L'entretien était réglé avec précision : le joueur demandé serait disponible à la salle de presse du complexe d'entraînement de 14 h 30 à 15 h. Le scénario a pourtant changé : le numéro 14 du Borussia Dortmund, légèrement blessé, a eu besoin de soins et aussi de trottiner.
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L'entretien était réglé avec précision : le joueur demandé serait disponible à la salle de presse du complexe d'entraînement de 14 h 30 à 15 h. Le scénario a pourtant changé : le numéro 14 du Borussia Dortmund, légèrement blessé, a eu besoin de soins et aussi de trottiner. Ivan Perisic est donc arrivé une heure et demie plus tard mais notre patience est récompensée : il prend le temps de répondre aux questions et nous invite dans un restaurant proche du Signal Iduna Park, le plus grand stade d'Allemagne, avant de poser pour quelques photos sur le marché de Noël. Un marché qui a le plus grand sapin du monde et est proche de son appartement, au centre de la principale ville de la Ruhr. Malgré tout, Perisic n'est pas encore tout à fait satisfait. Ivan Perisic : Mes débuts ont été difficiles. Les méthodes de travail sont différentes de celles que je connaissais. On attend de moi plus de travail défensif et mon corps doit s'y habituer. J'essaie d'écouter et de comprendre tous les conseils que l'entraîneur me donne. Oui. Quand on est sur le banc, on attend avec impatience ce genre de moment. C'est fantastique. C'est pour des instants pareils qu'on joue au foot. J'ai vécu une soirée inoubliable. A mon retour dans le vestiaire, j'ai reçu sur mon téléphone la vidéo du but. Cela m'a vraiment fait plaisir car je n'aurais pas été capable de me la procurer moi-même (il rit). J'ai simplement eu de la malchance. L'exclusion était injustifiée car j'ai touché le ballon les deux fois. Lors de ma suspension, l'équipe a étrillé Cologne 5-0 et l'entraîneur a conservé sa nouvelle occupation de terrain. J'ai dû m'absenter pour disputer les matches de barrage contre la Turquie. Pendant que j'étais sur le banc, Dortmund a signé une belle série en Bundesliga. C'est pénible pour quelqu'un comme moi qui veut être de tous les matches mais heureusement, beaucoup de gens m'ont soutenu et conseillé, comme Sadio Demba, l'entraîneur adjoint de Roulers, devenu un ami. De patienter, d'attendre ma chance puis de la saisir. Jusqu'au match à Brême, il était très content de mon évolution mais quand je suis revenu de l'équipe nationale, il a remarqué que j'étais un peu stressé. Je n'avais pu jouer que vingt minutes contre la Turquie, alors que Niko Kranjcar était blessé. C'est pour ça que je n'ai plus été titularisé ici. C'est frustrant mais l'entraîneur m'a assuré que si je continuais à travailler, je recevrais à nouveau ma chance. Il m'a certifié que le club était satisfait de moi. Si ce n'était pas le cas, je m'en irais. Non. Depuis Torsten Frings en 2002, je suis le transfert le plus cher du club. On doit donc vraiment croire en moi et on ne m'a pas acheté pour me laisser sur le banc. J'ai 22 ans et j'ai signé un contrat de cinq ans. Je suis arrivé il y a moins de six mois. Je n'ai pas l'intention de partir maintenant. Je vais achever la saison et si nous nous qualifions directement pour les poules de la Ligue des Champions, je serai encore là la saison prochaine. Justement. C'est le club idéal pour moi. Je l'ai soigneusement choisi. Les trois quarts du noyau sont de mon âge, ce qui a facilité mon adaptation. Tout va bien. Seules les six dernières semaines auraient pu être meilleures mais je mets tout en £uvre pour que les prochaines soient excellentes. Pendant la saison, le Club me l'a interdit car j'étais encore sous contrat pour plusieurs années. Quand il m'a enfin accordé ma liberté, je l'ai eu en ligne. Qu'il pensait que le Borussia Dortmund constituait la meilleure étape pour un jeune joueur comme moi et qu'il avait trois options pour moi. La première était de jouer à gauche, sachant que je pouvais aussi évoluer à droite et dans l'axe. Je suis même entré au jeu deux fois comme avant-centre. Si mais au Club, j'ai surtout évolué à gauche pendant deux ans. Je me suis adapté à cette position, d'où j'ai quand même marqué 22 buts la saison passée. C'est un plus. On verra si je reste à ce poste. Parfois, on y a trop peu de contacts avec le ballon car on joue surtout par le milieu mais pour réaliser des actions homme contre homme, le flanc ce n'est pas mal. On nous demande d'effectuer beaucoup de travail défensif et le faire va m'apporter un plus pour la suite. Nous savons tous comment les Allemands travaillent. Travailler comme un chien mais ce n'est pas une mauvaise chose. J'espère conserver cette mentalité et m'adapter encore davantage au style allemand. Je suis parmi les trois meilleurs du groupe. En effet. Mais il faut que je joue plus. Alors, le club découvrira l'ampleur de mes capacités physiques. Non, je ne pense pas qu'il faille le faire. Cela pourrait se retourner contre moi. J'essaie... Le groupe est fort et toutes les positions sont doublées. Beaucoup de joueurs méritent leur place. Il y a aussi Kuba, Jakub Blaszczykowski, le capitaine de la Pologne, qui n'est pas n'importe qui. Je ne suis pas arrivé chez le quinzième mais chez le champion de Bundesliga et je comprends que certains joueurs ont acquis plus de crédit qu'un nouveau comme moi. Ma tâche est donc plus difficile que la leur. Je ne pense pas. J'espère qu'ils vont rester car nous avons encore nos chances de reconduire notre titre et certainement de terminer parmi les trois premiers, ce qui nous qualifierait pour les poules de la Ligue des Champions. Non, il y a davantage. Ce qui compte le plus, c'est la défense. Le Club a encaissé beaucoup de buts et si c'est moins fréquent ici, c'est pour des raisons tactiques. Nous sommes dans un championnat qui compte le Bayern et des joueurs comme Arjen Robben et Franck Ribéry. Rien que ça, ça constitue une motivation supplémentaire. Je préfère ne pas en parler. Ne vous attendez pas à ce que je compare les deux clubs. J'ai effectué un choix parfait pour moi mais j'ai beaucoup d'amis à Bruges comme ici. Les joueurs me parlent en anglais mais j'ai l'intention d'apprendre rapidement l'allemand car il est préférable de s'adresser aux gens dans leur langue maternelle. Style Mourinho. Je veux dire qu'il est l'ami des joueurs mais une fois sur le terrain... Si on ne se livre pas à fond à chaque match, on est écarté. Il retire le maximum de chacun. Cela n'a pas d'importance. Parfois. 80 % de nos joueurs sont jeunes et passer tout son temps à la maison ne serait pas bon non plus. Chaque semaine, l'équipe organise une activité en groupe. Si on gagne, on peut faire ce qu'on veut. Parce que j'ai plus d'expérience et que beaucoup de gens m'ont prévenu que si je commettais ce genre d'erreurs ici, je serais grillé. Si, en Allemagne, j'ai le malheur de sortir la veille d'un match comme je le faisais à Bruges, je suis fini. Heureusement, j'ai tâté de cette vie et j'en ai tiré mes leçons. Je ne le ferai jamais ici. Je l'espère ! Quelqu'un passe chaque semaine et beaucoup de familles croates qui vivent à Dortmund m'ont déjà aidé. Je ne suis pas esseulé. Elle termine sa dernière année et ensuite, elle me rejoindra. Ce sera en tout cas une expérience nouvelle mais je ne sais pas comment ça ira ! J'ai rendu visite à ma famille en Croatie tout en respectant mon programme d'entraînement et en jouant au mini-foot avec des copains. 2011 a été ma meilleure année : j'ai été meilleur buteur en Belgique, j'ai été élu meilleur joueur, je suis devenu international et j'ai réalisé un beau transfert chez le champion d'Allemagne. En 2012, je veux marquer mon premier but pour la Croatie. Peut-être lors du match de qualification pour le Mondial contre la Belgique ? J'espère que nous serons premiers et que la Belgique sera deuxième. Un groupe avec l'Espagne et l'Italie, c'est terrible mais ce n'est peut-être pas mauvais car nous sommes meilleurs contre les ténors. Exactement et nous prenons alors le match par-dessus la jambe. L'Espagne. Les Ibériques jouent ensemble depuis plus longtemps. C'est pour cela que je les place devant l'Allemagne, dont la nouvelle génération sera au sommet de son art au Brésil. C'est un footballeur brillant, peut-être le meilleur avec lequel j'ai jamais joué. Il a quelque chose de spécial. On le voit dès qu'il réceptionne le ballon. En dehors du stade, il se comporte comme un garçon normal, il est copain avec tout le monde et n'a pas d'allures de star ni de caprice. C'est pour tout ça que je pense qu'il va réaliser une grande carrière. J'espère que non. Quand Slaven Bilic m'a sélectionné pour la première fois, il a remarqué d'emblée mes qualités, il a parlé avec moi et m'a dit, entre autres, que je devrais normalement toujours faire partie des quinze. J'ai déjà été convoqué six fois. Cependant, si je ne joue pas beaucoup au second tour, ma situation changera peut-être. Je sais ce que je dois faire : me concentrer sur le second tour, travailler d'arrache-pied pendant la préparation en janvier puis donner le meilleur de moi-même de février à avril pour conserver ma place en équipe nationale. Si ma situation ne change pas, je trouverai certainement une solution mais jusqu'à présent, je suis satisfait à 80 % de tout ce que j'ai vécu ici. Oui car pendant cinq mois, j'ai découvert le mode de pensée des gens et comment travailler. Je vais prendre un nouveau départ après les vacances et tout mettre en £uvre pour répondre aux exigences et retrouver une place dans l'équipe. Celui qui ne se dépasse pas vole dehors. Tout tourne autour de ça, avec une portion de chance. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Si j'ai le malheur de sortir la veille d'un match comme je le faisais à Bruges, je suis fini. "" En Bundesliga, ce qui compte le plus, c'est la défense. "