Le Süddeutsche Zeitung, un quotidien allemand de qualité, a révélé la semaine dernière la réalité du dopage dans l'ancienne RFA. En 1998, le DOSB, le Comité olympique allemand, a commandé une étude sur le dopage en Allemagne de 1950 à nos jours, une étude replacée dans une perspective historico-sociologique. Le rapport de 804 pages, qui a coûté 525.000 euros, a été établi par les universités de Munster et de Berlin. Il a été achevé en avril dernier mais n'a pas été publié, jusqu'à ce que certains responsables organisent une fuite, estimant qu'il fallait rendre les conclusions publiques. Mercredi dernier, le DOSB a donc prié les chercheurs de publier la totalité des 804 pages et de me...

Le Süddeutsche Zeitung, un quotidien allemand de qualité, a révélé la semaine dernière la réalité du dopage dans l'ancienne RFA. En 1998, le DOSB, le Comité olympique allemand, a commandé une étude sur le dopage en Allemagne de 1950 à nos jours, une étude replacée dans une perspective historico-sociologique. Le rapport de 804 pages, qui a coûté 525.000 euros, a été établi par les universités de Munster et de Berlin. Il a été achevé en avril dernier mais n'a pas été publié, jusqu'à ce que certains responsables organisent une fuite, estimant qu'il fallait rendre les conclusions publiques. Mercredi dernier, le DOSB a donc prié les chercheurs de publier la totalité des 804 pages et de mener un débat en profondeur, débat auquel le monde politique se dit également favorable. Le rapport établit des faits et cite les noms des personnes impliquées. Il s'agit souvent de fonctionnaires du sport qui sont toujours en poste. La principale conclusion du rapport est que le recours au dopage pendant la guerre froide, des années 50 jusqu'à la réunification de l'Allemagne en 1989, n'était pas l'apanage de la seule RDA mais aussi de l'Ouest. Il est question d'une forme de dopage organisé par l'État. Les produits utilisés ? Stéroïdes anabolisants, testostérone, oestrogènes et EPO, parfois même administrés à des mineurs, le tout financé par l'État et donc par les contribuables. Le véritable dopage étatique a commencé en 1970 avec la mise sur pied du BISp, l'Institut fédéral de Sciences du Sport, qui dépend toujours à l'heure actuelle du ministère de l'Intérieur. " Nos athlètes doivent bénéficier à tous points de vues des mêmes possibilités que les athlètes est-allemands ", a déclaré un ancien ministre de l'Intérieur, dont le nom n'est pas cité. Le dossier démontre que ce n'est pas une discipline sportive mais plusieurs, parmi lesquelles l'athlétisme et le football, qui sont concernées. De quoi réveiller les soupçons nés aux Jeux olympiques de Munich en 1972 : l'Allemagne de l'Ouest y a enlevé 40 médailles, dont treize d'or, terminant quatrième au classement des médailles, alors que sa rivale, la RDA, en a remporté 66. Les indications concernant le football de haut niveau sont surprenantes. Il serait question de dopage lors des Coupes du Monde 1966 et 1974, des éditions durant lesquelles l'Allemagne a respectivement été finaliste malheureuse puis gagnante. " Foutaises ", réagit l'ancien international Wolfgang Overath. " Je ne peux parler que pour moi mais je vous le dis : je n'ai jamais été confronté au dopage. " Ces révélations mettent fin aux clichés en blanc et noir dépeignant un Est tricheur face à un Ouest honnête, dont les athlètes étaient propres. La discussion fait rage au sein des athlètes de cette époque mais nul n'est encore passé aux aveux. L'ancienne sauteuse en longueur Heidi Schüller, cinquième des JO 1972, n'accepte pas les déclarations de la double championne olympique, sa contemporaine Heide Ecker-Rosendahl, qui affirme ne connaître ces histoires " que par ouï-dire ". " Je ne peux pas le croire. À partir de 18 ans, j'ai remarqué, jour après jour, qu'il se passait des choses. Des étudiants suédois en sport de Leverkusen, où j'ai suivi ma formation, tenaient un commerce d'anabolisants issus de RDA. Vous auriez dû voir les chambres d'hôtel après les compétitions internationales ", affirme Schüller. Ecker-Rosendahl s'énerve de ces soupçons, émis sans qu'on cite de noms concrets. À suivre. PAR GEERT FOUTRÉ