Qui s'en souvient encore? Il y a cinq ans, au moment où Roberto Martínez était engagé au poste de sélectionneur des Diables rouges, certains souriaient en coin depuis l'Angleterre. L'Espagnol, qui venait de passer trois ans à Everton, n'y avait pas vraiment fait forte impression. Ici et là, on le disait limité sur le plan tactique. Une partie de la presse belge avait repris ces jugements péremptoires sans nuance, installant un climat de doute autour du nouveau coach.
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Qui s'en souvient encore? Il y a cinq ans, au moment où Roberto Martínez était engagé au poste de sélectionneur des Diables rouges, certains souriaient en coin depuis l'Angleterre. L'Espagnol, qui venait de passer trois ans à Everton, n'y avait pas vraiment fait forte impression. Ici et là, on le disait limité sur le plan tactique. Une partie de la presse belge avait repris ces jugements péremptoires sans nuance, installant un climat de doute autour du nouveau coach. Aujourd'hui, le grand défi des huiles du football belge est de conserver Martínez à l'issue de l'EURO. Et la tâche ne sera pas aisée, car les offres ne manqueront pas. Et même sans le dire ouvertement, le sélectionneur lui-même semble avoir besoin d'un nouveau défi, après cinq ans passés dans le Royaume. Depuis 2016, Martínez a fait progresser le football belge, pas à pas. Mais il s'est surtout érigé en brillant people manager, conscient qu'on ne peut livrer de grandes prestations que quand tout le monde respire la confiance. Ses décisions, il les prend en fonction des joueurs, pas par rapport à lui-même. Un trait peut-être plus marqué encore que son sens tactique, bien qu'il le possède assurément, quoi qu'en pensent les Anglais. Pendant cet EURO aussi, décortiqué par une petite armée de consultants, Martínez semble toujours poser les bons choix. Y compris dimanche dernier, contre le Portugal. On pourrait tout au plus lui reprocher d'avoir laissé Eden Hazard un peu trop longtemps au jeu, bien que celui-ci ait apporté à l'équipe sa fantaisie balle au pied. Le sélectionneur avait par contre tout à fait raison de titulariser le capitaine. Match après match, la maturité de cette génération saute aux yeux. Dimanche encore, après avoir pris la mesure d'un Portugal sans pitié dans les duels. En fait, les Diables ont mis le doigt sur leurs propres carences, en procédant à des analyses judicieuses, sans sombrer dans l'euphorie. Les Diables rouges n'ont pas encore développé un jeu particulièrement brillant durant cet EURO. Leur football est moins attractif qu'au Mondial 2018. On peut même dire qu'il n'a rien à voir avec le jeu russe. Mais l'équipe forme un bloc soudé et efficace, bien regroupé. Et à côté des cadres habituels, d'autres joueurs surprennent et revendiquent un rôle de premier plan. Comme Thorgan Hazard, qui signe un superbe tournoi, indépendamment de ses buts, alors qu'il a souvent fait banquette au Borussia Dortmund à cause de ses blessures la saison dernière. Ou Thomas Vermaelen, une des grandes satisfactions diaboliques contre le Portugal. Le défenseur de 35 ans digère mal la dynamique qu'impose le football européen et a donc émigré au Japon, mais il reste capable d'accomplir sa mission avec dévouement. Certains observateurs doutaient pourtant de lui. Mais Martínez est imperméable à ces considérations. Comme l'ancien directeur technique Chris Van Puyvelde le disait récemment, il s'occupe de ses analyses et les traduit dans des exercices fonctionnels, sans jamais le clamer sur tous les toits. Plutôt rafraîchissant, dans un univers du foot qui brille souvent par son nombrilisme. D'autre part, il ne faut pas sous-estimer l'apport de Thibaut Courtois dans le succès des Diables. La Pieuvre est importante avant et pendant chaque tournoi. Souvenez-vous, en octobre 2012, quand les Belges s'étaient imposés 0-3 sous la pluie de Belgrade et que Courtois avait réalisé plusieurs interventions miraculeuses durant la première demi-heure. C'est aussi grâce à lui que la Belgique s'était qualifiée pour le Mondial 2014. Courtois reste sur une excellente saison au Real Madrid. C'est lui qui a permis à son club de rester longtemps dans la course au titre. Le voilà qui continue maintenant sur sa lancée, toujours aussi professionnel, aussi motivé. À l'image de tous les Diables rouges, finalement.