Le regard accablé, samedi soir, Aimé Anthuenis s'est engouffré, seul, dans les catacombes du stade bosniaque. 28 minutes plus tôt, d'un tir, Sergej Barbarez avait pratiquement ôté toute chance de qualification pour le Mondial allemand à son équipe.
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Le regard accablé, samedi soir, Aimé Anthuenis s'est engouffré, seul, dans les catacombes du stade bosniaque. 28 minutes plus tôt, d'un tir, Sergej Barbarez avait pratiquement ôté toute chance de qualification pour le Mondial allemand à son équipe. La Bosnie, le pays où Gavrilo Princip avait abattu Franz Ferdinand d'un coup de feu, à Sarajevo, déclenchant ainsi la Première Guerre Mondiale, continue de rappeler son triste passé. Cimetières catholiques et musulmans se côtoient, comme les impacts de balles et de tirs de mortiers de toutes origines qui marquent les façades, témoignages de la guerre de l'ex-Yougoslavie au début des années '90. Durant la semaine précédant la rencontre, Anthuenis avait déjà insisté sur le fait que jouer en Bosnie ne serait pas une partie de plaisir : elle s'engagerait à fond dans les duels, à la limite de la faute, et les Belges devraient signer une fameuse prestation collective, dans ce contexte... " Nous les avons dominés à domicile. Nous devons nous en souvenir ", commentait YvesVanderhaeghe avant le coup d'envoi. " Nous devons effectuer ce déplacement avec le respect requis mais afficher d'emblée notre assurance et oublier qu'on est chez eux. En Belgique, Emile Mpenza les a battus, par sa force et sa vitesse. Il ne nous accompagne pas. Dommage. Avec Emile, la défense a peu de travail car il perd rarement le ballon. Récemment, Emile et Mbo le disaient encore : quand l'un a le ballon, l'autre sait à l'avance ce qui va se passer. Nous allons peut-être beaucoup regretter cet avantage. Thomas Buffel a un registre différent. Emile joue plus haut mais Thomas est capable de conserver le ballon entre les lignes et alors, les attaquants n'ont qu'à assumer leur part de travail ". Thomas Buffel : " Mbo et Emile se ressemblent assez. Mieux vaut avoir deux bons joueurs qu'un seul, évidemment, mais si nous pouvons faire le jeu et le développer en profondeur, je ne pense pas que nous ressentirons trop ce forfait. Mbo et Emile offrent beaucoup de possibilités car ils sont toujours prêts à recevoir le ballon dans les pieds et ne se dissimulent pas. Il est plus facile d'avoir plus de possibilités ". Samedi dernier, après le match, le sélectionneur n'a dévié de sa route vers le vestiaire que pour se diriger vers le rectangle, où il a donné une tape consolatrice à Silvio Proto, prostré. Le gardien avait laissé filer une balle haute (innocente) mais sur d'autres phases dangereuses, ses interventions avaient été brillantes. C'est précisément sous le signe du gardien, qui avait reçu l'addition de ses erreurs après le match Genk-Anderlecht, que la semaine de préparation à Bosnie - Belgique avait commencé. Finalement, c'était bien Proto qui était posté derrière la défense en Bosnie, même si c'est Daniel Van Buyten qui a laissé faire son adversaire sur la phase arrêtée à partir de laquelle la Bosnie a marqué. Ironie du sort, les Diables Rouges espéraient justement marquer à partir de phases arrêtées, comptant sur la taille de Vincent Kompany, Van Buyten ou Pieroni et sur les tirs puissants de Jelle Van Damme. Cela en dit long sur les intentions avec lesquelles Aimé Anthuenis avait envoyé son équipe sur le terrain : l'accent était encore placé sur la défense plutôt que sur l'attaque dans le match que les Diables Rouges devaient gagner coûte que coûte s'ils voulaient encore être en mesure de briguer une participation au Mondial. L'idée initiale était d'aligner quatre médians à vocation défensive - RobertoBisconti à droite, Yves Vanderhaeghe et Timmy Simons dans l'axe et Jelle Van Damme à gauche, avec Buffel derrière Mbo. L'option finale, un entrejeu avec Vanderhaeghe, Simons, Van Damme et Buffel derrière Mbo et Pieroni suscitait la même conclusion. Pourquoi ce choix ? Anthuenis : " Un avant n'est jamais un avant. Il doit être soutenu. Le danger, quand Mbo évolue dans son rôle de prédilection, en profondeur, à gauche et à droite, est que nous manquons de présence dans le rectangle, pendant qu'il est dans l'un ou l'autre coin. Je trouvais Van Damme en forme. Je ne pense pas qu'il faille réduire le problème à un : - Celui-là devait être plus vite remplacé. Koen Daerden et Van Damme ne sont pas très différents à gauche, c'est plutôt une question d'occupation. Si on opte pour quatre médians et Thomas et Mbo en pointe, il faut faire jouer les flancs plus haut, comme BartGoor aux Pays-Bas. Cela veut dire que Van Damme et Daerden doivent évoluer beaucoup plus haut que contre la Grèce. Bisconti n'est pas un véritable médian droit, même s'il s'est bien débrouillé à ce poste contre les Pays-Bas, en revenant un peu plus vers l'axe. Il est fort dans les duels et a de l'expérience. KarelGeraerts est également une possibilité en 4-4-2 mais dans son club, il évolue aussi dans une position plus centrale. Nous n'avons donc pas un choix si large en médians latéraux. Il y a bien JonathanWalasiak et GregoryDufer, mais ils n'ont pas encore beaucoup joué. A droite, BenjaminDe Ceulaer est aussi une possibilité. Il est en bonne voie et proche de l'équipe. Daerden joue souvent vers l'intérieur. A terme, je pense qu'il va devenir un médian central. De l'axe, il pourrait émerger et rayonner vers les flancs, comme Bruno Versavel avant. Koen a un jeu de position intelligent, il a beaucoup de profondeur. Il ne faut donc pas le cantonner dans une tâche défensive mais lui offrir certaines libertés. Il conserve sans doute un peu mieux le ballon que Van Damme, ce qu'il a d'ailleurs très bien fait contre la Grèce. Même sans avoir le ballon, il a fait mal à l'adversaire en se mouvant beaucoup dans son dos. Il a peut-être abusé de ses forces. Mais Van Damme est techniquement meilleur que beaucoup ne le pensent. On le voit à l'entraînement. On le sous-estime parce qu'il est encore un peu sauvage avec le ballon, qu'il manque de sérénité. Il a la même stature que Daerden. Celui-ci a les capacités requises pour devenir un footballeur très moderne dans un rôle plus central. Il est capable d'attaquer et de défendre. Profondeur, dernière passe, abattage, récupération. Ce genre de joueur ne court pas les rues ". Koen Daerden : " Ce rôle central me convient peut-être, pour l'avenir. Si je joue au milieu, je peux apporter de la profondeur au jeu, comme Karel au Standard. Mais Bart va reprendre sa place sur le flanc. Il reste le capitaine et je ne suis pas naïf : je sais qu'il va rejouer. Pour le moment, ma polyvalence est importante pour ma progression. Je suis capable de jouer dans l'axe comme à gauche. Personnellement, je préfère jouer avec un trio central - un 4-3-3 ou avec les deux avants l'un derrière l'autre, mais je ne me focalise pas là-dessus. Je ne suis pas l'homme de l'action décisive. On doit m'aligner en fonction de mes qualités : ma profondeur me permet de créer des espaces dans l'entrejeu, au profit d'un autre médian ou d'un attaquant ". Une fois le terrain quitté, Aimé Anthuenis a analysé le match avec résignation : " Je ne puis rien reprocher aux joueurs en matière d'engagement. Si nous avons réussi trop peu de combinaisons, c'est partiellement à cause de la qualité de l'adversaire, qui a joué très virilement et a concédé peu d'espaces. Nous avons regretté certains joueurs, aujourd'hui, mais je ne veux pas revenir là-dessus. Il faut gagner contre la Bosnie, d'accord, mais je constate qu'on n'y a pas souvent triomphé ces dernières années. Nous aurions peut-être pu gagner mais ce n'eût pas été juste. Le résultat eût été différent avec deux Mpenza en forme mais je le répète, je ne me plains. C'est ainsi ". La Bosnie a définitivement fait tomber la Belgique... " C'est durant les premiers mois de la campagne que nous avons surtout hypothéqué nos chances. Nous avions alors trop peu d'éléments qui jouaient dans leur club, surtout dans le compartiment offensif. Nous avons raté notre campagne en Lituanie et en Serbie et nous avons été poursuivis par ces accrocs ", rétorque le sélectionneur. Ce mercredi, au stade du Germinal Beerschot, la Belgique reçoit Saint-Marin. En théorie, il s'agit d'un dernier fétu auquel se raccrocher. En pratique, ce sera plutôt un match amical. Et ensuite ? Aimé Anthuenis : " On doit pouvoir continuer avec la majeure partie de la base de cette très jeune équipe. Il ne faut pas croire que demain, cinq nouveaux joueurs vont émerger d'un seul coup ". Raoul De Groote " Ce n'est pas parce qu'on aligne SIX ATTAQUANTS qu'on génère plus de pression " (Eddy Snelders) " Nous avons hypothéqué NOTRE CAMPAGNE contre la Lituanie et la Serbie " (Aimé Anthuenis)