"Allez ! More accuracy. Plus vite. Concentration. " Yves Vanderhaeghe hurle ses directives. Il exige de la concentration, des passes plus rapides et plus précises. Quand l'intensité augmente, le T1 est satisfait. Bientôt, le staff et les joueurs vont aller au club de pétanque local, comme chaque année, histoire de se détendre pendant quelques heures et d'échapper au stress des play-offs 1.
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"Allez ! More accuracy. Plus vite. Concentration. " Yves Vanderhaeghe hurle ses directives. Il exige de la concentration, des passes plus rapides et plus précises. Quand l'intensité augmente, le T1 est satisfait. Bientôt, le staff et les joueurs vont aller au club de pétanque local, comme chaque année, histoire de se détendre pendant quelques heures et d'échapper au stress des play-offs 1. Luc Devroe observe la séance d'un air appréciateur. Il y a trois ans, nous étions déjà ici, côte à côte. Il était en poste depuis sept mois au club, qui avait gagné les PO2 dès sa première saison, sous la direction de Frederik Vanderbiest. Le directeur sportif ne se laissait pas aller à l'euphorie. " Avec un noyau de meilleure qualité, nous espérions nous maintenir trois années de suite en D1, pour la première fois de notre histoire. " L'ambition était modeste mais il n'avait pas oublié ses premières semaines. Après onze journées, Ostende était avant-dernier avec 11 points sur 33, et après le sec revers 0-3 contre Malines, son entraîneur avait voulu jeter l'éponge. " Luc, j'arrête. Je ne sais plus que faire. "Le nouveau président, Marc Coucke, avait établi un plan sur dix ans. Lui aussi prônait le réalisme : former un pensionnaire stable de D1, jouer de temps en temps les PO1, accrocher une finale de coupe et, qui sait, un billet européen. Mais tout s'est précipité. " Ce plan est dépassé. Le président et le comité de direction vont bientôt se réunir pour le revoir et fixer de nouveaux objectifs. Qu'avons-nous fait de bien, où avons-nous échoué ? Comment maintenir ce niveau ? Où pouvons-nous encore progresser ? " Le président place la barre très haut. En janvier, quand il a constaté que l'équipe, pour la troisième saison d'affilée, reprenait difficilement ses marques après le stage, il a immédiatement téléphoné au manager pour supprimer le prochain camp. " Il a dit en rigolant que nous ferions mieux d'aller en Sibérie. Cette méthode de travail est idéale : un patron, le président, et l'entraîneur à mes côtés. C'est simple et clair. Le président est exigeant mais nous sommes bien payés et nous devons supporter cette pression. Nous devons constamment nous remettre en question. Par exemple, comment pouvons-nous améliorer le suivi de joueurs comme Andile Jali en dehors du terrain ? Il a encore prouvé son potentiel contre Gand mais il a commis des erreurs, de même que le staff et nous, sans doute. " Ostende s'est stabilisé. Il a terminé le championnat précédent en quatrième position, accédant à une place en PO1, cette année, il a été cinquième, avec un point de plus. Après la finale de la coupe, il a une chance de se produire en coupe d'Europe, un événement qui serait unique dans l'histoire ostendaise, surtout marquée par des (profonds) bas et des remontées pénibles. Mais ce n'est pas ce qui réjouit le plus Luc Devroe : " Tous les analystes disent que nos matches ont été les meilleurs et les plus spectaculaires de ces PO1, à l'exception de notre match à domicile contre Charleroi. Il faut être deux pour jouer mais de toute façon, ce jour-là, c'était la victoire qui comptait. Le début a sans doute été moins spectaculaire mais sur nos terres, nous avons battu le Club Bruges, Gand, le Standard et le Racing Genk - 6-0 ! À Anderlecht, nous avons eu 65 % de possession de balle pendant 25 minutes. Nous sommes parvenus à plier puis neutraliser le match avec professionnalisme à Westerlo et à Mouscron. La prochaine étape, c'est d'y parvenir dans les grands matches. Nous jouons mieux que lors des play-offs précédents et notre football n'est pas inférieur à celui des autres, au contraire. Sur base du jeu développé, nous avons gagné trop peu de points. Sinon, nous jouerions peut-être la deuxième place. En plus, si nous avions gagné au stade Roi Baudouin, nous serions déjà assurés d'un billet pour les poules de l'Europa League, ce qui aurait été un fameux bonus financier : trois millions sur un budget de 17. " Le directeur sportif est décontracté, même s'il n'arrête pas de tapoter sur son smartphone et qu'il va bientôt accomplir sa énième mission de scouting à l'étranger. " Nous devons être proactifs et avoir des alternatives à chaque poste. Les clubs qui ont du succès risquent de perdre leurs meilleurs footballeurs, comme Jordan Lukaku, dont la Lazio est très contente, quoi qu'on écrive. Ça veut dire que nous n'avons pas mal travaillé. Quand des scouts viennent visionner Neto, Simon ou Kubo dans le match de Gand contre nous, ils voient également nos joueurs. Nous devons donc veiller à préparer d'autres joueurs. " Il part du principe que des joueurs vont partir. Landry Nany Dimata, qui aura vingt ans en septembre et a été enrôlé des espoirs du Standard pour 600.000 euros durant l'intersaison, figure sur plusieurs listes. Travailleur, l'avant a inscrit 14 buts et délivré 4 assists dès sa première saison. " Alors qu'il a sans doute reçu trois fois plus de coups que Lukasz Teodorczyk ou Jelle Vossen. Doit-on moins protéger un gamin de 19 ans ? Nous lui avons accordé un an pour s'adapter et remplacer Cyriac, dont nous espérions qu'il marque 15 buts cette saison, mais Dimata a été fantastique et il a éliminé tous ses concurrents. Ça, nous ne pouvions pas nous en douter puisqu'il n'avait encore évolué qu'en catégories d'âge. Pour nous, il sera sans doute intenable. Et ce, dans toutes les acceptions du terme. " Adam Marusic (24 ans), transféré de Courtrai avec Zarko Tomasevic, s'est également distingué à la Versluys Arena. " Alignez-le en Ligue des Champions avec un club belge et il ne fera pas mauvaise figure. Il est très polyvalent : il peut jouer à l'arrière gauche ou droit ou plus haut sur les deux flancs. Marusic et Kevin Vandendriessche, qui vient de resigner, sont une bénédiction pour l'équipe et l'entraîneur : ils peuvent occuper plusieurs postes. Grâce à eux, le noyau et la masse salariale restent gérables. " Devroe rappelle que certains joueurs ont été repris en équipe nationale, ce qui a accru leur visibilité. Knowledge Musona a disputé la Coupe d'Afrique des Nations avec le Zimbabwé, Sébastien Siani et le Cameroun ont surpris leur monde au Gabon. " Je n'ai pas encore eu de nouvelles d'aucun grand club belge mais selon moi, il est parmi les trois meilleurs de Belgique, après LeanderDendoncker et YouriTielemans. Il n'est certainement pas inférieur à Adrien Trebel, Claudemir ou RuudVormer. " Le Camerounais de trente ans, Ostendais depuis février 2013, est encore sous contrat pour deux ans, avec option pour une saison supplémentaire. Frederik Vanderbiest a reconverti l'avant en médian défensif. " Un coup de génie pour sa carrière. C'est ce qui lui a permis de devenir international, à 28 ans. C'est un brillant footballeur et un type bien, qui ne se plaint jamais et qui n'est jamais blessé. Remplacer Dimata ne sera pas facile mais Siani, un vrai Ostend Boy, est notre Sven Kums. Gand a déjà acheté quelques joueurs dans l'espoir de pallier son départ. Nous devons donc bien réfléchir : allons-nous le récompenser avec un meilleur contrat ou le vendre, même s'il sera difficile de trouver un joueur de son calibre, y compris en y mettant le prix ? " Antonio Milic (23 ans) va bientôt fêter sa première sélection en équipe nationale croate. Il y a un peu plus de deux ans, l'international espoir, maladroit contre Courtrai, lors de ses débuts, avait été retiré après 37 minutes. On n'imaginait pas, alors, qu'il jouerait un jour aux côtés d'Ivan Perisic, Luka Modric ou Ivan Rakitic. Vanderbiest voulait un nouveau défenseur central mais Devroe avait refusé. " Milic n'avait que vingt ans mais il avait déjà enfilé le maillot d'Hajduk Split à 70 reprises... Il ne pouvait pas avoir oublié son football en deux semaines. Je n'en veux pas à Fred car un entraîneur doit faire des choix mais il s'est trompé. " Les entraîneurs ont leur mot à dire mais doivent se plier à la vision du club. " Notre T1 peut nous indiquer des postes pour lesquels il a besoin de renforts et avancer des noms. C'est comme ça que nous avons transféré Brecht Capon, Tomasevic et Marusic. Mais quand Benoît Poulain s'est avéré inaccessible, il y a deux ans, nous avons opté pour David Rozehnal et, cette saison, pour Mathias Bossaerts. Je sais qu'il faut des ingrédients pour cuisiner mais grâce à la vente de joueurs, les journaux ne pourront plus écrire d'articles sur les chiffres en rouge d'Ostende. Il est important de présenter un bilan positif. " Les semaines à venir s'annoncent chargées pour le directeur sportif. Il doit vendre et acheter de manière à entamer la préparation avec un noyau quasiment complet. " C'est notre point fort depuis trois ans. " Nicklas Pedersen est en fin de contrat, Joseph Akpala dispose encore d'un contrat d'une saison. " Avec lui, on sait ce qu'on a. " Fulham est content de Cyriac, d'après Devroe, mais n'a pas levé son option et ne négociera sans doute que s'il parvient à rejoindre la Premier League par l'intermédiaire des play-offs. David Rozehnal, qui aura 37 ans en juillet, veut rester mais Ostende a enrôlé Nicolas Lombaerts à son poste. " Notre budget n'est pas illimité. David est un professionnel accompli et il a disputé deux bonnes saisons mais Nicolas a cinq ans de moins. Nous avons déjà cinq défenseurs axiaux, avec Milic, Tomasevic, Bossaerts, Lombaerts et Bruno Godeau. Dont quatre gauchers, d'accord, mais ce n'est pas un problème. Donc, si l'un d'eux s'en allait, David pourrait rester. Humainement, je regrette de devoir le laisser partir mais nous avons absolument besoin d'un arrière gauche et nous ne pouvons pas consacrer ce budget à un sixième défenseur central. " Deuxième mission, outre la quête d'un nouvel arrière gauche : un leader. " Nous n'avons pas de patron. Un entraîneur peut préparer son équipe aussi bien qu'il veut, il a quand même besoin de quelqu'un qui veille à ce que chacun tienne sa position quand nous menons 0-1 à Charleroi ou à Bruges. Quand Gand a marqué le 4-3, à la 80e, nous avions sept hommes devant le ballon. Notre T1 a été un leader sur le terrain et il peut être plus sévère maintenant, pour moi. Nous n'avons personne, même pas Silvio Proto ou David, qui dise : - Jusque-là et pas plus loin. Le TrudonnaireSteven De Petter est un leader, comme l'est Seth De Witte à Malines. Mais ce n'est pas que nous voulons les enrôler (il rit). Nous espérons simplement que Lombaerts comble cette lacune. " par Chris Tetaert - photos Belgaimage" À son poste, Siani est un des trois meilleurs de Belgique, après Dendoncker et Tielemans. " Luc Devroe " Alignez Marusic en Ligue des Champions avec un club belge et il ne fera pas mauvaise figure. " Luc Devroe