Les Diables Rouges mal embarqués sur la route de l'EURO 2004, des résultats européens en demi-teinte pour nos clubs, une Coupe de Belgique qui fait de moins en moins recette, la disparition de Lommel, des problèmes financiers dans la plupart des équipes de D1 : l'état de santé du football belge n'est pas brillant un an après le feu d'artifice contre le Brésil.
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Les Diables Rouges mal embarqués sur la route de l'EURO 2004, des résultats européens en demi-teinte pour nos clubs, une Coupe de Belgique qui fait de moins en moins recette, la disparition de Lommel, des problèmes financiers dans la plupart des équipes de D1 : l'état de santé du football belge n'est pas brillant un an après le feu d'artifice contre le Brésil. " Je ne vais pas parler d'année noire, mais c'est clair que nous n'avons pas eu que du plaisir depuis la Coupe du Monde ", reconnaît Jan Peeters, le président de l'Union Belge. L'homme sait que si l'équipe nationale, porte-drapeau de notre foot, était en meilleure forme, elle contribuerait à occulter les autres problèmes. Mais voilà : le processus de rajeunissement des cadres ne se fait pas sans mal. Il fallait s'y attendre. On parle toujours autant de Marc Wilmots qu'au moment où il a annoncé son départ : c'est symptomatique. Aimé Anthuenis a beau chercher et ratisser large : il n'a toujours pas trouvé un nouveau leader pour les Diables. Dans l'équipe qui a arraché le nul à Sofia, le week-end dernier, les personnalités ne se bousculaient pas. Bart Goor, promu capitaine au lendemain du Mondial, n'est pas du style à taper sur la table, à secouer le cocotier quand la situation l'exige. " Ce n'est pas à moi de dire si Goor est le capitaine idéal ou pas ", lance Wilmots. " Je préciserai seulement que le critère qui sert à désigner l'homme qui portera le brassard û le plus grand nombre de sélections û n'a rien de logique. On attend avant tout d'un capitaine qu'il éteigne le feu, qu'il protège le groupe et montre l'exemple. Avant de donner des ordres aux autres, il faut prouver soi-même qu'on fait le maximum pour l'équipe. Tu peux parler et commander tout le monde, mais si tu ne fais rien de bon toi-même, on ne t'écoutera de toute façon pas. Je suis devenu capitaine parce que j'étais en tête du classement des sélections, mais on m'a accepté comme homme fort de l'équipe surtout parce qu'on me respectait. Ce que j'avais fait en Allemagne, les titres que j'avais gagnés m'ont permis de devenir indiscutable et de me faire entendre. Le capitaine doit aussi être prêt, à tout moment, à prendre ses responsabilités. Et donc des risques. Quitte à ce que ça se retourne contre lui à certains moments. J'ai connu ça à la dernière Coupe du Monde. J'ai pris la tête du groupe pour annoncer le boycott de la presse. On m'a collé une étiquette, on a fait de moi l'homme qui ne voulait plus de contacts entre le noyau et les journalistes, mais j'ai assumé. Il faut savoir accepter ce risque du métier et être prêt à devenir la cible des médias ". Bart Goor est-il taillé pour ce rôle ? A-t-il suffisamment de personnalité pour remplacer un monument comme Wilmots ? N'est-ce pas le type de footballeur qui serait plus efficace si on le laissait faire ses matches en paix, sans lui imposer la pression inhérente au brassard ? " Je suis conscient que, depuis l'arrivée d'Aimé Anthuenis, j'ai rarement atteint le niveau que j'avais affiché précédemment avec les Diables ", reconnaît-il. " Est-ce dû à mon rôle de capitaine ? Je n'en sais rien. Il est possible que cette fonction m'ait poussé à vouloir trop en faire, à trop courir, à trop travailler. Bref, à forcer mon jeu. Etre capitaine, ce n'est plus faire simplement ses matches. Il faut aussi participer aux négociations pour les droits d'images et les primes, par exemple. Mais bon, on m'a bombardé capitaine et j'assume. Je ne veux pas qu'on me compare à Wilmots. C'était un très bon capitaine à sa manière. Je suis différent. Si j'essayais de l'imiter, je prendrais le risque d'aller droit dans le mur. Je veux rester moi-même. De toute façon, il ne faut pas nécessairement être fonceur pour devenir un grand capitaine. J'en ai connu qui étaient très calmes et faisaient très bien leur boulot : Domenico Olivieri à Genk, Lorenzo Staelens à Anderlecht. La différence avec ce que je vis aujourd'hui chez les Diables, c'est qu'ils avaient pas mal de grands noms autour d'eux. Je ressemble plus à ces deux-là ou à Jan Ceulemans qu'à Marc Wilmots, mais ce n'est pas pour ça que je ne peux pas être efficace dans cette fonction ". Décalé sur le flanc gauche, Goor peut-il avoir la même influence qu'un joueur aligné dans l'axe ? " Le flanc n'est pas l'endroit idéal pour se faire entendre, surtout quand on manque de personnalités ailleurs sur le terrain ", reconnaît-il. " Et c'est clair que, dans l'équipe nationale actuelle, il n'y a plus de gars qui crient au milieu du jeu. Yves Vanderhaeghe et Marc Wilmots dans le feu de l'action, c'était un gros afflux de tonus et d'agressivité positive pour toute l'équipe. Mais ils ne sont plus là et il faut trouver d'autres solutions. Nous sommes en pleine phase de rajeunissement et tout le monde cherche sa voie. Dans les trois gros matches que nous avons joués depuis l'été dernier, contre la Bulgarie et la Croatie, un gueulard nous aurait fait du bien pour remonter les bretelles de toute l'équipe à des moments clés. Un type capable de réveiller tout le monde. Un vrai leader ". Le constat est le même en défense. Anthuenis a beau multiplier les combinaisons, les Diables continuent à encaisser trop de buts dans les grands matches. Ils ont pris huit goals dans les trois rencontres contre la Bulgarie et la Croatie, ce qui exclut toute chance de qualification via le goal-average. La ligne Vreven- Simons- Van Buyten- Van der Heyden avait sombré au match aller contre les Bulgares. En Croatie, ce fut encore pire avec De Cock, Valgaeren, Van Buyten et Van der Heyden. Et, samedi dernier, les Bulgares ont de nouveau trompé deux fois le quatre arrière Deflandre-Simons-Van Buyten- Dheedene. Le joueur de l'OM s'est troué dans ces trois matches et a de nouveau confirmé, à Sofia, toutes ses difficultés à être aussi brillant avec les Diables qu'avec son club. Une partie de la presse l'a une fois encore assassiné après le 2-2 du week-end passé. Comment Van Buyten va-t-il réagir ? Anthuenis se fâche chaque fois qu'on fait du géant de Chimay la tête de Turc numéro 1 après un résultat décevant. Marc Degryse met le doigt sur l'état d'esprit de Van Buyten : " Il manque de confiance dès qu'il endosse le maillot de l'équipe nationale, ça se voit comme le nez au milieu du visage. Je n'ai jamais vu, avec les Diables, le Van Buyten de l'OM. Il doit arrêter de douter et être conscient qu'il a sans aucun problème le niveau pour faire partie, à chaque match, de la défense belge. Il a quand même suffisamment de caractère et de personnalité pour provoquer lui-même ce déclic. Dénicher un axe central défensif stable sera en tout cas une des clés pour les prochaines années. Anthuenis doit trouver deux joueurs capables de jouer ensemble pendant les dix prochaines saisons. Il a clairement désigné Simons et, pour moi, Van Buyten peut être le deuxième heureux élu ". Jan Peeters a aussi sa petite idée sur la question : " Ce qui manque à Van Buyten, c'est une prestation 18 carats dans un tout gros match. Je suis persuadé que, s'il fait taire une seule fois les critiques dans un rendez-vous prestigieux, il sera définitivement lancé ". Van Buyten est conscient qu'il n'a pas toujours répondu à l'attente depuis le début de la campagne de qualification, mais il n'accepte pas qu'on le montre du doigt après chaque résultat insuffisant de l'équipe : " On m'a tué après le 4-0 en Croatie parce que j'étais, pour certains, responsable sur un but. Moi, je réponds que toute l'équipe a sombré ce jour-là et que, si nous avons pris quatre buts, nous n'avons pas non plus été capables d'en marquer un seul. Je sais que je ne plais pas à tout le monde : tant pis, je serai bien obligé de vivre avec cette réalité ". A côté de ces errances défensives, on a revu de très bonnes choses à Sofia. Aimé Anthuenis a apprécié et il estime que, vu le matériel mis à sa disposition, le classement actuel des Belges n'est pas mauvais du tout. " La base actuelle est de toute façon la seule possibilité dont je dispose ", dit-il. " N'importe quel autre coach ferait une sélection semblable à la mienne. Mais je ne peux pas faire de miracles : j'ai été obligé de descendre fameusement la moyenne d'âge de l'équipe suite aux départs de Wilmots, Verheyen et Walem. Cela ne se fait pas sans mal. Nous avons joué pas mal de matches depuis l'été de l'année dernière et nous n'en avons raté que deux : chez nous contre la Bulgarie, et en Croatie. A côté de cela, j'ai vu de très bonnes périodes : contre la Pologne, l'Algérie, l'Estonie, puis en Bulgarie. Le couac de Bruxelles contre les Bulgares n'était pas illogique du tout : ce match est venu trop tôt après la Coupe du Monde, les joueurs n'avaient eu que très peu de congés et nous n'avions pas eu le temps de nous mettre en place. Tout le monde a dit, dès le tirage au sort, que le plus gros adversaire serait la Croatie. Mais les Bulgares ont suffisamment prouvé, depuis dix mois, qu'ils avaient assez de qualités pour jouer la tête du groupe. Il y a de tout dans cette équipe : de la vitesse, de la puissance, de la technique, de l'expérience. Or, l'expérience, c'est justement ce qu'il nous manque. Le match de Sofia m'a déjà un peu rassuré : j'ai de nouveau fait appel à des joueurs plus âgés et on a vu une bonne équipe belge. Mon but est de la modifier la moins possible pour les prochains rendez-vous. Il m'a aussi fallu du temps pour trouver le meilleur système mais je suis content de l'occupation de terrain actuelle parce qu'elle nous accorde le droit d'être très offensifs quand les circonstances de match le permettent. J'ai été critiqué quand j'ai décidé de mettre Clement dans l'entrejeu et Simons derrière, mais le nul en Bulgarie devrait suffire à faire taire les mauvaises langues. Je gère actuellement la première phase de mon travail : le rajeunissement des cadres, sans aller trop loin dans la diminution de la moyenne d'âge. La deuxième phase sera celle du perfectionnement de mon noyau, et je suis certain que nous serons beaucoup plus compétitifs pour la campagne de qualification à la Coupe du Monde 2006. Aujourd'hui, il est trop tôt pour faire le bilan de mon travail à la tête de l'équipe nationale ". Pierre Danvoye, envoyé spécial à Sofia" Désigner le capitaine en fonction du nombre de sélections est illogique " (Marc Wilmots)" Tant pis si je ne plais pas à tout le monde " (Daniel Van Buyten)