Le clásico a commencé depuis 25 minutes lorsqu'un garçon avec une crinière blonde entre en possession du ballon. Serait-ce Frenkie de Jong ? Ça alors, il était donc quand même titulaire ?
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Le clásico a commencé depuis 25 minutes lorsqu'un garçon avec une crinière blonde entre en possession du ballon. Serait-ce Frenkie de Jong ? Ça alors, il était donc quand même titulaire ? Le jeune Néerlandais de 22 ans était invisible, le dimanche 1er mars à Bernabéu, le stade dans lequel, un an plus tôt, il avait été l'un des héros de l'Ajax qui avait humilié le Real Madrid 1-4 sur ses terres. Les Merengues avaient reçu une leçon de football et De Jong était le maître de l'entrejeu. Il y a dix jours, tout cela n'était plus qu'un lointain souvenir. L'ex-Ajacide n'a guère brillé et son apport sur le jeu était nul. Il n'est pas le premier joueur à qui cette mésaventure est survenue. André Gomes, Paco Alcácer, Gerard Deulofeu, Philippe Coutinho, Ousmane Dembélé... Tous n'étaient plus que l'ombre d'eux-mêmes à partir du moment où ils ont revêtu le maillot du Barça. Même Antoine Griezmann semble parfois souffrir d'une " Barcelonite " aiguë. Sur son flanc gauche, le champion du monde français donne parfois l'impression d'être entouré par un champ magnétique dans lequel le ballon ne peut pas pénétrer. Sa connexion avec Messi est problématique, et c'est un euphémisme. Pire : l'Argentin ne semble pas décidé à entreprendre quoi que ce soit pour que cela change. Début octobre, Griezmann, qui parle couramment l'espagnol, a encore déclaré que Messi et lui se parlaient peu. Apparemment, cela n'a pas beaucoup changé depuis lors. " Je ne sais pas ce qu'il se passe ", aurait confié Griezmann à son entourage, selon France Football. Depuis la blessure de Luis Suárez et l'absence d'un troisième joueur confirmé à l'avant ( Martin Braithwaite est un poids plume et le jeune Ansu Fati, 17 seulement, n'est pas encore mûr), l'équipe aurait pourtant besoin d'avoir une entente parfaite entre les deux joueurs. Cela viendra peut-être. Les débuts de Suárez au Barça avaient été compliqués également. Lorsqu'il avait signé durant l'été 2014, Messi avait été surpris. Il aurait aimé voir arriver son compatriote Sergio Agüero, mais au lieu de cela, il a vu débarquer un Uruguayen. Au fil de la saison, les deux joueurs ont fini par se trouver, tant sur le terrain qu'en dehors, et ont fini par former un trio magique avec Neymar. Ce ne sont plus que des lointains souvenirs. Dans ce Barça orphelin de Suárez, on cherche en vain un joueur qui a des atomes crochus avec Messi, comme c'était le cas autrefois avec Xavi et Andrés Iniesta. En une fraction de seconde, ils voyaient où se trouvait l'Argentin et lui expédiaient le ballon. Un don que des joueurs comme De Jong, Arthur et Arturo Vidal ne possèdent pas encore. Dans l'équipe actuelle, Messi est plus seul que jamais. Et il en ressent de la frustration. On l'a clairement ressenti dans l'interview qu'il a récemment accordée au journal El Mundo Deportivo, dans laquelle il déclare : " Si nous voulons encore remporter la Ligue des Champions, il nous reste beaucoup de travail. Je pense qu'actuellement, nous n'avons pas le niveau suffisant pour prétendre soulever le trophée. " Au FC Barcelone, personne n'a plus à dire que Lionel Messi. Depuis des années, il décide à lui tout seul de l'issue des matches, et depuis le départ de Pep Guardiola et le décès de Johan Cruijff, il est plus que jamais le symbole du club. Il est non seulement - selon beaucoup d'observateurs - le meilleur footballeur du monde, mais aussi le sportif le mieux payé de la planète. Selon Forbes, 112,5 millions d'euros auraient été versés sur son compte en banque en 2019 (le salaire plus les revenus de sponsoring). Cet argent, en plus du bonheur familial, peut expliquer pourquoi Messi reste à Barcelone, mais il est clair que l'instabilité de la direction et les nombreux changements dans l'organigramme du club ne l'ont pas aidé dans sa chasse aux trophées. La dernière victoire en Ligue des Champions remonte déjà à 2015. On a l'impression que, si Messi avait été mieux entouré ces dernières saisons, son palmarès aurait été encore plus impressionnant. Mais le club ne parvient pas à avoir une direction sportive conséquente. La cantera se vide, faute de possibilités de jouer en équipe A, et le club n'est pas très performant sur le marché des transferts : il faut chercher à la loupe pour trouver trace d'un achat réussi. Dans le clásico contre le Real Madrid, c'est encore l'axe des joueurs expérimentés - Gerard Piqué (33 ans), Sergio Busquets (31 ans), Messi (32 ans) - qui a gardé la tête hors de l'eau. Marc-André ter Stegen est le seul qui parvient à conserver constamment un niveau élevé. On a pensé que l'engagement de Quique Setién comme coach offrirait davantage de chances aux jeunes, mais lui non plus ne semble pas convaincu par le potentiel d'Ansu Fati et Cie. Outre le manque de vision sportive, le club ne parvient pas à installer un climat de sérénité. Le président Josep Bartomeu a de nouveau dû s'expliquer après que l'on eut découvert que le Barça s'était lié avec une firme accusée de pratiques douteuses. I3Venturas a reçu au total 1 million d'euros pour améliorer l'image du club, mais se serait aussi rendu coupable d' astroturfing : la déformation et la manipulation de l'opinion publique au moyen des médias digitaux. En clair, des pages Facebook ont été créées qui, tout en donnant l'impression de diffuser des nouvelles crédibles, ne perdent jamais une occasion pour traîner certaines personnes dans la boue. Parmi les victimes : Víctor Font (qui brigue la présidence en 2021), Pep Guardiola, Gerard Piqué et... Lionel Messi. Bartomeu reconnaît que l'entreprise est sous contrat avec le club, mais affirme ne pas être au courant de pratiques douteuses. Entre-temps, le contrat a été résilié et le conseil d'adminstration du Barça a organisé un audit interne afin de faire toute la clarté sur ce qu'il s'est exactement passé. Messi ne sait pas très bien ce qu'il doit en penser : " Je trouverais étrange qu'une chose pareille se soit produite. On affirme qu'il y a des preuves, mais il faut attendre pour voir si c'est la vérité ou pas. Le président a parlé aux capitaines de l'équipe et il nous a expliqué la même chose que ce qu'il a dit en conférence de presse. Je ne peux pas en dire beaucoup plus. " Cet incident n'améliorera pas la confiance que le groupe de joueurs voue à la direction. Avant cela, il y avait eu la déclaration du directeur technique Eric Abidal qui, dans une interview accordée au quotidien catalan Sport, avait soupçonné " certains joueurs " de ne plus se donner à fond sous Ernesto Valverde. Piqué au vif, Messi a réagi sur son compte Instagram, en demandant à Abidal de citer des noms. Difficile de dire si le capitaine se faisait le porte-parole de ses équipiers ou s'il défendait ses propres intérêts. Peut-être était-ce les deux, comme on peut le déduire de son interview avec El Mundo Deportivo : " Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête pour affirmer cela, mais si j'ai réagi, c'est parce que je me sentais attaqué. Il attaquait les joueurs. Et on a déjà raconté suffisamment de choses sur le vestiaire... Que c'est lui qui faisait la loi dans le club, que c'est lui qui désignait et renvoyait les entraîneurs, que c'est lui qui réalisait les transferts... Et quand on parle du vestiaire, on fait surtout référence à moi. Cela me dérange que le directeur technique impute le limogeage du míster aux joueurs. C'est le directeur technique qui prend les décisions. Je voulais être clair sur ce sujet." Bien sûr, l'avis de Messi est pris en compte. Dans des circonstances normales, il y a trois sortes de leaders dans un club de football : le président et le directeur technique gèrent le club, l'entraîneur est le patron du vestiaire et les joueurs se répartissent les rôles sur le terrain. Dans cet ordre. Mais, dans le football actuel, l'épicentre du pouvoir se déplace de plus en plus. Rubi, l'actuel entraîneur du Real Betis, le constate également dans un entretien avec El País : " La réalité du football, c'est que les joueurs ont pris beaucoup de pouvoir dans leur club, peut-être trop. Les gens qui dirigent le club doivent pouvoir garder le contrôle. " Lorsqu'on l'a questionné spécifiquement sur Messi - Rubi a encore été l'assistant de Tito Vilanova au FC Barcelone - il a répondu : " Il faut essayer de donner satisfaction à Messi, parce que c'est lui qui fait la différence, mais les décisions doivent être prises par la direction. " Il s'est cependant empressé de préciser que ce n'est pas l'Argentin qui prend les décisions au Camp Nou : " Non, il n'a pas autant de pouvoir. En tout cas, pas lorsque je travaillais là-bas. Il consacre son temps à s'entraîner, à travailler et à faire ce qui lui plaît. Bien sûr, tout le monde fait en sorte qu'il se sente bien, mais n'oublions pas que l'on parle ici du meilleur joueur du monde. " Entre rendre la vie du meilleur joueur la plus agréable possible et lui donner du pouvoir, la ligne est ténue, évidemment. Le caractère de Messi joue un rôle également : il est timide, pas très communicatif, a parfois ses petits caprices, mais sait parfaitement ce qu'il veut. Les insinuations, selon lesquelles Messi tirerait les ficelles en coulisses au FC Barcelone, comme une sorte de Don Corleone, lui pèsent. " On dit souvent que c'est moi qui prends les décisions et que je suis le patron du Barça, mais c'est faux. On dit cela aussi en équipe nationale argentine. Là-bas, on prétend qu'il n'y a que mes amis qui jouent, que je choisis l'entraîneur, etc. Je ne sais pas d'où proviennent ces insinuations. Peut-être est-ce dû au fait que je suis dans la place depuis longtemps et que je connais très bien la maison. Mais il me paraît clair que mon avis et celui du club ne correspondent pas toujours, et que l'on ne fait pas toujours ce que je dis. " Mais peut-être ferait-on mieux de commencer à le faire...