Immersion chez les footix. France-Albanie, 15 juin, 20h45 dans le resto-bar " Le Darjeeling " de Lacanau-Océan. L'endroit est bondé, comme presque tous les établissements de cette rue piétonne qui donne sur la mer. C'est là que les jeunes du coin se regroupent pour faire la fête et les touristes, l'été venu, à la recherche des gazelles locales. Cette fois, les fans de foot se sont invités à la table. Il reste des grappes de Gallois qui prolongent le match de vendredi, des Irlandais qui préparent leur match de samedi face à la Belgique, de beaux bébés hongrois accompagnés de jolies girls-friandises et même quelques Autrichiens, plus discrets vu les circonstances.
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Immersion chez les footix. France-Albanie, 15 juin, 20h45 dans le resto-bar " Le Darjeeling " de Lacanau-Océan. L'endroit est bondé, comme presque tous les établissements de cette rue piétonne qui donne sur la mer. C'est là que les jeunes du coin se regroupent pour faire la fête et les touristes, l'été venu, à la recherche des gazelles locales. Cette fois, les fans de foot se sont invités à la table. Il reste des grappes de Gallois qui prolongent le match de vendredi, des Irlandais qui préparent leur match de samedi face à la Belgique, de beaux bébés hongrois accompagnés de jolies girls-friandises et même quelques Autrichiens, plus discrets vu les circonstances. Mais ce soir, c'est La France qui joue. Et les " supporters sont là ". Du moins ça y ressemble. On se grime de bleu-blanc-rouge pour l'occasion, on a sorti le maillot national avec " Gilbert 69 " dans le dos. Les patrons du bar " Le Darjeeling " surfent sur l'occasion. Leurs jolies serveuses, bajoues bariolées, ont aussi le maillot tricolore XS qui leur collent au corps. Posés devant l'un des écrans géants, après avoir avalé un gros plateau poissons-fritures qui fait l'affaire, le match peut débuter pour les Frenchies. Par contre, on s'aperçoit assez vite que ce France-Albanie, ne passionne pas les foules. En tout cas, pas celles du " Darjeeling ". Ce France-Albanie, c'est la bonne excuse pour boire des coups, même si ça vous coûte un chapeau à plumes tricolores ridicule sur la tête. La mi-temps est sifflée sans que ça n'émeuve grand-monde. Et tant pis si les Bleus souffrent devant de valeureux Albanais. Plus les minutes passent, plus ça se passionne. Et lors de la libération signée AntoineGriezmann à la 85e minute, " Le Darjeeling " exulte. Et là, on en fait des tonnes, on se congratule, on sort les drapeaux, ça klaxonne. On est bien en Footixland. Un peu plus loin, des ultras hongrois bien en chair et en muscles sympathisent avec leurs homologues autrichiens à coups de pintes et de shots et ce ne sont pas les buts de DimitriPayet et de Griezmann qui les feront décoller du bar. Les copains qui préféraient boire du ballantine's-coca que mater le match, se transforment soudain en Bleus lors des dernières minutes, portent leur ami jubilaire comme si la Coupe du Monde était déjà en poche. Ou la Coupe d'Europe, peu importe. Un peu plus au Sud, l'un de nous est parti prendre le pouls dans le Pays basque cher à DidierDeschamps et à BixenteLizarazu (qui ne s'est apparemment pas fait que des amis dans le coin), dans la ville d'Anglet coincée entre Bayonne et Biarritz. Les premiers bars n'ont pas de télé, les autres passent l'équipe de France presque par obligation morale. Le maillot des Bleus accroché derrière le bar, c'est celui du XV de France. " On est au pays de l'ovalie, cher monsieur. Alors 22 gringalets qui tapent la balle, vous savez "... " La France n'est pas un pays de football ", clamait dans nos colonnes une semaine plus tôt LuisFernandez. On comprend mieux le propos et aussi ce chiffre hallucinant : en novembre 2015, 40 % des Français n'étaient pas au courant qu'un championnat d'Europe allait être organisé sur leurs terres. L'EURO ou une Coupe du Monde, c'est aussi l'occasion d'avoir son mot à dire sur tout, alors imaginez en France. Le lendemain, au bar à huîtres, un Bordelais de souche, la trentaine, pull sur les épaules, la mèche poliment déposée sur le côté, est venu partager l'assiette avec parents et amis de la famille. L'Allemagne-Pologne diffusé en fond ne les détourne pas de leurs conversations. Mais, en revanche, quand on peut en glisser une sur les Bleus, on la place. " C'est qui le mec qui marque à chaque fois ? ", nous demande-t-il ? " Payet ". " Ah oui, eh bien lui c'est le seul qui fait le boulot en France avec toutes ces grèves et ces manifestations. " Humour de bourge mais drôle. On la garde. Vendredi, on pique vers Toulouse pour assister aux duels entre Italiens et Suédois. Et là, c'est directement plus chaotique. Grappes de supporters suédois et suédoises, toujours important de le souligner, se retrouvent en masse devant les grilles à poireauter, les stewards et volontaires peinent à définir les différents accès aux entrées, la police nationale exécute les règles à la lettre. Finalement, le stade se remplit pour les premières minutes d'un match peu emballant. Jusqu'à ce but d'Eder qui plombe pas mal d'espoirs de la yellow army. Samedi 18 juin, Red-emption day. Les Diables Rouges ont investi Bordeaux mais sont moins visibles que les verts irlandais. Et la présence du Roi Philippe et de Vince the Prince n'y change rien. De nombreux " people " du royaume assistent à cette rencontre de la dernière chance, déjà. Même EricGerets, à qui la Fédé a refusé deux entrées et doit sortir 145 euros de son gros portefeuille pour assister au match. Dans la tribune média, on retrouve MarcDegryse, qui a la banane après être passé sur Al-Jazeera pour préfacer la rencontre. " Et en plus, elle était pas mal la journaliste. " Avant de revenir au ballon: " T'as vu, il a enfin aligné mon équipe. " Chauvinisme de côté, faut bien le reconnaître, la bataille des tribunes est gagnée par le peuple vert lors des 45 premières minutes où seul un " Shame on you " claque après que l'Irlandais JeffHendrick eut envoyé un second ballon sur la pelouse. La deuxième mi-temps va évidemment inverser la tendance. La fête est totale mais loin d'être finie pour les supporters belges. Le coeur de Bordeaux est envahi de rouge et de vert, les bars, petites ruelles et restos font le plein. Les supporters des deux camps se mélangent, se payent des coups, rigolent ensemble. Une queue-leu-leu avec des supporters belges poussant une jeune Irlandaise en chaise roulante est même improvisée. Une belle fête du foot, très loin des rixes de Marseille ou de Lille. " Allez Bordeaux, chante avec nous ", entonnent les contingents de supporters belges quand passent de jolies Bordelaises. Mais surtout " Don't take me home, please don't take me home ", hit-song de cet Euro des fans (un chant qui viendrait initialement des supporters de Newcastle), repris par les choeurs rouge et vert, résonne jusqu'au bout de la nuit. Pour les Belges l'aventure devrait (logiquement) continuer. Pour les fans irlandais, ça risque d'être malheureusement plus compliqué....PAR THOMAS BRICMONT À LACANAU - PHOTOS BELGAIMAGE" Payet, c'est le seul qui fait le boulot en France avec toutes ces grèves et ces manifestations. "