Le décor est celui d'un théâtre : la Grand-Place de Lille. C'est au milieu de celle-ci que l'on retrouve Kevin Mirallas, qui, à 19 ans, aborde le championnat de France avec un appétit d'ogre. Sa ponctualité surprend : premier signe de l'éducation du footballeur à la française. D'emblée, il nous prévient : " Je n'ai que 45 minutes car je dois retourner me soigner au centre d'entraînement. J'ai pris un sale coup. Normalement, ce n'est pas grave mais le club ne rigole pas avec ça ". Deuxième signe : le professionnalisme poussé à l'extrême. A Lille, Mirallas vit entouré de son père et il s'est épanoui : " C'est vraiment une chouette ville. Il y fait bon vivre et les gens ne se prennent pas la tête ".
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Le décor est celui d'un théâtre : la Grand-Place de Lille. C'est au milieu de celle-ci que l'on retrouve Kevin Mirallas, qui, à 19 ans, aborde le championnat de France avec un appétit d'ogre. Sa ponctualité surprend : premier signe de l'éducation du footballeur à la française. D'emblée, il nous prévient : " Je n'ai que 45 minutes car je dois retourner me soigner au centre d'entraînement. J'ai pris un sale coup. Normalement, ce n'est pas grave mais le club ne rigole pas avec ça ". Deuxième signe : le professionnalisme poussé à l'extrême. A Lille, Mirallas vit entouré de son père et il s'est épanoui : " C'est vraiment une chouette ville. Il y fait bon vivre et les gens ne se prennent pas la tête ". Lors de la saison écoulée, le public belge a eu deux fois l'occasion de découvrir Kevin. Tout d'abord, lors de la rencontre de Ligue des Champions entre Lille et Anderlecht. Au match retour, dans le dernier quart d'heure de jeu, Mirallas remplaça Peter Odemwingie, une autre connaissance du championnat belge. Pas suffisant pour surprendre la défense des Mauve et Blanc. La seconde fois fut plus marquante. Lors du dernier Championnat d'Europe Espoirs, Kevin emmena à lui seul l'attaque des Diablotins. Il fit craquer physiquement la défense israélienne avant de surprendre de la tête les Pays-Bas. Sur cinq matches disputés à l'Euro, les Diables marquèrent 3 fois et 2 buts furent à son actif : " Avant de partir aux Pays-Bas, mes coéquipiers m'avaient chambré. Je les avais pourtant prévenus que la Belgique serait dans le dernier carré de l'Euro. Ils avaient bien rigolé. Mais, lorsque je suis revenu des Pays-Bas avec le résultat qu'on connaît, ils sont devenus sérieux et m'ont posé beaucoup de questions sur notre équipe et nos joueurs ". Oui, un peu. Toute l'équipe a bien tourné et suite à mes prestations, j'ai pris encore plus confiance en moi. Cela s'est vu quand je suis revenu à Lille. Lors de la préparation, j'ai disputé trois rencontres et j'ai mis deux buts. J'espère continuer dans cette voie et réaliser une toute grosse saison. Oui car je suis parti assez jeune. Beaucoup de gens ne me connaissaient pas et le fait d'avoir fait partie de l'aventure des Espoirs a permis de montrer que je pouvais constituer une solution pour l'équipe A. Oui car j'ai toujours dit - A moi de bien travailler dans mon club et ma chance viendra. Cela faisait un an qu'on grandissait ensemble. Il y avait une très grosse ambiance et cela explique sans doute qu'on soit allé si loin. Quand je suis arrivé, je n'étais pas titulaire. Je me suis battu pour jouer des bouts de matches et pour prouver que je pouvais devenir le choix numéro un. Cela s'est ressenti dans le groupe : les autres joueurs ont commencé à me faire beaucoup plus confiance. Je suis parti directement en vacances en République Dominicaine avec Sébastien Pocognoli, Faris Haroun et nos copines. J'ai fait le vide et pensé à autre chose. De toute façon, j'avais affirmé que je resterais à Lille. Il me reste deux ans de contrat ici. J'y suis bien et on m'a dit que je serais quasiment assuré de jouer même si il n'y a jamais de certitude à ce niveau-là. Mon parcours montre que j'ai bien fait. Je suis un peu déçu de ne pas avoir percé au Standard car c'est mon club depuis toujours. J'y ai laissé des amis mais il fallait que je progresse et je ne regrette rien. Je me dis que Jonathan Legaer, Pocognoli et moi, on a fait le bon choix et le Standard a maintenant compris qu'au lieu de faire partir les jeunes, il fallait qu'il les sorte. Notre exemple a servi pour d'autres. En quelque sorte, même si certains joueurs partis n'ont pas réussi ! Non seulement, le Standard s'est rendu compte que les grands clubs belges sortaient des jeunes mais aussi que leurs propres jeunes forçaient la porte de l'équipe A dans laquelle ils étaient partis. Le Standard a une bonne politique. Quand je suis arrivé à Lille, j'ai senti une différence mais pas un grand écart. Ici, on travaille davantage l'aspect psychologique et individuel mais au Standard, j'ai appris mon métier grâce à de très bons entraîneurs. Alex Czerniatynski était un attaquant et il me comprenait dans mes gestes et ma façon de bouger. J'ai beaucoup travaillé ma technique avec Simon Tahamata et monsieur Lenoix me connaissait de la tête aux pieds. Juste avant de partir à Lille, je m'entraînais avec la Réserve du Standard et je ne sentais pas de différence avec des joueurs plus vieux de cinq ans. Par contre, ici, j'ai intégré une équipe où j'étais le plus jeune et là, j'ai senti l'écart. Il a fallu que je cravache pour combler le fossé. Les trois premiers mois furent très difficiles. Surtout sur le plan physique. Je me suis beaucoup calmé au contact des professionnels. A Lille, certains très bons joueurs qui avaient un caractère très prononcé ont été éjectés. Franck Ribéry était à Lille et on n'a pas hésité à le virer car il n'était pas assez discipliné ! J'ai donc vite compris qu'il ne fallait pas arriver en retard, être très poli et respectueux. Quand j'étais petit, j'adorais regarder jouer Raul. Ses déplacements devant le but étaient toujours très intelligents. Il sait se faire oublier. J'apprécie aussi Cristiano Ronaldo... Non, mais j'ai beaucoup d'estime pour tous les joueurs techniques. Même les défenseurs. Parfois, je suis un peu trop personnel. Un attaquant est toujours un peu égoïste mais maintenant, je sais faire la part des choses. Au Standard, on jouait en fonction de moi. Je devais simplement marquer des buts. Quand je suis arrivé ici, j'ai dû me fondre dans un collectif. Maintenant, j'ai su assimiler le système. J'adore aller à gauche, à droite. J'aime les espaces et bénéficier d'une certaine liberté. J'essaye de me placer pour marquer des buts mais je ne saurais pas rester uniquement dans le rectangle. L'année passée, j'étais content de mes matches mais je n'avais inscrit que deux buts. Désormais, j'ai beaucoup plus d'expérience et de confiance. Je me suis d'ailleurs fixé un objectif de dix buts. J'espère. Je sens déjà un changement. Le championnat d'Europe m'a vraiment libéré. Mes coéquipiers croient davantage en moi. Ils me donnent plus facilement le ballon. Quand je suis revenu de vacances, ils ont trouvé que j'avais changé. Quand ils viennent au duel, ils voient que c'est moi qui conserve le ballon. J'arrive à une certaine maturité et je commence à devenir un homme. On a perdu beaucoup de pions importants. Il y a moins d'individualités mais le collectif en sort renforcé. En rentrant de vacances, je pensais que cela allait s'avérer difficile car l'équipe semblait un peu trop jeune. Cependant, les matches de préparation m'ont rassuré. On a battu Charleroi 5-0 et Nice 2-0. Certains éléments voulaient goûter aux grands clubs et on ne peut pas leur reprocher. Mais Lille peut se reposer sur une très bonne école de jeunes. Les dirigeants n'ont d'ailleurs pas hésité à intégrer 10-12 jeunes au noyau A. C'est un très bon joueur, bien entouré par ses parents. A lui de travailler et de faire la part des choses. On disait la même chose pour moi. C'est vrai que les débuts furent difficiles mais maintenant, à 19 ans, j'ai l'impression que cela fait dix ans que je suis pro. Le petit Eden, quand il viendra avec nous, je l'encadrerai ! Ceux qui étaient en - 18 ans avec moi, comme Yohan Cabaye, Nicolas Fauvergue ou Mathieu Debuchy ont réussi à faire leur place. Oui et non. Cela dépend du système. C'est davantage un pivot plutôt que quelqu'un qui recherche la profondeur. Il a besoin de quelqu'un qui tourne autour de lui. Mais je m'entends très bien avec Nico. C'est un entraîneur très spécial. Au début, je n'arrivais pas à communiquer avec lui mais depuis que je prends de la place dans l'équipe, il parle de plus en plus avec moi. Il remet les joueurs à leur place. En revenant du championnat d'Europe, il m'a dit - Tu as livré de bonnes prestations mais ici, on joue autrement. Il savait que Jean-François de Sart laissait beaucoup de liberté aux attaquants. Puel, lui, apprécie que les attaquants défendent. Il te dit les choses une fois et c'est à toi de te débrouiller. C'est quelqu'un de très froid mais quand tu le connais, tu sais qu'il peut t'apprendre énormément de choses. C'est lui qui m'a dit de mettre davantage le pied, d'être plus fort mentalement. Ces deux points là m'ont permis de m'imposer physiquement alors qu'avant je basais plus mon jeu sur la technique. Mais c'est sûr que je préférerais un entraîneur qui communique davantage avec moi. Cette année, on ne dispute pas la Coupe d'Europe. Le but est de la retrouver la saison prochaine. On veut donc terminer dans les six premiers. Mais il faut aussi voir comment cette jeune équipe va se comporter. A la mi-saison, on pourra cibler notre objectif. Et puis, cela fait deux ans qu'on court après une Coupe nationale, sur laquelle il sera plus facile de se concentrer car on ne sera pas engagé sur le front européen. On en parle pour 2010. Moi, mon contrat s'arrête en 2008. D'après mes plans, je ne devrais plus être au LOSC à ce moment-là mais on ne sait pas comment ça va dans le football. Par rapport à certains clubs français, on reste petit. On est bien payé mais certains ne le sont pas à la hauteur des ambitions du club. Moi, à 19 ans, je ne regarde pas encore l'aspect financier. Mais c'est sans doute pour cette raison que certains grands joueurs nous ont quittés. Non. Il y a aussi l'élimination en huitièmes de finale de Ligue des Champions. L'équipe s'est relâchée. Beaucoup de joueurs voulaient partir. On n'était plus dans l'aspect collectif mais dans l'aspect individuel. C'est pour cette raison que le LOSC a dégringolé. La Ligue 1 a perdu de grands joueurs et c'est vrai que les nouveaux arrivés ne sont pas aussi forts mais cela reste malgré tout un grand championnat, très difficile, physique et technique. Si vous prenez le meilleur buteur belge et vous le parachutez ici, il ne mettra pas un quart de ses buts. Les attaquants qui s'imposent en France peuvent réussir partout. C'est pour cette raison que j'aimerais bien percer ici avant de partir un jour en Espagne. C'est vrai que les défenses sont fort resserrées. Les espaces manquent mais c'est là qu'on arrive à voir les bons attaquants. Ce sont ceux qui trouvent les espaces là où il n'y en a pas. Un peu comme Filippo Inzaghi en Italie. En finale de Ligue des Champions, il ne touche pas le ballon mais au final, il réussit un doublé ! Je ne pense pas. Lyon a perdu de grands joueurs comme Eric Abidal ou Florent Malouda. Il ne sera pas champion cette année. Non. Les Lyonnais ont réalisé des grandes choses ces dernières années mais on sait très bien que tout a une fin. Le groupe a connu des problèmes en fin de saison et leur recrutement ne vaut pas celui des dernières saisons. Alain Perrin n'a pas réussi avec des vedettes lorsqu'il était à Marseille. S'il s'est reconstruit à Sochaux, il devra tout de même gérer d'autres paramètres à Lyon. Il a déjà connu quelques difficultés avec certains joueurs. Il fait 1m82 et on lui demande d'aller tirer les corners. C'est quelque chose qu'il ne comprend pas. Il a eu quelques mots avec l'entraîneur. Tout est rentré dans l'ordre mais il ne faudrait pas que Lyon connaisse d'autres épisodes du même acabit. Plusieurs équipes peuvent revendiquer ce titre. Marseille s'est bien renforcé, Bordeaux et pourquoi pas Toulouse. Toulouse est en Ligue des Champions et grandit chaque année. Il a gardé ses meilleurs joueurs. Quant à Bordeaux, il a perdu des titulaires mais il s'agissait surtout de caractères forts qui n'étaient plus appréciés au club. Oui mais il a été remplacé par Laurent Blanc. Il faut toujours garder à l'£il ce type de formation. Pourquoi pas nous. C'est une équipe qui, depuis trois ans, parle beaucoup et achète de grands joueurs mais au bout du compte, il n'y a rien qui se passe. Les Lensois aiment chambrer Lille mais ces dernières années, le LOSC a montré de plus belles choses. On les attend de pied ferme en championnat et on veut leur montrer que, même si on n'est pas européen, on est meilleur qu'eux. Pourquoi pas le PSG. On n'en parle pas. Il a pu travailler sereinement ; il a recruté de jeunes joueurs. Cependant, le championnat français est très serré : je ne m'attendais jamais à ce que Nantes descende. par stéphane vande velde - photos : reporters/johnthys