Il est assez rare qu'un vainqueur de tournoi de Grand Chelem dise autre chose que, en substance, " ce titre est très particulier pour moi ". Souvent, même, il avance qu'il s'agit, " si pas de la plus importante de ses victoires, du moins de l'une des plus importantes ". Samedi soir, soit quelques minutes après sa victoire finale face à la Russe Svetlana Kuznetsova (WTA 4), Justine Henin n'a pas dérogé à la tradition : " Ce titre est capital pour moi. Mais aussi pour Carlos Rodriguez ".
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Il est assez rare qu'un vainqueur de tournoi de Grand Chelem dise autre chose que, en substance, " ce titre est très particulier pour moi ". Souvent, même, il avance qu'il s'agit, " si pas de la plus importante de ses victoires, du moins de l'une des plus importantes ". Samedi soir, soit quelques minutes après sa victoire finale face à la Russe Svetlana Kuznetsova (WTA 4), Justine Henin n'a pas dérogé à la tradition : " Ce titre est capital pour moi. Mais aussi pour Carlos Rodriguez ". Et, dans le cas-ci, on ne peut nier que le deuxième US Open de notre compatriote est, effectivement, très révélateur. Il pourrait même constituer le début de la deuxième et dernière partie de sa carrière. D'une part, il conclut de maîtresse manière la série de Grand Chelem 2007 dont Justine avait raté le premier épisode pour les raisons privées que l'on sait : " Cette année a été particulièrement riche en émotions diverses. Tout au long des quelques mois qui ont suivi ma séparation avec Pierre-Yves, Carlos ne m'a jamais jugée. Il était là, tout simplement, pour me soutenir, m'encourager. Lui et sa famille ont tout le temps été à mes côtés, ce qui était primordial pour que je revienne sur le circuit dans les meilleures conditions. Nous avons aussi énormément travaillé et cela a très vite donné des résultats puisque j'ai gagné Roland-Garros pour la quatrième fois. C'est pour cela que cette victoire est primordiale, pour moi mais aussi pour lui ". D'autre part, cet US Open est le premier Grand Chelem hors Roland Garros gagné par la numéro 1 mondiale depuis son titre américain en 2003. " Je ne suis pas vraiment surprise car j'ai toujours adoré jouer sur le ciment. Les gens ne cessent de dire que ma meilleure surface est la terre battue. Ils n'ont pas tort, bien sûr, mais je me sens aussi bien sur dur. En fait, la différence, c'est qu'il y a assez peu de joueuses qui pensent pouvoir gagner Roland-Garros alors qu'elles sont plus nombreuses à croire en leurs chances à New York ou à l' Australian Open. C'est sans doute pour cette raison que je suis plus régulière à Paris que dans les autres tournois ". Enfin, ce succès new-yorkais a été glané de haute lutte, Henin prenant la mesure de Serena Williams (USA, WTA 9) en quarts de finale, de sa s£ur Venus (USA, WTA 12) en demi et de Kuznetsova montée à la deuxième place mondiale lundi dernier. Le tout avec bonne humeur et démonstration, ce qui n'est pas trop dans les habitudes de Justine mais qui prouve qu'elle se sent bien dans sa peau. " Avant ma demi-finale face à Venus, Carlos m'avait demandé de profiter de chacun des instants magiques que ce match disputé devant 24.000 spectateurs américains pouvait générer. J'ai donc laissé parler mes émotions et, c'est vrai, je me suis très bien amusée. D'autant que ce match est probablement l'un des meilleurs que j'ai disputés depuis le début de ma carrière. A mon sens, il est dans le Top 3 de mes plus grandes rencontres ". Ce bonheur est d'ailleurs visible tant sur le terrain qu'en dehors. " Je pense qu'avec tout ce qui s'est passé dans ma vie au cours des douze derniers mois, j'ai retrouvé une sorte de sérénité. Le fait de pouvoir à nouveau compter sur le soutien de ma famille m'est très précieux. Cela m'a libérée et je suis persuadée que les gens commencent seulement à mieux me connaître, à mieux m'apprécier. Comme je me sens très bien dans ma peau et que je suis heureuse, les amateurs de tennis le ressentent et appréhendent mieux ma personnalité ". Depuis son retour à la compétition en mars dernier, Juju affiche une décontraction à laquelle elle ne nous avait pas habitués. Aucun observateur n'a encore osé l'écrire mais le fait qu'elle ne soit plus sujette à des problèmes de peau lors des épreuves majeures témoigne qu'elle n'aborde plus les Grands Chelems stressée et paniquée comme auparavant. En fait, il n'y a que quelques mois que Justine assume sa place de numéro 1 mondiale. Elle ne se dit plus : - Il me faut prouver toutes les semaines que je mérite cette place mais elle pense : -Je suis numéro 1 mondiale parce que j'ai été la plus régulière au cours des douze derniers mois. Cela me confère donc un statut que les autres doivent craindre. Replongeons-nous quelques années en arrière. Quand Henin gagnait à Roland-Garros, elle partait à Wimbledon paniquée parce qu'elle pensait devoir prouver sur le gazon que son titre sur terre n'avait pas été usurpé ! Etrange comme sentiment mais, à l'époque, la Rochefortoise ne parvenait pas encore à croire qu'elle était bien la meilleure. Cela étant dit, elle n'est pas la seule dans le cas. La plupart des journalistes et des amateurs de tennis n'ont par exemple pas hésité à dire ou écrire, au moment de découvrir les tableaux de l'US Open, que Justine avait hérité d'un mauvais tirage au sort. Analyse étonnante que celle-là puisque, par définition, une joueuse comme Henin - qui occupe la première position - ne vise qu'une seule chose : la victoire finale. Et que pour l'atteindre, elle doit forcément être capable de battre toutes les meilleures. S'il y a eu un mauvais tirage au sort, c'est pour toutes les joueuses qui étaient dans la même partie de tableau que Justine et pas l'inverse. Demandez donc aux Williams ce qu'elles en pensent. Serena, par exemple, a hérité de trois mauvais tirages de suite puisqu'elle a été éliminée par Henin en quarts de finale à Paris, Londres et New York. Certains ajoutaient que le tableau était très mauvais pour Henin parce qu'elle devait rencontrer les deux Williams... Certes, physiquement, cela représentait un véritable challenge mais c'était tout de même oublier un peu vite que Serena ne présentait pas des statistiques favorables en 2007. Quant à Venus, elle était certes la rivale la plus dangereuse du tableau mais on a vu que Justine pouvait lui tenir tête, tennistiquement, bien sûr, mais aussi physiquement. Cela pour dire que l'on ne peut pas parler d'exploit quand Justine bat les deux Williams dans un tableau final. Certes, seule MartinaHingis avait déjà réussi ce doublé mais il est inopportun d'évoquer un exploit quand la meilleure joueuse du monde gagne. Que l'on nous comprenne bien : on n'est pas en train d'avancer que Justine doit tout gagner parce qu'elle est la leader mondiale. Non, notre propos tente plutôt de faire en sorte que les fans de tennis belges assument désormais la position de leur championne. Comme elle le fait depuis cette année. Cette conscience d'être la meilleure devrait permettre à Henin de collectionner les titres. Carlos Rodriguez n'hésitait d'ailleurs pas à affirmer qu'il ne faudrait pas attendre très longtemps pour que sa protégée s'impose à nouveau dans un Grand Chelem. Il a plus que vraisemblablement raison. Voici les arguments qui nous poussent à le croire : -Le tennis de Justine, on le sait depuis longtemps, est le plus complet du circuit. -Physiquement, on l'a vu à Big Apple où l'on doit parfois jouer deux jours de suite, Justine n'a plus rien à envier, ni aux s£urs Williams, ni aux Russes, ni aux deux Croates qui ont d'ailleurs été un peu décevantes. Alors qu'il fut un temps où sa musculature l'avait privée d'un peu de vélocité, Justine a retrouvé ses jambes et est sans doute l'une des plus rapides. -Mentalement, elle est au-dessus de la moyenne. Elle est tellement forte que, dans quasiment tous ses matches, elle a une petite baisse de régime. Laquelle serait fatale à toutes les autres tenniswomen. Justine, au contraire, parvient à retrouver une rage de vaincre inouïe alors que l'on pourrait la croire à la dérive. Exemple : elle a mené 5-3 dans le premier set face à Venus Williams et, en finale, elle a réussi a gagné le dernier jeu en ayant commis 3 doubles fautes ! -On l'a dit, elle assume pleinement son statut. Ce qui lui permet, aujourd'hui, de garder la tête froide après une défaite. Il y a encore un ou deux ans, sa demi-finale perdue de Wimbledon l'aurait fait douter quelque peu. Cette fois, elle a analysé la raison de cette défaite et est repartie vers l'avant, comprenant qu'être numéro 1 ne voulait pas dire que l'on ne peut pas perdre de temps en temps. -Il n'y a pas de réelles rivales de Justine sur le circuit. Les Williams sont probablement virtuellement deuxième et troisième mondiales mais elles ne jouent pas assez pour revendiquer ces positions. Et on doute qu'elles jouent encore beaucoup après les Jeux de Pékin. Quant à MariaSharapova, elle doit se ressaisir, tout comme AmélieMauresmo. Reste alors à voir comment Jankovic et Ivanovic vont évoluer. Mais, globalement, il n'y a vraiment pas péril en la demeure. Pour preuves, les tête-à-tête entre Justine et ses suivantes. Henin mène 14-2 face à Kuznetsova (WTA 4) ; 5-2 face à Sharapova (RUS, WTA 2) ; 7-0 face à Jankovic (CRO, WTA 3) ; 2-0 face à Ivanovic (CRO, WTA 5) ; 2-0 face à Chakvetadze (RUS, WTA 6) ; 8-6 face à Mauresmo (FRA, WTA 7) ; 11-2 face à Petrova (RUS, WTA 8) et 2-1 face à Bartoli (FRA, WTA 10). Les stats face aux Williams sont évidemment différentes puisque Justine est arrivée sur le circuit quand les deux s£urs dominaient le monde. Reste que, rien que sur 2007, les chiffres sont évidemment positifs pour elle. Donc, vraiment, Henin est la grande dominatrice. Conclusion : sauf blessure, Justine devrait engranger encore quelques titres majeurs qui viendront compléter un palmarès riche de 4 Roland Garros ; 2 US Open, 1 Australian Open, 1 médaille d'or olympique et 1 Masters.... par patrick haumont - photos: reporters