La discussion sur les droits de télévision en Belgique revient périodiquement à cette époque de l'année mais on n'en avait sans doute jamais parlé autant qu'au cours des deux dernières semaines. En cause, l'offre de Belgacom, venue bousculer un marché jusqu'ici limité aux chaînes diffusant en clair et à un seul opérateur payant.
...

La discussion sur les droits de télévision en Belgique revient périodiquement à cette époque de l'année mais on n'en avait sans doute jamais parlé autant qu'au cours des deux dernières semaines. En cause, l'offre de Belgacom, venue bousculer un marché jusqu'ici limité aux chaînes diffusant en clair et à un seul opérateur payant. Mais Belgacom, qui a perdu sa situation de monopole sur l'offre téléphonique pure et doit donc s'ouvrir à de nouveaux produits, n'a pas hésité à déposer sur la table 36 millions d'euros par saison pour les trois prochains championnats. C'est certes encore fort peu par rapport à la France (600 millions d'euros à partir de la saison prochaine), l'Angleterre (574), l'Espagne (232), l'Allemagne (203) ou même les Pays-Bas (70) mais c'est tout de même plus du double que ce qui était offert jusqu'ici par l'ensemble des opérateurs. La Ligue Professionnelle a donc accordé le marché à Belgacom. Plusieurs réserves restent cependant à émettre, la principale concernant l'enquête ouverte par la Commission de la concurrence. Certains opérateurs, comme Telenet, estiment que la Ligue Pro devait vendre lot par lot (résumé des matches ou pay per view, etc) et non pas présenter un package global. Si le Conseil de la concurrence lui donnait raison, il faudrait lancer un nouvel appel d'offres. Chez Belgacom, on se veut serein en prétendant que le Conseil de la concurrence vise avant tout les intérêts du téléspectateur et que celui-ci sera gagnant puisque il se verra offrir plus de football pour moins cher. Ce qui reste à prouver puisque BelgacomTV ADSL ne démarrera que fin juin et qu'aucun prix n'est encore connu. On doit pour le moment se contenter de prendre, pour point de repère, l'offre de Versatel ADSL qui propose aux téléspectateurs hollandais de voir n'importe lequel des neuf matches de la journée pour 40 euros par mois (avec des frais de raccordement de 50 euros). On ne sait pas non plus ce que Belgacom TV offrira exactement comme produit. En théorie, avec l'ADSL, beaucoup de choses sont possibles. La télévision (n'importe quel appareil relativement récent) est connectée à la ligne téléphonique et reçoit des images de qualité sur lesquelles on peut travailler : ralentis, loupes, statistiques, arrêts sur image et même vision du match à horaire décalé. Reste à voir ce que Belgacom TV offrira effectivement : chaque match au choix ? Deux matches imposés par semaine ? Des coulisses ? Du magazine ? Si l'opérateur téléphonique se refuse actuellement à le dire, c'est sans doute parce qu'il ne sait pas encore de quels moyens techniques il disposera effectivement. La seule chose que l'on puisse affirmer actuellement avec certitude, c'est que BelgacomTV possède un accord de collaboration avec la VRT. Celle-ci rachètera une partie du contrat et fournira les moyens techniques au captage des images des rencontres. En échange, elle pourra diffuser un match en direct le dimanche soir à 18 heures (sur Canvas) et, surtout, des émissions proposant les résumés de toutes les rencontres. Un privilège qu'elle avait perdu depuis que VTM avait pris le marché en 1994. Ces émissions seront diffusées les vendredi, samedi et dimanche à 22 h 15 sur la première chaîne. Le lundi soir, Canvas produira également un magazine football. Et côté francophone ? Chez Belgacom, on affirme clairement la volonté d'un accord identique avec un canal ouvert francophone. La RTBF de préférence. Mais celle-ci ne veut pas balancer d'un seul coup les bonnes relations qu'elle entretient avec BeTv, grande perdante de l'aventure puisqu'elle ne conserve actuellement que les droits sur le football étranger. Mais d'un autre côté, on voit mal la RTBF encore perdre les résumés du football belge après avoir dû laisser les Diables, la Coupe de Belgique et la Ligue des Champions à RTL-TVI. Et Belgacom a tout intérêt à trouver un partenaire rapidement : une clause du contrat prévoit la nullité de celui-ci au cas où l'adjudicataire ne serait pas en mesure de diffuser les images des deux premières journées de championnat pour le lot le concernant. On s'oriente donc vers un mariage de raison. (P. Sintzen) (°) La rubrique WWW.be, page 15, est consacrée à la réaction de Belgacom.