Des travées feutrées de Roland-Garros aux tifosi passionnés du Stadio Delle Alpi, il y a un monde ! Directeur général de la Fédération française de tennis jusqu'à sa nomination à la tête de la Juventus le 29 juillet 2006, Jean-Claude Blanc (43 ans) n'a pas hésité à prendre les rênes du club piémontais en pleine tempête des matches truqués. " La Juventus, cela ne se refuse pas, même au pire moment de son histoire ! ", assène Blanc. " Le club voulait mettre en place une nouvelle équipe de direction et un nouveau conseil d'administration. Après avoir consulté ChristianBîmes, le président de la FFT, et plusieurs proches, j'ai accepté tout de suite cette proposition, même si personne ne savait à ce moment-là, si la Juve jouerait en Série A, B ou même C. Et puis je ne débarquais pas en terre totalement inconnue à Turin vu que je siégeais au conseil d'administration depuis un an. J'avais simplement un rôle de contrôle et de validation, mais je savais comment le club était géré ".
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Des travées feutrées de Roland-Garros aux tifosi passionnés du Stadio Delle Alpi, il y a un monde ! Directeur général de la Fédération française de tennis jusqu'à sa nomination à la tête de la Juventus le 29 juillet 2006, Jean-Claude Blanc (43 ans) n'a pas hésité à prendre les rênes du club piémontais en pleine tempête des matches truqués. " La Juventus, cela ne se refuse pas, même au pire moment de son histoire ! ", assène Blanc. " Le club voulait mettre en place une nouvelle équipe de direction et un nouveau conseil d'administration. Après avoir consulté ChristianBîmes, le président de la FFT, et plusieurs proches, j'ai accepté tout de suite cette proposition, même si personne ne savait à ce moment-là, si la Juve jouerait en Série A, B ou même C. Et puis je ne débarquais pas en terre totalement inconnue à Turin vu que je siégeais au conseil d'administration depuis un an. J'avais simplement un rôle de contrôle et de validation, mais je savais comment le club était géré ". Né à Chambéry, Blanc présente un parcours sans faute dans le management sportif, ce qui constitue l'un de ses atouts majeurs. Le Français débute sa carrière en 1987 aux côtés de son mentor et ami, Jean-Claude Killy, en tant que directeur du marketing des Jeux Olympiques d'Albertville de 1992. Il passe ensuite six années à la direction générale d'Amaury Sport Organisation (ASO), avant d'être nommé directeur général de la Fédération française de tennis de 2000 à 2006. En coulisses, l'arrivée de Blanc a aussi permis à la famille Agnelli de reprendre en main les destinées du club. Malgré son inexpérience du football professionnel, Blanc a parfaitement réussi l'examen de passage en relançant brillamment la Juventus. La recette du succès du Savoyard mêle le pragmatisme efficace à l'américaine, héritage de son passage à Harvard où il obtint un MBA, mais également le charme de la discrétion propre aux hommes de montagne. " Jean-Claude, c'est une main de fer dans un gant de velours ", explique DominiqueBaud, qui fut l'un de ses proches collaborateurs à la FFT et actuel directeur du tournoi de Roland-Garros. " Mais je me souviens qu'il n'avait pas toujours beaucoup d'humour quand je lui demandais s'il allait passer de l'autre côté des Alpes ! Je voyais sa mâchoire se raidir et je préférais ne pas insister sur le sujet... Il y avait aussi une certaine malice chez lui dans cette réaction, car c'est un grand séducteur. Il sait très bien en jouer d'ailleurs ". Au point même de faire ses premiers pas dans l'un des championnats les plus médiatisés du monde, sans aucune expérience du football professionnel. " Il ne connaissait rien au milieu du football mais il apprend vraiment très vite ", ajoute Biaud. " Il y a quelques semaines, on s'est revu et j'ai constaté qu'il a déjà tout compris ! Dans sa tête, il était déjà en Série A depuis longtemps. Bien sûr, ce sera plus dur la saison prochaine, mais je vous assure qu'il ne remonte pas pour jouer les figurants ". L'arrivée du Français à la Juve fut une grande surprise pour beaucoup d'Italiens, en raison de cette inexpérience du Français dans le monde du football. " Quand il a intégré le conseil d'administration de la Juventus, il y a deux ans, personne ne le connaissait ", se souvient LucaCurino, journaliste à la Gazzetta dello Sport basé à Turin. " On ne l'a pas beaucoup vu durant cette première année, mais après sa nomination au poste de directeur général, on a mieux apprécié son style plutôt jeune et dynamique. C'est quelqu'un de très professionnel qui préfère rester derrière les projecteurs. Il a fait quelque chose d'exceptionnel en réussissant à garder tous les sponsors du club, excepté Tamoil avec qui tout n'était pas très clair ". Blanc a réussi la révolution de velours que la situation dramatique dans laquelle se trouvait la Juve imposait. Preuve qu'il a aussi été choisi sur son bilan à la FFT et sa capacité à moderniser Roland-Garros. " Il a su restructurer la FFT en appliquant une vraie logique d'entreprise moderne et ambitieuse, autour d'une nouvelle équipe de managers dont je faisais partie ", se souvient Baud. " Il a notamment fidélisé les partenaires principaux de Roland-Garros, tout en consolidant les bases de ce grand événement pour demain ". Au final, Blanc aura beaucoup innové à la FFT avec la création du Sunday Start en 2006 (les matches du 1er tour débutent désormais le dimanche au lieu du lundi, un modèle auquel réfléchissent déjà les autres organisateurs de tournois) et des Visiteursdusoir (les billets des spectateurs ayant quitté le stade sont remis en vente), sans oublier l'ouverture du stade Roland-Garros à l'année et la création des boutiques et du restaurant. " Son expression favorite depuis Harvard, c'est l'excellence. C'est quelqu'un qui est droit, intègre et toujours proche de ses collaborateurs, avec lesquels il n'a pas peur de déléguer. Jean-Claude est aussi riche en amitié, mais ce n'est pas un mondain. A Roland-Garros, il aurait très bien pu se montrer beaucoup plus, mais il ne l'a jamais fait. N'oubliez pas que c'est un montagnard, il aime la tranquillité ! ", raconte Baud. " Aujourd'hui, sa jeune et riche carrière est sur une superbe rampe de lancement vers d'autres horizons. Après la Juve, je le vois bien passer chez Ferrari. En plus, c'est la même maison ! ". Mais pour l'instant, Blanc est 100 % bianconero, guidé par l'ambition d'offrir une renaissance dorée à la VeilleDame après la tempête à l'été 2006. " J'ai vécu sept mois extrêmement difficiles avec un été brûlant ! ", ajoute le manager Français. " Il a fallu avancer de façon pragmatique en prenant des décisions rapides dans tous les domaines. La rétrogradation a eu des conséquences très graves pour le club, qui n'avait jamais joué en Série B en 109 ans d'histoire ! " " La situation était si grave que le club aurait pu disparaître purement et simplement après ce scandale. Heureusement, un ou deux mois après l'arrivée de Blanc, ce risque avait diminué. Il y a eu une période d'observation de la part des supporters, mais aujourd'hui, il est apprécié, notamment depuis qu'il s'exprime couramment en italien ", ajoute Curino. Au terme de cette saison de purgatoire, le bilan de Blanc est nettement positif avec l'objectif numéro 1, la remontée, atteint. Le retour en Série A n'a jamais été une certitude pour Blanc, même si personne ne pouvait imaginer que le club reste en Série B une deuxième saison consécutive. " Elle en prend parfois l'apparence, mais cette saison n'a rien d'une tournée de gala. Je peux vous assurer que sur le terrain, c'est une vraie bataille à chaque match, car toutes les équipes sont extrêmement motivées face à nous. C'est le match de l'année pour tous nos adversaires ". Pour relever le défi qui lui a été fixé à son arrivée, Blanc a agi très vite, en commençant par modifier l'organigramme de la Juventus. " J'ai nommé un nouveau directeur sportif, AlessandroSecco. D'autre part, nous ne sommes plus 12 mais 9 au conseil d'administration ", explique le Français qui cumule les fonctions de LucianoMoggi (ex-directeur général) et d' AntonioGiraudo (ex-administrateur délégué). Parallèlement, Giovanni Cobolli Gigli, en tant que président de la Juventus, reste le visage officiel du club. Blanc a ensuite recruté un nouvel entraîneur, Deschamps, avant même de connaître la sanction prononcée contre le club piémontais. " Je ne le connaissais pas personnellement, mais son parcours parle pour lui. Toute l'Europe voulait nos joueurs et il a fallu savoir très vite ceux qui restaient et ceux qui partaient " se souvient Blanc, qui a réussi à conserver plusieurs champions du monde dans l'effectif. Si Fabio Cannavaro, Emerson, Gianluca Zambrotta, Lilian Thuram et Zlatan Ibramahovic ont quitté le club, Gigi Buffon, MauroCamoranesi, Pavel Nedved, David Trezeguet, et AlessandroDel Piero sont restés fidèles à la VieilleDame, avec le même salaire. " C'est notre part d'engagement, on ne pouvait pas leur imposer une perte financière, en plus de rester pour jouer en Série B ! Mais il a fallu beaucoup de convictions pour conserver ces cinq joueurs-clé. C'est dans ces moments-là que se révèle la vraie personnalité de chaque joueur. Nous leur avons expliqué que c'était à leur tour de rendre ce qu'ils ont reçu du club. Je salue leur choix car cela prouve que l'amour du maillot existe toujours dans le football moderne. Mais les joueurs ont entendu notre discours parce que c'est la Juve. Ailleurs cela aurait été plus dur de les convaincre de rester... Avec le recul, ça reste une saison à part pour eux, car c'était leur devoir de ramener la VieilleDame vers la lumière " Aujourd'hui, la Juventus est en Série A, mais Blanc n'a pas oublié les lourdes sanctions infligées à son club. " La rétrogradation a eu des conséquences très graves pour le club. Il est normal de sanctionner la Juve après ce qui s'est passé, mais cette sanction a été largement excessive par rapport à d'autres clubs. Il est impensable que la Juve joue en Série B, alors que le Milan AC dispute la Ligue des Champions ". A la rétrogradation s'ajoute la destitution, plus symbolique, des deux derniers titres de champion. Consolation quand même pour Blanc, la pénalité a été réduite de 30 à 17 points par la Cour fédérale le 25 juillet 2006, puis de 17 à 9 points par le Comité olympique italien le 27 octobre. Une décision qui confirme le succès de la politique d'ouverture de Blanc que les médias italiens ont baptisée l'opération sympathie. Affichant la volonté de rompre avec son passé de club très fermé, la Juventus a lancé plusieurs initiatives spectaculaires cette saison, comme la construction d'une tribune pour que les tifosi puissent assister aux entraînements des joueurs, la distribution gratuite de billets pour les supporters qui portent le maillot bianconero le jour du match et la création d'une tribune réservée aux familles et aux enfants dans le stade. " La Juventus a toujours consacré l'essentiel de ses efforts au recrutement des joueurs en se disant que si les résultats suivaient, les supporters rempliraient les tribunes. Mais il faut voir plus loin aujourd'hui. Les familles doivent aussi pouvoir venir au stade en toute tranquillité, comme c'est le cas aux Etats-Unis. Pourquoi ne ferait-on pas la même chose en Europe, et surtout à Turin ?" Au terme de sa victoire à Arezzo, le samedi 19 mai, la Juventus remontait mathématiquement en Série A. " Nous pouvons enfin voir la lumière au terme d'un long et difficile chemin. Beaucoup de choses ont été faites ces dix derniers mois, maintenant nous devons récolter les fruits concrets de ce travail. La période négative est terminée ", déclarait Blanc, déjà très actif sur le marché des transferts. par Sébastien Binet-Décamps