Août 1992 : le " Pays de Liège ", magnifique bateau de plaisance, descend la Meuse jusqu'à Maastricht. A bord, Lucien Levaux, légendaire responsable des relations avec la presse, a mis les petits plats dans les grands pour présenter l'équipe d'Arie Haan aux journalistes et aux sponsors du Standard. Tribun hors pair, Jean Wauters prit la parole pour définir le cap comme lui seul savait le faire. Puis, à ma surprise, Levaux me demanda d'en faire autant pour présenter un ouvrage que j'avais consacré aux Rouches : Standar...

Août 1992 : le " Pays de Liège ", magnifique bateau de plaisance, descend la Meuse jusqu'à Maastricht. A bord, Lucien Levaux, légendaire responsable des relations avec la presse, a mis les petits plats dans les grands pour présenter l'équipe d'Arie Haan aux journalistes et aux sponsors du Standard. Tribun hors pair, Jean Wauters prit la parole pour définir le cap comme lui seul savait le faire. Puis, à ma surprise, Levaux me demanda d'en faire autant pour présenter un ouvrage que j'avais consacré aux Rouches : Standard, retour gagnant . Mais que dire de plus après l'avalanche de mots supersoniques de Wauters ? Haan a longtemps rigolé de mes hésitations et me rappela :- Quand tu dois t'adresser à une brochette d'invités, fixe ton regard sur une personne.. Peut-être mais ce qui était difficile, c'était de succéder au micro à Wauters. Pas un cadeau et je ne fus guère inspiré sur la Meuse. Au milieu des années 80, Wauters sauva le Standard, détruit par l'affaire de corruption avec Waterschei et l'enquête du juge Guy Bellemans. J'avais réalisé le premier entretien de Wauters, dans son bureau, rue Neuve, à Bruxelles, où il dirigeait un grand magasin. Wauters m'avait épaté avec sa bravoure durant la Deuxième Guerre, son emprisonnement à Buchenwald (pour, disait-il, avoir refilé des armes de la FN d'Herstal à la Résistance) où un prisonnier yougoslave lui sauva la vie en assumant un travail au-dessus de ses forces, etc. Comment ne pas respecter alors un survivant des camps de la mort, opéré près de 20 fois, luttant contre une douleur permanente mais qui dynamisa la grande distribution, lança le Village Numéro 1 consacré à la protection des handicapés, connaissait tant de monde. En 1992, lors d'un voyage européen à Auxerre, il régala toute la délégation dans un restaurant étoilé. Il prit la parole : cet homme était une bénédiction. Plus tard, je l'ai même rencontré chez lui. Et puis, petit à petit, un Mister Wauters prit la place du Docteur Jean. Des informations, recoupées et partagées avec Georges Huercano-Hidalgo (RTL-TVI, alors à la RTBF), firent état d'importants détournements financiers de Wauters au détriment du Village Numéro 1. Je n'en revenais pas et la publication de notre enquête (menaces, disparition suspecte, tombolas truquées, rivières de diamants détournées, etc.) suscita sa colère : - J'ai des relations et je vous attaquerai en justice. La police judiciaire me convoqua et l'affaire en resta là pour moi, pas pour lui. Décédé le 4 avril à 91 ans, Wauters n'a pas trompé que ses admirateurs dont j'ai longtemps été : il a aussi roulé son destin...?PAR PIERRE BILIC