Déchu de tous ses mandats politiques et exclu du CdH, Jean-Pierre Detremmerie se retrouve chez lui, à préparer sa défense. Il recherche dans ses tiroirs tous les documents susceptibles de prouver son innocence. Dans ce qu'il appelle un " lynchage politique ", mais aussi dans certaines affaires qui concernent au premier chef le club de football. Comme celles de l'ancien Sarma et la TVA sur la nouvelle tribune du Canonnier (voir cadres). Les relations entre lui et la nouvelle direction de l'Excel se sont sérieusement refroidies. Les deux camps se rejettent la balle, se reprochant mutuellement de ne pas tenir leurs promesses. Comment en est-on arrivé là ?
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Déchu de tous ses mandats politiques et exclu du CdH, Jean-Pierre Detremmerie se retrouve chez lui, à préparer sa défense. Il recherche dans ses tiroirs tous les documents susceptibles de prouver son innocence. Dans ce qu'il appelle un " lynchage politique ", mais aussi dans certaines affaires qui concernent au premier chef le club de football. Comme celles de l'ancien Sarma et la TVA sur la nouvelle tribune du Canonnier (voir cadres). Les relations entre lui et la nouvelle direction de l'Excel se sont sérieusement refroidies. Les deux camps se rejettent la balle, se reprochant mutuellement de ne pas tenir leurs promesses. Comment en est-on arrivé là ? Jean- PierreDetremmerie : Oui, et je le maintiens. Mais je pense qu'il s'est mépris sur plusieurs points. Il a cru qu'un club de football pouvait se gérer comme une entreprise ordinaire. Il a cru également qu'il pourrait dénicher facilement de gros sponsors et a éjecté, à tort, des petits sponsors que j'avais moi-même dénichés. Ce n'est pas moi qui ai décidé de floquer Frinver, et uniquement Frinver, sur les maillots. C'était, au départ, un bon sponsor. Mais lorsqu'on n'en a qu'un et qu'on le perd... En revanche, lorsqu'on en a 20 petits, le départ de l'un d'eux n'est pas catastrophique. Quand on a été mis à la porte, on ne revient pas de gaîté de c£ur. Les Meubles Toff ont sponsorisé l'Excelsior pendant une quinzaine d'années. Lorsque le directeur financier de la société a demandé des places, il a été remballé. Aujourd'hui, Toff a des affiches publicitaires en ville et n'a donc plus besoin de l'Excelsior. Il s'est mépris, je pense, sur les achats et ventes de joueurs. Il a eu la chance de pouvoir vendre assez rapidement Demba Ba pour trois millions. Un joueur qu'il n'avait pas déniché lui-même, soit dit en passant. Il a pensé qu'il pourrait réaliser des opérations similaires avec des joueurs espagnols qui militaient en D3 dans leur pays. Il pensait qu'il revendrait Carlos Coto pour dix millions. Il envisageait également un accord avec le Real Madrid. Ou avec Valence. J'attends toujours. Ajoutez-y la grave crise de l'immobilier que connaît l'Espagne : tout cela n'a pas joué en faveur de Dufermont. J'ai encore eu récemment un contact avec le nouveau patron de Frinver, Stéphane Boggetto. Il m'a révélé que, sur les trois projets immobiliers qu'ils avaient sur Mouscron, deux avaient été abandonnés définitivement et que le troisième avait également du plomb dans l'aile. Je crois aussi que Dufermont a eu le tort de se priver trop brusquement du partenariat public. Si l'Excelsior est arrivé en D1, c'est parce qu'il a bénéficié d'une harmonie heureuse entre les partenaires public et privé. Si la Ville de Mouscron et l'IEG n'avaient pas autant aidé le club, celui-ci n'aurait jamais atteint l'élite. C'était un choix politique. Je l'ai assumé et je n'ai rien caché. Chaque fois que j'ai demandé une aide, à la Ville ou à l'IEG, je devais le déclarer au Conseil communal et au Conseil d'administration. A l'époque où j'étais bourgmestre, j'ai eu un moment 50 employés communaux qui travaillaient pour l'Excelsior. Certes, la Région wallonne m'a obligé à diminuer ce nombre progressivement : 40, 30, 20, 10... Mais aujourd'hui, apparemment, ils ne sont plus que deux et demi. Je suis d'accord : une privatisation complète de l'Excelsior reste la solution idéale. Mais là, la transition a été trop brutale. C'est encore le cas aujourd'hui. Bien sûr que non. J'ai mis 40 ans à faire de l'Excelsior ce qu'il est devenu, avec l'aide de gens aujourd'hui disparus comme Ghislain Coussement et André Losfeld, et je n'ai aucune envie de voir le club disparaître. J'ai apporté mon aide quand c'était possible. Dès l'arrivée de Philippe Dufermont à la présidence en mars 2007, l'IEG a accordé un prêt de deux millions ( NDLR : garanti par Dufermont). Au départ, ce prêt avait été refusé. Le ministre Philippe Courard a fini par l'accepter, mais en avertissant : Cet emprunt garanti est le dernier qui sera admis. Il vise à apurer définitivement la situation financière du REM. En d'autres mots, l'avenir financier de l'Excelsior sera désormais assuré autrement que par le recours à l'IEG et au financement public. Je pense donc que ma bonne volonté ne peut être mise en doute. Au contraire : je remercie tous les jours le Seigneur de ne plus être à la présidence de l'Excelsior. Cette présidence fut l'une des causes de ma maladie. Devoir trouver tous les jours 25.000 euros, cela ronge un homme. Certainement pas. Ces entraîneurs sont sous contrat avec l'Excelsior, pourquoi l'IEG devrait-elle les payer ? Je suis inquiet. Lorsqu'on est monté, Courtrai, Zulte Waregem et Roulers militaient encore dans les divisions inférieures. Idem du côté francophone avec Mons et La Louvière. Tournai et Renaix étaient en Promotion. Lille a également traversé une période difficile. Bref, nos voisins les plus proches étaient Gand et Bruges du côté flamand, et Charleroi du côté wallon. On a reçu 25 millions de l'extérieur. De la part des sponsors, mais aussi d'Anderlecht, de Tottenham et du FC Utrecht pour les ventes de Nenad Jestrovic, Mbo Mpenza, Yves Vanderhaeghe, Jonathan Blondel et Stefaan Tanghe, entre autres. On a eu la chance, en 2000, de trouver un sponsor d'envergure avec La Poste. L'organisme sponsorisait le Germinal Beerschot et cherchait un pendant wallon. Le Standard a été contacté, mais n'a pas donné suite. On a sauté à pieds joints sur l'occasion. La Poste donnait un million par an. A l'époque, ce n'était pas rien. L'arrêt de son sponsoring après trois ans (au lieu de cinq) porta déjà un coup très dur au club. J'espère que l'Excelsior trouvera d'autres sponsors. Mais, des Philippe Dufermont, on n'en trouve pas à chaque coin de rue. par daniel devos - photo: belga