Printemps 1998. Alors qu'il vient tranquillement de terminer sa saison au RFC Montegnée, Dimitri Habran prend congé de la Belgique, direction le Brésil et Copacabana. Pas pour mater des courbes brésiliennes, mais plutôt les meilleurs joueurs de futsal de l'époque avec le maillot de l'équipe nationale belge.
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Printemps 1998. Alors qu'il vient tranquillement de terminer sa saison au RFC Montegnée, Dimitri Habran prend congé de la Belgique, direction le Brésil et Copacabana. Pas pour mater des courbes brésiliennes, mais plutôt les meilleurs joueurs de futsal de l'époque avec le maillot de l'équipe nationale belge. " Il y avait cinq pays invités dans ce tournoi international et on s'affrontait sur un parquet monté sur la plage, le tout devant 8.000 personnes ", se souvient Dimitri, qui avait profité de l'événement pour faire une photo avec Socrates. " On a terminé avant-dernier, mais grâce notamment à une toute grosse prestation contre le Brésil, j'ai été élu meilleur gardien du tournoi. " Du coup, le Liégeois se retrouve à la Une d'un quotidien local aux côtés de Ronaldo et est même la vedette d'un reportage. Pour couronner le tout, il reçoit une proposition de contrat d'un club pro brésilien. Dim hésite, mais son coeur prend la décision finale : il refuse. " J'ai préféré rentrer en Belgique pour signer au Standard. " Près de vingt ans plus tard, l'enfant de Jupille est fier de sa carrière, mais sait qu'il aurait pu faire beaucoup mieux. Ca se tient... En huit saisons de professionnalisme, Dimitri Habran a rarement vécu des aventures banales. La première s'est déroulée à Sclessin... ou plutôt sur le banc de l'enceinte liégeoise. " Pourtant, j'ai joué huit matchs avec le Standard sans jamais perdre une seule fois ", rappelle le portier. " Peut-être que c'est mon côté "gardien du village", trop gentil pour être N°1 à Sclessin, qui m'a coûté une place. Les Rouches préféraient les grands noms à ce moment-là : Runje, Carini, etc. Depuis lors, ce n'est plus si évident de percer au Standard en tant que gardien liégeois. " En manque de temps de jeu, Habran quitte donc son fief en 2002 pour aller prêter main forte à Malines, en faillite et qui tente de rester la tête hors de l'eau avec des jeunes loups et des briscards revanchards. Les fans du KaVé tombent rapidement sous le charme du petit Dimitri. Pour aider le club financièrement, ils n'hésitent d'ailleurs pas à vendre des maillots à son effigie floqués "Kamikaze" en hommage à sa propension à sortir dans les pieds sans trop réfléchir ( "J'ai dû avoir quatre ou cinq commotions et des arcades pétées à cause de ça (rires). ") Revenu en bord de Meuse à l'été 2003, Habran ne parvient pas à déloger Carini des cages et file donc à Ostende pour une autre mission impossible : sauver les Côtiers. Malgré un succès à Anderlecht et un nouveau nul contre le Standard, Ostende est relégué. Son portier a beau être crédité d'une excellente saison, ça ne lui suffit pas pour rebondir en Belgique où on lui reproche de ne pas avoir l'agent adéquat. Il passe alors des tests à Norwich City - où il est jugé trop petit - et à Tenerife - où il est recalé parce qu'il ne parle pas espagnol. À quelques jours de la fin du mercato estival 2005, le Liégeois est sans club. Son aventure la plus improbable peut alors commencer. " Yuri Selak, l'actuel directeur sportif de Mouscron, m'a attiré en Grèce, à Doxa Drama, en affirmant que c'était un club de D2. " Dimitri ne vérifie pas l'info et se retrouve finalement... en D3 ! Les débuts sont corrects, mais après deux-trois mois, son compte en banque n'a pas gonflé d'un euro, il vit de ses économies et voit une quarantaine de joueurs débarquer aux entraînements sans aucune structure. C'en est trop et il retourne en Belgique. " Voilà 11 ans que je suis au tribunal contre le club. J'ai gagné mais j'attends toujours mon argent. " L'ex-Rouche entame ensuite une période difficile au niveau sportif et sa vie est bouleversée par des drames. Dimitri, qui avait vu son père décéder à la fin d'un entraînement alors qu'il n'était qu'un gamin, va vivre la douloureuse expérience de perdre sa fille peu après sa naissance, au début des années 2010. Il y a quelques semaines, c'est une anémie sévère qui l'a immobilisé presque complètement. Heureusement, pour se relever après ces dures épreuves, Dim a toujours pu compter sur le foot. Actuellement à Fosses, en P1 namuroise, il a aussi repris le Futsal depuis quelques années et la saison dernière, il est même devenu international, à 41 ans. Ce qui lui a valu un nouveau surnom : Spiderman. " J'ai les vareuses de l'homme-araignée avec mon nom floqué derrière et les abdos devant. " Le mini-foot n'a pas pour seule vocation de distraire Dimitri Habran. Il lui a également permis de trouver un boulot. " Il y a cinq ans, des coéquipiers m'ont conseillé de me proposer chez Kauffman Gaz, à Remouchamps ", explique l'ouvrier cariste qui s'occupe de la réception, du rangement et du tri des bonbonnes de gaz qui transitent par le site. Je me promène parfois en clark pour transporter ces bonbonnes. Les mesures de sécurité sont terribles : pas de cigarette, pas de GSM... Si une des citernes explose, c'est toute la région qui suit directement ! " Entouré de collègues qui n'hésitent pas à le charrier - " Il n'avait qu'à réussir dans le foot ! " -, Dimitri a compris depuis longtemps qu'il ne pourrait pas vivre de ce qu'il a gagné en D1, " contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. " Pourtant, à terme, l'ancien Standardman aimerait revenir dans le foot de haut niveau et occuper les fonctions d'entraîneur des gardiens. Et comme il n'est pas du genre à changer du tout au tout, on peut être sûr que si un club l'appelle et tombe sur son répondeur, il tombera sur ça : " Eh oui, bonjour. C'est Dimitri Habran, le plus grand de tous les temps. Il n'est pas là pour le moment mais faites attention à ses dents ! " PAR ÉMILIEN HOFMAN - PHOTO PGDimitri Habran est devenu international au Futsal à 41 ans.