En arrivant au rendez-vous avec cinq minutes d'avance, Patiyo Tambwe, le nouvel attaquant congolais de Lokeren, confirme immédiatement tout le bien qu'on dit de lui au club. Alors que ses compatriotes Mémé Tchité ou les frères Mpenza ont pris l'habitude d'arriver en retard partout, la rapidité avec laquelle Tambwe s'est adapté à la Belgique a de quoi surprendre. C'est pourtant la première fois qu'il débarque en Europe après avoir vécu, pendant 22 ans, aux rythmes du soleil africain.
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En arrivant au rendez-vous avec cinq minutes d'avance, Patiyo Tambwe, le nouvel attaquant congolais de Lokeren, confirme immédiatement tout le bien qu'on dit de lui au club. Alors que ses compatriotes Mémé Tchité ou les frères Mpenza ont pris l'habitude d'arriver en retard partout, la rapidité avec laquelle Tambwe s'est adapté à la Belgique a de quoi surprendre. C'est pourtant la première fois qu'il débarque en Europe après avoir vécu, pendant 22 ans, aux rythmes du soleil africain. " C'est un gars sérieux qui fait preuve d'une excellente mentalité ", prétend José De Medina, l'homme de confiance du renfort lokerenois, qui a également amené Tchité et Dieudonné Kalulika (Brussels) en Belgique. Les membres du staff technique de Lokeren en disent aussi le plus grand bien. Il faut avouer qu'à 22 ans, un Africain qui veut tenter sa chance en Europe est plus mûr. Tambwe a joué à Virunga, un club de l'est du Congo, où il est devenu un véritable héros. On le surnommait Diouf, en référence au célèbre attaquant de l'équipe nationale du Sénégal. Quand on le confronte à ce surnom, il regarde timidement ses pieds. Il avoue qu'il n'aime pas trop parler. " Je trouve chouette d'être populaire dans mon pays mais cela ne m'empêche pas de dormir ", dit-il. " A Virunga, la presse s'intéressait beaucoup à moi mais je n'ai jamais donné d'interview de plus de dix minutes. Je ne suis pas très loquace ". Comme presque tous les Africains, Patiyo Pati Tambwe a appris à jouer dans la rue. Il relève la tête et sourit : " De six heures du matin à midi, puis on mangeait vite quelque chose et on reprenait de plus belle. Nous étions parfois cinquante à jouer ainsi sur des routes de sable. On faisait des équipes de vingt-cinq joueurs ! Inimaginable ! On se dribblait les uns les autres et tout le monde y allait de son petit numéro. La tactique ? Jamais entendu parler de ça ! J'ai toujours été le meilleur joueur de ma région. A 11 ans, je me suis inscrit dans un club. A 17 ans, je jouais en équipe Première, et à 21 ans, j'étais appelé en équipe nationale ". La saison dernière, il aurait pu participer à la Coupe d'Afrique des Nations mais il refusa sa sélection. Un conseil de l'homme qui l'a découvert, José De Medina, qui estimait qu'il ferait mieux de tenter sa chance en Europe et plus précisément en Belgique, à La Louvière. Tambwe y est arrivé juste après la trêve hivernale. " En cinq rencontres de Réserves, j'ai inscrit quatre buts ", raconte-t-il. " Le club voulait me garder mais comme il avait des difficultés financières, cela n'a pas pu se faire ". Attaquant rapide et bon dribbleur, Tambwe s'était toutefois fait remarquer par Anderlecht et le Standard. " Je me suis entraîné une fois avec les Réserves d'Anderlecht et j'ai disputé quelques rencontres dans cette catégorie pour le compte du Standard. Le problème, c'est que ces deux clubs auraient encore voulu me tester pendant un mois mais mon visa arrivait à expiration. Lokeren m'a alors demandé de passer un test et, en une semaine, il m'a proposé un contrat. J'ai signé immédiatement et j'ai ainsi pu rester en Belgique ". Quant à Anderlecht, il a jeté son dévolu sur son compatriote Dieudonné Mbokani. " Je le connais de l'équipe nationale, c'est un bon joueur ", reconnaît Tambwe sans se faire prier. Tambwe s'entraîne à Lokeren depuis avril. Rudy Cossey, alors entraîneur principal et aujourd'hui adjoint d' Ariel Jacobs, fut directement charmé par l'enthousiasme et l'engagement dont le Congolais faisait preuve. De plus, il avait tout le temps de le préparer en vue de la saison actuelle. Le problème de beaucoup d'Africains qui débarquent en Europe est en effet de s'adapter au professionnalisme, à l'aspect tactique et aux exigences physiques de notre football. " Au Congo, on court où on veut ", sourit Pati. " Une des premières choses que Rudy m'a apprises, c'est à garder ma position. Ariel Jacobs, lui, m'a montré comment me repositionner en perte de balle. J'ai également dû apprendre à me démarquer sur les phases arrêtées car au Congo, les défenseurs laissent beaucoup plus d'espaces et les attaquants peuvent donc effectuer tous les mouvements qu'ils veulent ". Lors du match inaugural face au Standard, Tambwe a montré qu'il apprenait vite. Il ne lui fut pas difficile d'éliminer les lents défenseurs du Standard et notre magazine lui attribua une cote de 7/10. Ces excellents débuts ne furent gâchés que par une exclusion en fin de match : une deuxième carte jaune pour avoir empêché l'adversaire de jouer un coup franc. " Tout s'était bien passé jusque-là, dommage d'être exclu aussi stupidement. Ce n'était que la deuxième carte rouge de ma carrière mais bon... ça doit me servir de leçon. Les défenseurs du Standard ? Je suis rapide et bon dribbleur, ce sont des atouts que j'utilise face à n'importe quel adversaire. Evidemment, ici, on est beaucoup plus dur dans les duels mais ce sont des choses auxquelles on s'habitue. De plus, pendant les vacances, Rudy Cossey m'a obligé à faire beaucoup de musculation. Quand je suis arrivé à Lokeren, je ne pesais que 64 kilos. Aujourd'hui, j'en pèse 70. Et rien que du muscle, hein ! En Afrique, on ne travaille presque pas l'aspect physique. On ne fait que courir derrière le ballon. Ici, on passe parfois une heure et demie à ne faire que du physique ". Bien qu'il ait déjà augmenté sa masse musculaire, on ne pourra jamais le comparer à son prédécesseur, Aristide Bancé. Tambwe est une anguille, toujours en mouvement, tandis que le Burkinabé était un bombardier explosif. On pourrait plutôt établir un parallèle avec Elonga Ekakia, un autre Congolais qui, dans les années 90, fit fureur à Daknam. Et à en croire De Medina, il présente également quelques similitudes avec Tchité. " Nous avons tous deux grandi dans l'est du Congo ", explique Tambwe. " Quand je suis arrivé en Belgique, j'ai logé quelques fois chez lui à Liège et il m'a donné des conseils. C'est lui qui m'a dit qu'ici, on attendait de nous que nous soyons sérieux et que nous travaillions beaucoup. Runar Kristinsson m'enseigne beaucoup de choses également. Il me crie sans cesse de rester calme devant le but. Et l'entraîneur fait pareil (il rit). Ici, un attaquant doit marquer. J'essaye de me mettre cela en tête car je veux réussir et jouer au top niveau ". Au Standard ou à Anderlecht, comme son copain Tchité ? " Ce serait chouette mais je veux d'abord m'imposer à Lokeren. Je suis très heureux ici. Et pourquoi ce club ne pourrait-il pas terminer troisième ou quatrième ?" MATTHIAS STOCKMANS