Berger allemand

Quand on veut aller faire un tour dans le centre de presse la veille du match, il faut franchir l'obstacle du maton à la première grille du complexe de l'Allianz Arena. Un gars souriant comme une porte de pénitencier. On gare la voiture à quelques mètres puisqu'on n'en a pas pour très longtemps. Et parce qu'il y a des hectares libres. Mais pas question. On est au pays de la discipline poussée à l'extrême. Il nous gueule qu'il faut aller mettre la caisse beaucoup plus loin, à 500 mètres environ. On essaie de négocier, il empoigne déjà son talkie-walkie et on devine qu'il appelle des renforts - avec ou sans les bergers allemands. OK, on obéit. Quand on revient à pied à sa grille, il nous ouvre sans nous adresser un regard. Une heure plus tard, on passe la même barrière dans l'autre sens. Là, il nous fait un signe sympa de la main. On baisse les yeux. Revanche. Si la Mannschaft a quitté l'EURO dès la fin de la deuxième semaine, on n'y est quand même pour rien.
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Quand on veut aller faire un tour dans le centre de presse la veille du match, il faut franchir l'obstacle du maton à la première grille du complexe de l'Allianz Arena. Un gars souriant comme une porte de pénitencier. On gare la voiture à quelques mètres puisqu'on n'en a pas pour très longtemps. Et parce qu'il y a des hectares libres. Mais pas question. On est au pays de la discipline poussée à l'extrême. Il nous gueule qu'il faut aller mettre la caisse beaucoup plus loin, à 500 mètres environ. On essaie de négocier, il empoigne déjà son talkie-walkie et on devine qu'il appelle des renforts - avec ou sans les bergers allemands. OK, on obéit. Quand on revient à pied à sa grille, il nous ouvre sans nous adresser un regard. Une heure plus tard, on passe la même barrière dans l'autre sens. Là, il nous fait un signe sympa de la main. On baisse les yeux. Revanche. Si la Mannschaft a quitté l'EURO dès la fin de la deuxième semaine, on n'y est quand même pour rien. "Retour de zone rouge. Quarantaine de dix jours et test PCR obligatoire. Si vous recevez 1 code, testez au jour 7. Si vous recevez 2 codes, testez immédiatement et au jour 7. Si le test au jour 7 est négatif, fin de quarantaine. Contactez le médecin en cas de symptômes. Un code de test suivra par SMS. Une amende pourrait suivre." C'est le SMS sympa qu'on reçoit dès notre retour à Zaventem après le huitième de finale à Séville. Quelques minutes plus tard, celui-ci: "Corona test prescription code: 32342333 145e 4c7c. Pour Pierre D. Test à partir de 06/07/2021." On ne donne pas de suite. Les journalistes qui suivent l'EURO bénéficient d'un traitement de faveur. Mais le lendemain, on est contacté par une personne du centre de tracing. Elle nous interroge sur nos déplacements des deux dernières semaines. On lui explique. Saint-Pétersbourg, Copenhague, à nouveau Saint-Pétersbourg, puis Séville. Que du rouge foncé ou presque. Cette personne encode les destinations et les dates puis nous révèle notre score de risque. Il est catastrophique. Mais on échappe donc aux règles de tests et quarantaine, vu notre activité professionnelle. Cette personne très aimable conclut la conversation par un "Allez les Diables!" Le lendemain, on débarque à Munich. À peine franchie la frontière, un mail de l'UEFA: on doit prendre rendez-vous pour un test PCR le matin du quart de finale. On décide d'aller faire un tour en salle de presse la veille du match. OK, mais on doit alors subir à l'entrée un test antigénique. Un coton tige dans chaque narine, un quart d'heure d'attente pour le résultat, puis le feu vert. Paré pour le PCR du lendemain matin. Le neuvième depuis le début du tournoi. Toujours négatif. Yes. Tenir. Pour passer le temps, la rédaction de L'Équipe a fait un petit récapitulatif pour les supporters de l'équipe de France à la recherche d'une nouvelle sélection à encourager. Voici le pitch. Si vous aimez le style des Bleus... la Belgique. Si vous aimez le beau jeu... l'Italie. Si vous aimez le fromage... la Suisse. Si vous aimez la bière... l'Angleterre. Si vous aimez la jeunesse... l'Espagne. Si vous aimez les belles histoires... le Danemark. Si vous aimez les légendes vivantes du football... l'Ukraine. Si vous aimez les surprises... la République tchèque. Un billet pour ce match par la voie légale n'était pas hors de prix. On pouvait s'installer à l'Allianz Arena de Munich en ne déboursant pas plus de 75 euros. Mais il n'y en avait pas beaucoup. Des supporters belges y sont allés sans ticket, en espérant faire une affaire pas trop mauvaise au marché noir. Certains s'en sont sortis avec des places à 375 euros. Des revendeurs au noir demandaient jusqu'à 400 boules. L'UEFA a communiqué des chiffres positifs en fin de semaine passée. Dans cet EURO, on commet moins de fautes, il y a moins de cartes et plus de temps de jeu effectif que dans les phases finales précédentes. Si on en croit le raisonnement d'experts, des joueurs et des entraîneurs, c'est dû au fait que les arbitres laissent davantage jouer. On relève aussi qu'il y a moins de décisions arbitrales contestées et qu'on parle moins des arbitres que d'habitude. Durant la phase de groupes, il y a eu en moyenne 22,4 fautes par match. Lors de l'EURO 2016, on tournait à 25,3. Le nombre de cartes a aussi baissé, passant de 3,6 à 2,7. Et on joue plus longtemps que lors des matches en France: 59 minutes dans le tournoi en cours, un peu plus de 56 minutes en 2016. Le président italien de la commission des arbitres de l'UEFA s'est exprimé: "Nous sommes satisfaits de constater qu'il y a eu moins de fautes jusqu'à présent." On remarque aussi que le VAR, utilisé pour la première fois à l'EURO, a changé certaines choses. Le nombre de penalties accordés en phase de groupes est passé de sept (en 2016) à quatorze. Le VAR a été utilisé pour juger 179 incidents en 36 matches."Si on en est à se dire que si on avait changé d'hôtel, on n'aurait pas pris les deux derniers buts face à la Suisse..." C'est signé Noël Le Graët, le président de la Fédération Française de Football. Il réagit à certaines analyses surréalistes de l'élimination rapide des Bleus. Plusieurs explications ont été évoquées. Plus tôt dans le tournoi, des joueurs et le coach avaient signalé que l'équipe aurait pu être déstabilisée parce qu'il y avait du public, et des gens, ça fait un peu de bruit. Après le drame contre la Suisse, on a eu droit à d'autres justifications, en tout cas à des sous-entendus: les conditions d'hébergement du groupe étaient à la limite et pourraient être une des explications de l'élimination. Et donc, le président a balayé cette ineptie. À part ça, la FFF avait planifié une perte d'environ cinq millions en 2021. Ça tenait compte de l'accession des Bleus aux demi-finales de l'EURO. L'exit dès les huitièmes, ça veut dire une perte supplémentaire de 8,5 millions.