"Quiconque émet des critiques doit pouvoir y faire face aussi ". Ce grief, formulé par Johan Vermeersch envers son ancien coach Emilio Ferrera, n'est manifestement pas d'application pour lui-même. Car s'il n'épargne rien ni personne, le président du FC Brussels sait encaisser également. La preuve par cette interview provoc qu'il a endurée sans sourciller.
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"Quiconque émet des critiques doit pouvoir y faire face aussi ". Ce grief, formulé par Johan Vermeersch envers son ancien coach Emilio Ferrera, n'est manifestement pas d'application pour lui-même. Car s'il n'épargne rien ni personne, le président du FC Brussels sait encaisser également. La preuve par cette interview provoc qu'il a endurée sans sourciller. Je laisserai cette appréciation à d'autres. Pour avoir été joueur et entraîneur à la rue Malis avant d'y accepter la présidence en 2002, je crois quand même pouvoir dire que je parle en connaissance de cause. Même si, comme chacun le sait, l'erreur est humaine. En particulier dans le monde du ballon rond qui est tout, sauf une science exacte. J'avais accepté pour les besoins de la photo, en précisant que je n'étais pas devin pour autant. Vous n'avez pas besoin de me le dire, je sais où je me suis trompé. Mais qui eût cru, à l'époque, que Charleroi et La Louvière se situeraient aujourd'hui dans la colonne de gauche en lieu et place de celle de droite, à l'analyse de leur effectif ? Ces deux-là font tout simplement figure de révélations de la saison, alors que d'autres constituent les déceptions. Les Anversois forment la surprise désagréable de la compétition. Vu leur répondant traditionnel à domicile ainsi que la présence en leurs rangs du buteur brésilien Cadu, je m'attendais à les voir jouer un rôle de giant killer. Mais je me suis complètement blousé. L'équipe a fait illusion en tout début de saison mais elle est rapidement rentrée dans le rang, faisant office de souris grise. Ce qui veut tout dire. Nous ne l'aurions sans doute pas usurpée dans la mesure où la plupart des équipes de la deuxième moitié du tableau se tiennent de près. Par rapport à la concurrence, nous avons eu la très mauvaise habitude de ne jamais avoir su tenir le zéro au marquoir cette saison. En l'espace de 24 matches, c'est énorme. D'autre part, il nous aura manqué aussi un buteur. Mouscron a Marcin Zewlakow, Mons à Aliyu Datti, Beveren a Romaric et Sanogo et j'en passe. Nous, nous ne possédons personne. Je dis et je maintiens qu'ils n'avaient pas la pointure de la D1. Il existe une différence fondamentale entre l'élite et son antichambre en matière de vitesse d'exécution. Surtout à l'attaque. Certains, comme les précités, sont performants dès qu'il leur est loisible de contrôler d'abord le ballon, puis d'ajuster un tir. Mais lorsqu'ils jouent en un temps, il y a du déchet. OK, j'aurais vraisemblablement été plus inspiré en conservant l'un de ces deux-là, puisqu'ils avaient effectivement un vécu au sommet. Mais aucun n'aurait constitué la panacée. Ils n'ont d'ailleurs jamais empêché Lommel de se retrouver un beau jour en très fâcheuse posture. Aussi, leur présence seule n'aurait de toute façon pas été suffisante chez nous. Où il marque comme à la parade pour les raisons que je viens d'évoquer alors qu'il n'avait jamais réussi à faire mouche chez nous durant le premier volet de l'actuelle compétition. Me suis-je trompé sur son compte ? Je ne crois pas. Car contrairement à Ibrahim Tankary et Dieter Dekelver, qui sont des chevronnés, l'ancien Visétois a 21 ans à peine. Je reste persuadé qu'un avenir comme goal-getter lui sera réservé un jour en D1. Au même titre qu'Aloys Nong, l'Estonien est plus à l'aise aussi à ce niveau. Compte tenu de son jeune âge, il pourra aussi s'exprimer un jour avec bonheur au plus haut niveau. D'autres attaquants, qui ont évolué trop longtemps en D2, n'ont plus cette perspective. C'est le cas d'Yves Buelinckx, qui rend toujours de bons services au FC Tubize, la trentaine passée, mais qui avait affiché clairement ses limites au RWDM. Je n'ai pas pris le moindre risque avec eux dans la mesure où une période d'essai d'un mois avait été prévue. Durant ce laps de temps, seul Marcelo a convaincu. Les autres, Thiago Costa, Leonardo di Nacio et Thiago de Oliveira n'étaient nullement au point sur le plan conditionnel et ont été recalés dès les tests physiques. Hormis les billets d'avion et le coût de leur court séjour à Bruxelles, ils n'ont pas grevé le budget du club. Je ne suis pas le seul. Les dirigeants du Germinal Beerschot n'ont pas tous eu la main heureuse non plus avec les Brésiliens transférés au Kiel. La difficulté ne réside pas tant dans l'évaluation du ou des joueurs sur place û car n'importe quel suiveur est à même d'émettre un jugement pertinent û mais dans la transposition de cette réalité-là dans notre football. D'autres paramètres entrent en vigueur : la nature du jeu, bien sûr, mais aussi l'acclimatation, le temps, la nourriture et j'en passe. Personnellement, j'ai peut-être sous-estimé certains de ces aspects. Et je me rends compte aussi que la D2, qui a été mon quotidien tout au long de la saison passée, a déformé ma vue. Pour en revenir à Aloys Nong, par exemple, j'étais convaincu, que la transition ne poserait pas trop de problèmes. Et je pensais qu'il en serait de même pour Peter Utaka, qui m'avait toujours laissé une bonne impression avec le Patro Maasmechelen. Mais celui-ci aussi a éprouvé pas mal de difficultés à s'affirmer à Westerlo. En réalité, seul Patrice Noukeu s'est bien débrouillé après avoir quitté Geel à destination de Mouscron. C'est dire si le décalage est important d'une série à l'autre. Sans doute. Mais le Brésilien était tout bonnement impayable à cette époque. Idem pour Werry Sels. Six mois plus tard, j'ai obtenu son concours contre 5.000 euros seulement. Je ne suis pas Crésus. Je fais avec les moyens du bord. Chaque euro est précieux au FC Brussels. Le trio en question s'est racheté une conduite et a fait amende honorable envers Emilio Ferrera. En ce qui concerne Nicolas Flammini, l'entraîneur estimait qu'il faisait triple emploi puisque, dans son secteur, il était à la fois barré par Christ Bruno et Vincent Van Diepenbeeck. Dans ces conditions, il ne voulait pas le retenir. Quant à Christophe Kinet, le dialogue n'était plus possible entre le staff technique et lui. Même si j'avais un faible pour ce garçon, l'un des principaux artisans de notre montée l'été dernier, il fallait que j'opère un choix. Et j'ai opté pour le coach. Patrick Nys est bel et bien responsable, au premier degré, de notre défaite au Lisp. Et je le soupçonne effectivement d'avoir voulu dresser quelques coéquipiers contre Emilio Ferrera. Si les mauvaises intentions du gardien étaient évidentes, la culpabilité de son compagnon de route restait toutefois à démontrer. C'est pourquoi, autant j'ai poussé au départ de l'un lors du mercato, autant j'ai voulu me montrer indulgent envers l'autre. Je ne sais pas si j'ai été bien inspiré. Après avoir vu Sammy Greven s'acharner sur Isa Izgi au terme du match à domicile contre Lokeren, avant de provoquer lui-même un penalty évitable, une semaine plus tard, à La Louvière, je me suis posé des questions. Peut-être aurais-je dû les mettre au pied du mur. Mais avec un effectif peu étoffé, je pouvais difficilement trancher dans le vif. Qu'on le veuille ou non, Sammy Greven a la pointure d'un joueur de D1. Ce n'était pas le cas de tout le monde en début de saison chez nous. A plus d'une reprise déjà, cette saison, j'avais sauvé sa peau. Il était en pétard avec tout le monde, ici. Si je lui ai maintenu ma confiance durant tout ce temps, c'est parce que dans le domaine purement footballistique, Emilio Ferrera est un tout grand. Par contre, au niveau de la gestion des hommes, son approche est catastrophique. C'est d'autant plus étonnant qu'il a un passé d instituteur. La pédagogie, c'est donc un aspect qu'il devrait logiquement maîtriser. A l'évidence, il est loin du compte. Cent fois plutôt qu'une, je l'ai exhorté à se montrer plus souple envers tout le monde. Mais il s'est toujours soucié de mes remarques comme un poisson d'une pomme. A la longue, il était devenu carrément ingérable. Il a pris la mouche concernant des propos que j'avais ventilés dans divers journaux. Il estimait que j'étais allé trop loin et que je le désavouais. Désolé mais si je ne m'abuse, l'employeur c'était moi et l'employé lui. Il n'avait donc pas à me faire la moindre remarque à ce sujet. D'autant plus que lui-même ne s'était jamais gêné, depuis son arrivée, de distribuer les piques envers ses subordonnés. Quiconque émet des critiques doit pouvoir y faire face aussi. Mais ce n'était manifestement pas le fort d'Emilio Ferrera. Il tirait à boulets rouges sur tout mais dès qu'une virgule à son propos était mal placée, c'était la révolution. A la longue, j'en avais marre de passer mes journées à réconcilier tout le monde. Cela m'écartait de l'essentiel : le terrain et, par là même, le sauvetage du club. A cet égard, l'impact du limogeage ne s'est pas fait attendre puisque 24 heures après le renvoi de son coach, l'équipe prenait les trois points face au Germinal Beerschot. Qui sait, j'ai peut-être renvoyé Emilio Ferrera trop tard finalement ? Un dictateur, moi ? Pas du tout. Au contraire, personne n'est autant ouvert au dialogue que moi. Je me dis même, parfois, que je consulte trop les autres. Si je n'avais écouté que moi-même ces derniers mois, le FC Brussels ne se retrouverait peut-être pas dans une situation aussi précaire. Qu'y puis-je si certains journalistes ont l'imagination fertile ? Quelques-uns ont écrit que j'avais eu une entrevue avec Henri Depireux alors que je ne l'ai jamais rencontré. Ils m'ont surpris. Je n'ai fait que leur renvoyer l'ascenseur. Bruno Govers" Si le noyau avait été suffisamment étoffé, J'AURAIS VIRé SAMMY GREVEN "