C'est l'histoire de la vie. Le cycle éternel. Un souffle porté à bout de bras. De gauche à droite, puis de droite à gauche. À une vitesse frénétique. Le jeune papa, tout juste trentenaire, célèbre la naissance de son rejeton. Il mime le berceau. Son acolyte, un frère, le rejoint et reprend le geste, qui devient légendaire. En ce mois de juillet 1994, Bebeto fête le but du break avec son pote Romario. Quand le second marche, en retour de hors-jeu, le premier transperce la défense des Oranje, laisse un défenseur pantois et le gardien par terre.
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C'est l'histoire de la vie. Le cycle éternel. Un souffle porté à bout de bras. De gauche à droite, puis de droite à gauche. À une vitesse frénétique. Le jeune papa, tout juste trentenaire, célèbre la naissance de son rejeton. Il mime le berceau. Son acolyte, un frère, le rejoint et reprend le geste, qui devient légendaire. En ce mois de juillet 1994, Bebeto fête le but du break avec son pote Romario. Quand le second marche, en retour de hors-jeu, le premier transperce la défense des Oranje, laisse un défenseur pantois et le gardien par terre. Dix minutes plus tôt, Romario avait défloré le marquoir. Malgré un retour au forceps, la route des Pays-Bas s'arrête en quarts. En huitièmes, Bebeto s'était chargé d'éliminer ses hôtes de Ricains. En demis, son compère reprend le flambeau pour torcher la Suède. Puis, le péno de Roberto Baggio fuse dans le ciel de Los Angeles. C'est le sacre d'un pays, d'un duo surtout. Bebeto-Romario. Un couple de mini-formats. " Il fut le meilleur partenaire d'attaque que j'ai eu dans ma carrière. Je peux même dire qu'on peut comparer notre duo avec Pelé et Coutinho ", dit récemment Romario, 51 ans, devenu sec et dégarni. Bebeto, 54 printemps, ouvre, à son tour, sa bouche d'acteur hollywoodien : " Romario et moi, c'était quelque chose voulu par Dieu. Ça ne s'explique pas, c'était divin ". Un cirage de pompes en règle pour effet d'annonce. Le Seigneur choisit de les réunir, à nouveau, sous la même bannière. Mais politique, ce coup-ci. Dans la foulée du sacre mondial, Romario veut rentrer au pays. Le gamin de Rio ponctue une saison époustouflante à Barcelone, sa première, après quatre saisons au PSV Eindhoven. Là, il a 28 ans, le globe sous ses crampons. Mais la saudade, cette nostalgie de la terre natale qui contamine les expats brésiliens, le rappelle à l'ordre. Six mois plus tard, il signe à Flamengo. Par la suite, il enchaîne retours européens ratés, à Valence, par deux fois, et exils dorés à Fort Lauderdale ou Adélaïde, en Australie. Pour définitivement raccrocher à 43 bougies. Un parcours qui rappelle celui de Bebeto, qui termine à 38, en Arabie saoudite. Comme si le duo de choc, qui se trouvait les yeux fermés, avait le même destin tracé. La même soif de reconnaissance, aussi, plus encore que la gloire et l'argent. À un pas de la finale '94, Baixinho, le petit, surnom de Romario, met des mots sur l'idée, dans les colonnes de France Football. " La pression d'une Coupe du monde, ça ne m'affecte pas du tout. Pour moi, c'est exactement pareil que quand je joue un petit match avec mes potes de Vila Penha, mon quartier de Rio. C'est ma Coupe du monde. Je pense être le héros d'un tel événement depuis l'âge de quinze ans. Je suis persuadé que cette Coupe du monde me permettra de laisser mon nom gravé dans l'histoire, à côté de Pelé, Garrincha, Maradona et Beckenbauer. Je vais réussir là où d'autres figures historiques comme Zico, Falcao ou Socrates, et même Cruijff et Van Basten, ont échoué. " Le " petit " de Vila Penha devient grand. Il parle portugais, néerlandais, espagnol, dit se défendre en allemand, pouvoir débattre du style de Van Gogh, converser politique. Un premier jalon de posé. 24 ans plus tard, Matheus, le fils de Bebeto, dont ils jouaient la berceuse, évolue désormais au Sporting Lisbonne. Toutes ces années plus tard, les codes sont différents, mais l'esprit reste. Romario retrouve son acolyte du front de l'attaque auriverde sur les terrains minés de la démocratie. Sur Instagram, il publie une photo, mains chaleureusement nouées dans celles de Bebeto. Devenus hommes politiques, ils veulent percer, comme au bon vieux temps, les défenses. Mais, cette fois, celles des hémicycles du pays. " Notre rêve va se réaliser. Ensemble, nous pouvons reconstruire Rio de Janeiro. " Bebeto connaît bien les rouages du discours politicien. En 2010, il est élu député dans l'Etat de Rio pour représenter le Parti démocratique du travail. En 2014, 61.000 voix se prononcent pour sa réélection sous les couleurs de Solidarité, écurie de centre gauche. Soit plus ou moins la même latitude que son pote Romario, qui s'affilie dès 2009 au Parti socialiste brésilien. À l'époque, le Ballon d'or réévalué de '94 sort de 24 heures de prison pour ne pas avoir réglé la pension alimentaire due à son ex-femme. Ses petits problèmes d'argent ne l'empêchent pas de devenir député, lui aussi, en 2011, avant de s'asseoir pour huit ans dans le fauteuil de Sénateur fédéral de Rio, en 2014. En juin dernier, il prend la présidence de Podemos, le Parti travailliste national, situé également au centre gauche. Son objectif ? Briguer le poste de gouverneur en octobre 2018. Voilà pourquoi, fin octobre, il convainc Bebeto de le rejoindre dans cette autre quête du graal. " Il est entré en politique avec l'idée de faire de l'argent mais, par la suite, il s'est mis à afficher des positions critiques et a commencé à faire du bon travail ", place Euclides De FreitasCouto, expert en sociologie du sport à l'université de Sao Joao del Rei, pour l'AFP. Au Brésil, la reconversion politique fait presque figure de suite logique pour les footballeurs. Une conscientisation d'abord incarnée par Socrates, puis par l'association, plus récemment, du nom de Ronaldinho à celui d'un mouvement d'extrême droite. Si Bebeto se veut plutôt calme, Romario n'a jamais caché son caractère bien trempé. Lors de la dernière Coupe du monde, dans son pays, il critique vertement l'organisation de la FIFA, insulte Sepp Blatter de " voleur, corrompu et fils de p... ", Jérôme Valcke de " maître-chanteur ". Un populisme qui plaît. Mi-décembre, il profite de la suspension provisoire du président de la fédération brésilienne (CBF), Marco Del Nero, pour réclamer un scrutin immédiat et se déclarer candidat. " Personne n'a jamais autant lutté contre cette bande de pourris que moi ", dit celui qui participe à l'enquête sur la corruption qui gangrène le football brésilien. En 2014, il avait déjà renoncé à se présenter pour devenir gouverneur. " Je préfère être président de la CBF que gouverneur de Rio." Ou comment se libérer de tout marquage...