A un joueur arrivé au début du mois de novembre, on n'était pas en droit de demander la lune dès le début. Pourtant, force est de constater qu'après trois mois et demi de présence, Milan Rapaic, 31 ans, n'a pas encore répondu aux attentes placées en lui. Du métronome génial qui avait fait tourner les Diables Rouges en bourrique sur le chemin de l'EURO portugais, les supporters du Standard n'ont perçu que quelques fragments. Un premier bilan peut être tiré : négatif. Pas assez d'emprise sur le jeu, pas assez de présence ni d'efficacité dans les mouvements offensifs et des statistiques - les plus parlantes - qui ne plaident pas en sa faveur puisqu'il ne compte que deux buts et un assist pour 9 matches de championnat et deux de Coupe de Belgique.
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A un joueur arrivé au début du mois de novembre, on n'était pas en droit de demander la lune dès le début. Pourtant, force est de constater qu'après trois mois et demi de présence, Milan Rapaic, 31 ans, n'a pas encore répondu aux attentes placées en lui. Du métronome génial qui avait fait tourner les Diables Rouges en bourrique sur le chemin de l'EURO portugais, les supporters du Standard n'ont perçu que quelques fragments. Un premier bilan peut être tiré : négatif. Pas assez d'emprise sur le jeu, pas assez de présence ni d'efficacité dans les mouvements offensifs et des statistiques - les plus parlantes - qui ne plaident pas en sa faveur puisqu'il ne compte que deux buts et un assist pour 9 matches de championnat et deux de Coupe de Belgique. Où est donc passé ce joueur qui avait failli aboutir à la Juventus ? Faut-il lui laisser encore du temps et du crédit ? Ne court-on pas vers un nouveau syndrome Robert Prosinecki qui a profité du Standard pour gagner sa vie sans fournir ce que le club était en droit d'attendre vu sa réputation ? Nous nous sommes posé ces questions et nous avons fait le point de la situation avec des personnes qui côtoient le Croate au quotidien, des observateurs extérieurs mais aussi des adversaires qui ont eu affaire à lui sur le terrain. Toutes les personnes interrogées sont au moins d'accord sur un point : le médian croate n'a pas perdu toutes ses aptitudes. " C'est un garçon qui possède de l'or dans les pieds ", explique le coach Dominique D'Onofrio. " Cela fait deux ans que je suis présent au Standard et j'ai rarement vu un joueur aussi talentueux. Il possède une frappe extraordinaire et propose une qualité de passe importante. Que ce soit dans le jeu court ou dans le jeu long ", ajoute l'entraîneur adjoint José Riga. " Il m'avait laissé une grosse impression avec la Croatie lors de la Coupe du Monde ou du dernier EURO Il dispose d'un potentiel technique au dessus de la moyenne qui s'exprime dans sa frappe et sur ses centres ", précise Benoît Thans, ancien sociétaire du Standard, désormais consultant à la RTBF. Que ce soit en Belgique ou à l'étranger, Rapaic est précédé d'une fameuse réputation. " Il s'agit du plus grand talent de ma génération. Et il détient le meilleur pied gauche que j'ai vu à l'£uvre ", explique Tomislav Butina, gardien de la sélection nationale et du Club Bruges. Ces qualités techniques n'ont que très peu été proposées au public de Sclessin depuis son arrivée mais on a déjà pu se rendre compte qu'elles existaient. Rapaic n'hésite pas à prendre à sa charge certains coups francs et c'est d'ailleurs sur l'un deux qu'il faillit mettre Charleroi à terre en fin de match lors de la 18e journée de championnat. Et c'est également sur phase arrêtée qu'il inscrivit son premier but Beveren. " Il sait éliminer un homme et on a vu qu'il s'agissait d'un joueur explosif ", conclut Michel Preud'homme, manager sportif des Liégeois. " Mais ces qualités, il ne les a pas montrées à chaque moment de ses matches ". En arrivant trois mois après le début du championnat, Rapaic partait avec un certain retard de condition. " Il avait pourtant effectué des séances de travail avec un préparateur physique qui lui était propre ", commente Guy Namurois, l'entraîneur physique du Standard. " Mais c'est vrai que les premiers matches, ce n'était pas encore cela. On voyait qu'il manquait de rythme. Toutefois, son retard était malgré tout limité puisqu'on n'a pas jugé utile de lui soumettre un programme personnel ". Néanmoins, Rapaic s'était mis lui-même la pression en déclarant lors de son arrivée qu'il était prêt à jouer immédiatement en arguant le fait qu'il avait effectué toute la préparation estivale avec Ancône, qui venait d'être mis en faillite et relégué en D4. Si sa condition laissait à désirer lors de son arrivée, cette lacune a-t-elle été corrigée pour autant ? Améliorée oui, corrigée non. Sur le terrain, il ne donne pas l'impression de se donner à fond, certains n'hésitant pas à lui faire grief de quelques kilos superflus. " J'ai entendu cette réflexion dans plusieurs bouches ", analyse Namurois. " Cela relève du domaine des préjugés puisque, quand j'analyse sa masse maigre, il est dans la norme. Il n'a pas de kilos à perdre ". Comment expliquer alors sa mollesse sur le terrain ? " C'est vrai qu'il donne l'image d'un joueur nonchalant. Mais on nage en plein paradoxe car il dispose de nombreuses qualités physiques naturelles. Notamment sur le plan de la vitesse pure. Il sait placer quelques sprints puissants et il dispose d'une détente plus que satisfaisante pour un joueur de cet âge-là. Cela s'est vu lors des tests de biométrie que nous avons encore effectués le week-end passé ", ajoute le préparateur physique. Et son endurance ? " Les tests de fin d'année n'ont pas révélé de manques. Son endurance est donc loin d'être catastrophique. D'ailleurs, il n'a toujours pas été blessé depuis son arrivée. La semaine dernière, nous avons effectué deux séances d'entraînement quotidiennes et Milan n'a eu aucune peine à les enchaîner. Il est toujours capable de subir deux entraînements de haut niveau. Or, il s'agit du témoin lumineux pour voir si un joueur est fini ou pas. Quelqu'un en fin de carrière et qui n'aurait plus assez de motivation, ne serait pas capable de tenir le rythme. C'est ce qui se passait en fin de carrière avec Eric Van Meir. Son genou ne suivait plus ". En match, Rapaic n'a pas encore prouvé son amélioration physique. " On lui reproche souvent de ne pas soutenir un tempo élevé ", explique Benoît Thans. " Et on le lui reproche d'autant plus que dans le passé, il débordait facilement et pouvait se lancer dans de longues chevauchées ". " Il sait tenir 90 minutes mais pour cela, il dose ses efforts. En arrivant, il faisait 30 sprints à fond au cours d'une rencontre là où on en attend peut-être 90 à 120 par joueur. Maintenant, il en fait peut-être 50-60. On peut noter une évolution ", estime Guy Namurois. Certains joueurs étrangers peuvent éprouver certaines difficultés à s'adapter soit au mode de vie belge, soit au club dans lequel ils évoluent. " Il s'est intégré au groupe avec beaucoup de facilité grâce notamment à la présence des Slaves du noyau ", coupe Dominique D'Onofrio . " C'est un garçon très agréable à vivre au quotidien ", renchérit José Riga, " Il vient aux entraînements avec le sourire et pas avec des semelles de plomb ". Mais comment alors expliquer son exclusion face au Brussels après une prise de bec (ou plutôt de cou) avec Fritz Emeran. " Je connaissais le joueur de réputation et notre entraîneur m'avait demandé de le tenir de très, très près ", développe l'arrière du Brussels. " Il fallait anticiper sur lui et se montrer plus malin. Il m'avait aussi dit que c'était un écorché vif et qu'il pétait souvent les plombs ". " Il manquait de rythme et je m'étais dit qu'il fallait être costaud dans les premiers duels ", précise Mathieu Beda (Saint-Trond). " J'étais assez rugueux. On a échangé des regards et des mots et je me suis dit à ce moment-là que j'avais gagné la partie ". " Aux entraînements et en match, il montre un visage très fair-play ", contredit Riga. " Il est même très classe. Mais comme tout être humain, il n'aime pas être provoqué, qu'on lui chatouille les tibias de trop près ". Propos corroborés par Dominique D'Onofrio : " Il s'agit du joueur le plus charmant du monde. Il ne fait pratiquement jamais de fautes. Mais vous savez quand on vous matraque durant tout le match... ". Certains adversaires ont pris plaisir à se frotter à lui : " On a toujours des contacts avec son adversaire direct. Et je m'attendais au pire puisqu'il s'agissait d'un match opposant deux équipes rivales. Mais cela s'est très bien passé. Les premiers mots n'ont pas été tout doux mais après, il s'est montré très correct ", commente Frank Defays. Milan Rapaic est arrivé dans un championnat peu habitué à accueillir des personnages de ce standing. L'année passée, il avait repoussé une offre du Standard parce qu'il se montrait trop gourmand sur le plan financier. Alors Rapaic se la joue-t-il trop star ? " Je ne pense pas ", observe Benoît Thans. " Car il accepte dès le début de dire qu'il n'est pas à son niveau sans chercher de faux fuyants. Il est à l'écoute du collectif et par son attitude, il montre qu'il va revenir. Tout joueur de foot marche à la confiance, il a juste besoin d'un déclic ". En équipe nationale, il ne la ramène pas non plus. " S'il ne fait plus partie de la sélection, c'est parce qu'il ne crie pas sur tous les toits qu'il est le meilleur au contraire d'autres joueurs repris. Or, ce type de footballeur apporte toujours quelque chose à sa formation. Et à partir du moment où il est capable de jouer, on ne peut pas se passer d'un tel élément ", argumente Butina. Difficile également de ne pas faire le rapprochement entre Milan Rapaic et Sergio Conceiçao, les deux flancs du Standard. L'un comme l'autre sont arrivés en cours de saison. L'un comme l'autre se servent du Standard pour rebondir. L'un comme l'autre disposent d'une aura et de qualités techniques au dessus de la moyenne. Pourtant, il ne s'agit pas du même type de joueurs. " Conceiçao demande plus de ballons dans les pieds. Il a également une plus forte personnalité. Il se profile davantage comme un leader. Rapaic n'est pas capable de prendre l'équipe à bras le corps. Mais qui sait encore faire cela ? A part peut-être Sergio... ", compare Dominique D'Onofrio. L'importance du Portugais peut également poser problème au Croate, censé rééquilibrer le jeu. " Rapaic doit être le pendant de Conceiçao à gauche mais il est moins dans le rythme et fait preuve d'une vitesse d'exécution moindre que celle de l'ancien joueur de la Lazio ", analyse Thans. " On dispose de deux chefs d'orchestre et maintenant, il faut répartir les baguettes. Il faut davantage tourner le jeu et travailler sur toute la largeur. Une fois que l'on aura réussi cela, Rapaic aura plus d'emprise sur une rencontre ", soutient Riga. " Conceiçao possède plus d'influence et les joueurs passent plus facilement par la droite. Il ne faut pas demander à Rapaic de se dépenser 90 minutes aux quatre coins du terrain. On l'a acheté car il est complémentaire avec Conceiçao, pas parce qu'ils sont identiques ". Alors, docteur, c'est grave ? " Il apporte déjà quelque chose, il donne de nombreux ballons devant le but. Ce n'est quand même pas de sa faute s'il n'y a personne pour reprendre ses passes Pourtant, avec deux buts et un assist, on ne peut pas encore dire qu'il pèse sur le jeu. Il doit davantage prendre ses responsabilités sur les phases arrêtées ", ajoute Preud'homme. " Moi je vois surtout le nombre de ballons qu'il a donné et qui n'ont pas trouvé preneur ", confirme Riga. " Ce qu'il a fait dans tous ses anciens clubs, il pourrait le faire au Standard. Il lui manque quelques buts et il faut qu'il mette ses qualités plus en évidence ". Stéphane Vande Velde " Ce n'est pas de sa faute s'il n'y a PERSONNE POUR REPRENDRE SES PASSES " Michel Preud'homme " Il A COMPRIS QU'IL Y AVAIT DES DUELS sur toute la largeur du terrain " José Riga