S'il ne fait aucun doute que l'histoire du tennis confère aux quatre levées du Grand Chelem le statut de "plus grands tournois de la saison", d'autres épreuves rêvent de se rapprocher du niveau de Roland Garros et Wimbledon.
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S'il ne fait aucun doute que l'histoire du tennis confère aux quatre levées du Grand Chelem le statut de "plus grands tournois de la saison", d'autres épreuves rêvent de se rapprocher du niveau de Roland Garros et Wimbledon.Parmi elles, les tournois d'Indian Wells et de Miami qui sont considérés comme étant les deux plus importants rendez-vous du calendrier, hormis, bien entendu, ceux de Melbourne, Paris, Londres et New York. Comment devient-on l'un des plus six plus grands tournois de l'année lorsque l'on n'a pas d'histoire? La réponse à cette question est simple : il faut attirer les meilleurs joueurs de la planète. Pour ce faire, plusieurs solutions se présentent aux organisateurs : offrir un prize money colossal, proposer des garanties aux stars ou organiser l'événement sur un site merveilleux. Indian Wells et Miami n'ont pas fait les choses à moitié puisqu'ils ont combiné les première et troisième solution. Le tournoi d'Indian Wells, qui a commencé lundi pour les femmes et qui débutera lundi prochain pour les hommes, a ainsi réussi à collecter pas moins de cinq millions de dollars (200 millions de francs belges) qui récompenseront les joueuses et joueurs ; 2,1 millions reviendront aux dames et 2,95 aux messieurs. Nombre de compétiteurs se déplaceraient pour bien moins que cela. Mais quand on vous aura dit, qu'en plus de ce prize money imposant, l'épreuve se déroule en plein désert californien, légèrement à l'Est de Los Angeles, et dans un de ces resort hôtel dont les Américains ont le secret, vous aurez compris la raison pour laquelle pas moins de neuf des dix meilleurs mondiales ont accepté de s'y rendre et qu'elles seront rejointes, dès lundi, par la quasi-totalité du Top 20 masculin, dont Agassi, Sampras, Rafter, Kuerten, etc. "Indian Wells est sans aucun doute l'un des tournois les plus agréables de la saison. Il y fait superbe et comme l'épreuve est située entre l'Australian Open et la saison européenne de terre battue, elle nous donne la possibilité de couper l'hiver. De plus, comme le tournoi est organisé juste avant celui de Miami, on a un peu l'occasion de se reposer entre les deux épreuves", racontait Dominique Monami-Van Roost lorsqu'elle était encore en activité. Propos qui sont souvent repris par les vedettes mondiales. "J'ai toujours un énorme plaisir à revenir ici", avance Martina Hingis, finaliste en 2000 et lauréate il y a deux ans. "L'atmosphère y est excellente et les conditions de jeu idéales". Et puis, aussi, il y a cette fameuse mixité qui est assez rare et toujours très prisées par les tennismen et les tenniswomen. "Un tournoi mixte est toujours très apprécié", racontait Sabine Appelmans. "Surtout pour nous, les filles, qui vivons la plupart de l'année en compagnie de nombreuses femmes. Il faut en effet savoir que si les tournois masculins drainent pas mal de femmes, les féminins -et principalement les moins importants- n'attirent pas tant d'hommes que cela. De plus, l'organisation de la WTA est assez féminine. Il est donc toujours très agréable de pouvoir jouer un tournoi où les hommes sont également admis". Ce que confirme Anna Kournikova... "L'ambiance est toujours différente dans un tournoi mixte", explique la jeune et jolie Russe. "Que ce soit lors des tournois du Grand Chelem ou à Indian Wells et Miami, je me plais toujours énormément lorsque les deux tableaux sont mis sur pied". Si cette bi-sexualité tennistique fait plaisir aux joueurs, elle ne manque pas d'être appréciée par les spectateurs. "Depuis que les épreuves féminines et masculines sont combinées, notre tournoi a grandi à une vitesse phénoménale. La demande générale des spectateurs, la location des suites et la réservation des espaces VIP a littéralement explosé", témoigne Charlie Pasarell, directeur de l'épreuve californienne et ancien joueur de haut niveau. "A tel point que cette épreuve née il y a vingt-deux ans mais mixte depuis seulement 1996 a vu son public passer de 30.000 à 160.000 personnes et ses téléspectateurs de 25 millions à 320 millions de foyers. Quant aux infrastructures, elles n'ont, elles non plus, pas cessé de grandir et présentent aujourd'hui un Central de 10.000 places et des suites de haut standing. Tout cela a un impact très important sur l'économie régionale. L'an dernier, le tournoi a généré un revenu annuel de 25 millions de dollars pour la région et nous avons distribué pas moins de 3 millions de dollars à des oeuvres caritatives locales". Autrement dit, Indian Wells est bel et bien le... sixième tournoi de l'année derrière. Car n'en déplaise à Pasarell, le cinquième rendez-vous en importance de la saison commencera le 21 mars prochain à Miami. Anciennement dénommée Key Biscayne (où elle se situe encore aujourd'hui), cette épreuve est encore plus exceptionnelle. Tant du point de vue argent -le prize money atteindra cette fois 6,120 millions de dollars (soit plus de 240 millions de nos francs)-, que du décor. "Le site de Crandon Park est l'un des plus beaux du monde", s'extasie Bud Collins, un des grands spécialistes américains de tennis". Comment, en effet, ne pas tomber en extase devant ce petit bijou, situé à quelques jets de balle de l'océan et d'une plage sur laquelle, régulièrement, les organisateurs mettent sur pied un barbecue où les langoustes géantes sont grillées et dévorées par les joueurs et, aussi, les journalistes."J'avoue qu'un an sur deux, je fais l'impasse sur l'Australian Open pour que mes patrons acceptent de m'envoyer à Miami. C'est, sans nul doute, le tournoi le plus agréable à couvrir", explique un collègue suisse. Et, aussi, à disputer car si Indian Wells est adoré par les ténors du circuit, Miami l'est tout autant, si pas plus. Quand on observe le palmarès de l'épreuve, on ne peut d'ailleurs que constater qu'elle a séduit les plus grands. Ce qui constitue un exploit pour une compétition qui n'a finalement que dix-sept années d'existence. "Il y a cependant bien plus longtemps que cela que le projet a germé dans mon esprit et dans celui de mes partenaires", raconte Butch Bucholtz, le directeur du tournoi. "Il y a un peu plus de trente ans, nous disputions, Jack Kramer, Frank Sedgman, Pancho Gonzalez, Pancho Segura et moi, des tournois californiens organisés dans des endroits pas tellement agréables. L'idée nous est alors venue de mettre sur pied une épreuve prestigieuse dans cette région magnifique". Il faudra cependant attendre les années quatre-vingt pour voir ce projet prendre tout doucement forme. "En 81, alors que j'étais directeur exécutif de l'ATP, j'ai proposé au vice-président de la société Lipton de devenir parrain d'une épreuve qui se tiendrait sur deux semaines. Comme il s'est tout de suite montré très intéressé, j'ai pris contact avec les dirigeants de l'ATP et de la WTA à qui j'ai proposé un très important prize money ainsi qu'un pourcentage sur les tickets et les droits télés. En échange, je voulais avoir la certitude que le tournoi pourrait être organisé pendant au moins quinze années". Devant une telle proposition, ni l'ATP, ni la WTA ne pouvait se montrer réticent et, en 1985, après plus de vingt années de mûrissement, le cinquième tournoi du monde naissait, sous le nom de Lipton International Players Championships. Il s'appelle désormais l'Ericsson Open. "La première année, nous avons réussi à drainer 84 des 100 meilleurs joueurs et 97 des 100 premières joueuses", se souvient le patron du tournoi. "Je me rappelle très bien que notre prize money était le plus important de l'année, juste derrière ceux de Wimbledon et de l'US Open". Dix-sept ans plus tard, Bucholtz est toujours particulièrement fier de son tournoi qui s'étale maintenant sur douze jours et qui reste, sans aucun doute, l'un des plus beaux rendez-vous de l'année. "Le cinquième, très exactement", précise Bucholtz. "Car les tournois du Grand Chelem sont inaccessibles". L'argent et le soleil ne peuvent, en effet, tout acheter. A moins que...Bernard Ashed