'est qu'il loge dans le même hôtel que les Loups durant leur stage hivernal en Turquie. Antar serait un homme de paille d'Allatta qui se tient dans l'ombre ces derniers temps. Y compris dans les loges du... Mambourg, d'où il a suivi le mois dernier le duel Charleroi-Genk. Allatta est également vu en compagnie de David Magri, qui a réglé récemment le transfert du Bruxellois d'origine grecque StavrosGlouftsis de Geel à La Louvière. Il défend également les intérêts du joueur de Geel Michaël Van Geele et dans le rapport de la Commission de contrôle de l'UB au sujet de l'affaire de corruption entre Geel et Waasland, il est cité comme manager de Sébastien Dufoor. Geel aurait tenté d'acheter Dufoor, qui évoluait à Waasland (actuellement à Roulers). Justement à cette période, Geel conclut un deal très lucratif avec Ye. Magri et Allatta ont en commun des origines siciliennes. Jusqu'en Scolaires, Magri joue à Anderlecht, se rappelle le patron du scouting anderlechtois Werner Deraeve, mais il n'est pas un grand talent. Un accident de voiture met fin à sa carrière. Aujourd'hui, il est le gérant d'une société de nettoyage à Tubize et agent de joueurs sans reconnaissance officielle. Quelqu'un d'autre connaît bien Allatta : Yvon Hudsyn. En 1998, sa société Licensing Merchandising Promotion (LMP) fait faillite après avoir été partenaire exclusif de merchandising pour l'UB de 1987 à 2000. En décembre 2001, Hudsyn devient directeur commercial de La Louvière en tant qu'indépendant. Il est à l'étranger lorsque nous l'appelons. Hudsyn : " Je n'ai de mon temps jamais entendu parler de Chinois ou de rencontres manipulées. Je lis dans la presse des articles sur le comportement étrange de Pietro Allatta envers Roland Louf, ça j'en ai bel et bien été le témoin. Je peux comprendre que Roland ne veuille pas l'avouer car il a sans doute pris peur, comme tout le monde. Pietro n'est pas un personnage dont on dit impunément : - C'est un vilain monsieur. Je n'ai jamais eu de problèmes avec lui. Il m'a demandé quelques fois des tickets pour des matches parce que le président lui en avait soi-disant promis. Et je le renvoyais vers Gaone ". Hudsyn admet qu'il a été témoin d'une altercation violente entre Louf et Allatta : " ... aussi bien en mots qu'en gestes. Avec des mots on peut aller très loin et selon moi, cette fois-là, Allatta est allé trop loin. Ce n'était pas un moment agréable : il y avait beaucoup de violence et des menaces étaient sérieuses. Ce qui m'a toujours étonné c'est que Gaone ne soit pas intervenu. Il se trouvait dans son bureau, à côté et il a tout entendu car le vacarme était horrible. Ce n'est que lorsque l'autre était parti que Gaone a ouvert sa porte et dit : - C'est quoi ça ici ? Je suis chez moi, hein. ' C'était tout ". Et on a dit qu'Allatta a tenté d'acheter Hudsin : " Je considère cela comme une blague. Il savait que je connaissais le secrétaire général de l'UB et m'a un jour dit : -Si je peux avoir les questions de l'examen, je te donne une enveloppe avec beaucoup de fric pour toi et pour lui. Est-ce que c'est sérieux ? Cela correspond en tout cas bien à son style ". David Delferrière connaît Allatta depuis longtemps : " 30 ans, quand il jouait encore en P3. J'étais arbitre et j'ai encore sifflé des rencontres où il jouait. Plus tard nous avons été concurrents lorsque, comme moi, il présidait aux destinées d'un club. Et plus tard encore, je l'ai rencontré comme manager. Il y a six mois, nous nous sommes parlés pour la dernière fois. Je lui ai dit ce que je pensais de lui, lui m'a dit ce qu'il pensait de moi et nous avons bu un verre ". Delferière est un poids lourd du football belge : il est vice-président de l'UB et fait partie du comité stratégique présidé par Roger Vanden Stock pour réformer la fédération. Il est aussi directeur des ressources humaines chez Dexia. Au printemps 2005, Gaone demanda à Delferrière de définir une nouvelle structure administrative pour son club, vu les dégâts causés selon lui par Albert Cartier et l'ancien manager Stéphane Pauwels. Début juin 2005, le banquier commence son travail en tant que consultant indépendant : " J'ai vu le Chinois, mais je l'ai également aperçu à Charleroi. Cela n'avait rien à voir avec mon départ. J'avais fait part à M. Gaone de mes conclusions sur la structure à adopter par le club. Il ne les a pas acceptées et mon travail prenait fin. La première fois que j'ai entendu parler de rencontres manipulées, c'était après la rencontre à Saint-Trond. Je venais de quitter mes fonctions, le 26 octobre ". Delferière dit ne pas avoir été partie prenante à l'embauche de Gilbert Bodart : " Ma condition pour entamer ma mission était de ne pas être mêlé à l'aspect sportif et elle fut respectée. Je n'étais présent qu'à la troisième rencontre avec Bodart, sur demande insistante de Gaone. J'avais l'impression qu'à ce moment-là tout était réglé. J'ai d'ailleurs dit à Gaone que j'estimais qu'il m'avait fait perdre mon temps dans cette réunion. Cela dit, je lisais les journaux et j'en ai parlé le président louviérois. Il m'a dit que quelques mois auparavant un Italien avait voulu acheter le club et qu'au sujet des paris il en avait marre des rumeurs et qu'il entreprendrait des démarches avec Maître Denis. Maintenant que j'ai quitté le club, ce n'est plus mon problème mais à l'époque je me suis fait du souci par rapport à ma fonction à l'UB. J'ai toujours été ouvert à ce sujet avec monsieur le président Jan Peeters à qui j'ai dit que je quittais La Louvière pour d'autres raisons que celles qu'on pourrait imaginer et que je n'avais jamais entendu parler de matches truqués ". Dans La Gazette des Sports, Allatta a fait savoir vendredi dernier qu'il visait la présidence à La Louvière. Des insiders supposent cependant qu'il a porté son choix sur la Grèce et craignent qu'un nouveau scénario à la AC Allianssi se reproduise au sein du club de D2 grecque de Ethnikos Asteras. Yannick Vervalle, qui avait terminé en disgrâce avec Gaone à La Louvière, y a rejoint le mois dernier son ex-coéquipier Rafik Djebbour et Patrick Zoundi (ex-Lokeren). Et le Belge d'origine marocaine Khalid Karama, ancien entraîneur adjoint de Charleroi et connu comme vieil ami d'Allatta, y est entraîneur. Et pour Bodart, dit une autre source, Allatta aurait deux clubs à proposer, dont un autre club grec (Aris Salonique) et Malaga. En tant que directeur technique. Il faut le faire. JAN HAUSPIE