And the world don't respect you and the culture don't accept you
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And the world don't respect you and the culture don't accept you But you think it's all love And the girls gon' neglect you once your parody is done Reputation can't protect you if you never had one Jealousy (complex), emotional (complex) Self-pity (complex), under oath (complex) The loudest one in the room, nigga, that's a complex Let me put it back in proper context Ce sont les paroles d'un air de Kendrick Lamar, une des plus grandes stars du hip-hop des dernières années. Les mots et les sons résonnent dans les halles de Camp & Furnace, ancien complexe industriel de la Merseyside à Liverpool, reconverti en hall événementiel trendy. Aujourd'hui, l'ambiance est tout à fait particulière et des curieux viennent régulièrement jeter un oeil. Tout cela à cause de la présence de Romelu Lukaku. Avec son mètre nonante et un et ses presque 100 kilos de muscles, l'homme qui valait 35 millions d'euros en impose. L'attaquant du FC Everton est venu pour une séance-photos de Nike dans le cadre du lancement de la nouvelle chaussure de la marque : l'Hyper Venom II. Lukaku connaît la musique et avant d'enfiler son équipement Nike, il avale tranquillement quelques morceaux de pizza. Soudain, après quelques portraits, il fuit les spots, à la recherche de son iPhone. " Mec, c'est triste ici. I need music ! Je vous mets un peu de hip-hop ? ", dit-il sans vraiment poser la question. Lukaku est fan de l'ancienne génération. " Tupac, Notorious BIG, Jay-Z, Mobb Deep. Des gars dont les textes avaient un sens. Je ne suis pas trop fan des paroles qui ne veulent rien dire et qui ne parlent que de bling bling ou de bitches. " De la génération actuelle des rappeurs, c'est Kendrick Lamar qu'il préfère. Il passe ses fichiers en revue puis son regard s'illumine, comme s'il venait de recevoir un SMS de Dieu. " Aaah ! My man Kendrick ! Voilà ", s'écrie-t-il. Big Rom nous sert le dernier album, To pimp a butterfly, qui a déjà beaucoup de succès. Puis il retourne au boulot : la séance-photo peut reprendre. Lukaku semble particulièrement affûté. " Je suis plus professionnel qu'avant. Ma mère me trouvait gros. Aujourd'hui, elle ne peut plus dire ça. Je m'entraîne davantage. J'ai beaucoup observé Frank Lampard : même à 32 ans, il restait toujours plus longtemps que les autres à l'entraînement. Pareil pour Fernando Torres, Didier Drogba ou Nicolas Anelka. C'est quelque chose que les jeunes Belges ne comprennent pas. On devrait les obliger à venir voir ce qui se passe ici. En Belgique, après cinq bons matches, on fait de vous un dieu. " Les blessures ne l'ont pourtant pas épargné. Tout a commencé avant la Coupe du Monde, avec un problème à la cheville. Puis c'est un orteil qui a gâché son début de championnat. Et en mars, il a connu des soucis musculaires à cause d'une surcharge de travail, ce qui l'a obligé à renoncer aux matches de l'équipe nationale. " Dommage car, depuis la trêve, je sentais que je retrouvais mon meilleur niveau, que je marquais plus facilement ", dit-il. Toutes compétitions confondues, il a inscrit vingt buts, dont la moitié en Premier League et huit en Europa League. Ce n'est pas mal du tout et pourtant, personne ne vous dira qu'il a livré une grande saison. " Pour la première fois depuis mon arrivée en Angleterre, j'ai été critiqué ", dit-il. " Quelque part, c'est logique : quand on vous transfère pour autant d'argent, tout le monde attend beaucoup de vous. Tous les yeux sont rivés sur vous. (Il ouvre de grands yeux) : " Il est où, Romelu ? "Si vous loupez une occasion, vous entendez les gens ricaner dans les tribunes. Sur le plan mental, j'ai beaucoup progressé cette saison. Je suis content d'avoir retrouvé la forme à partir du mois de janvier et d'avoir été meilleur buteur de l'équipe malgré un début de championnat difficile. J'ai inscrit vingt buts au total. Je trouve que ça va. Maintenant, je vais prendre des vacances et, si j'ai la chance de pouvoir faire une bonne préparation, je vais encore marquer. Attention ! " Cette saison, il a disputé 48 matches avec Everton. Un nombre impressionnant quand on sait qu'il a souvent été blessé. Et selon lui, ce sont ces bobos qui expliquent en partie ses moins bonnes prestations. " Lors des premiers matches de championnat, je n'étais pas prêt. Je pouvais à peine sauter ou aller au contact. Mais j'aime tellement le foot que je veux tout jouer : la Coupe d'Angleterre, la Coupe de la Ligue, le championnat, la Coupe d'Europe... J'ai participé à tout. L'année prochaine, je serai plus malin. De temps en temps, je dirai non. Sauf s'il s'agit d'une finale. " Des finales, cette saison, Everton n'en a pas disputé. L'équipe entraînée par Roberto Martinez n'a terminé que onzième en championnat. Une déception puisque, un an plus tôt, elle s'était classée cinquième et avait reçu des louanges pour son style de jeu constructif. Un système que Lukaku n'apprécie pas forcément. Fin 2014, il n'a pas hésité à déclarer qu'Everton abusait du jeu latéral. Pour lui, il fallait jouer davantage en profondeur. " C'est l'entraîneur qui décide mais quand j'ai un avis, je le donne ", dit-il. " Je trouve que j'ai déjà prouvé suffisamment de choses pour avoir le droit de m'exprimer. Je ne fais que répéter ce que j'entends dans le vestiaire. D'ailleurs, par la suite, nous avons changé de tactique et nous avons livré une belle série. " Il n'a pas non plus apprécié de devoir jouer sur le flanc à plusieurs reprises. " Je ne le ferai plus. Je suis un attaquant de pointe. Sur l'aile, je suis limité, je ne parviens pas à me placer. C'est très frustrant. A un certain moment, je suis allé voir l'entraîneur et je lui ai dit : Sauf le respect que je vous dois, sur le flanc, je suis perdu. Je ne marquerai que si vous m'alignez en pointe. Et ce fut le cas. Les matches au cours desquels je n'ai pas marqué sont ceux où j'ai joué sur l'aile. Quand j'étais devant, je marquais. " Romelu Lukaku se nourrit de buts. On peut critiquer son style de jeu, il n'en a cure. Depuis le début de sa carrière, il entend dire que sa technique est limitée, qu'il ne sait pas contrôler un ballon, qu'il ne mise que sur sa puissance. " Je l'accepte. Chacun a le droit de dire ce qu'il pense, non ? De plus, je me dis que les grands joueurs sont toujours les plus critiqués. Ça veut dire qu'on attend beaucoup de moi. Mais les chiffres parlent pour moi. Citez-moi le nom d'un attaquant de 22 ans qui peut présenter les mêmes statistiques que moi. Et je ne parle même pas de la Coupe d'Angleterre remportée avec Chelsea car, pour moi, elle ne compte pas. Ce qui m'intéresse, c'est le nombre de buts. " Il est très ambitieux et c'est la raison pour laquelle il regrette qu'Everton ne soit pas européen la saison prochaine. Bien que le club de Liverpool l'ait acquis pour 35 millions d'euros l'été dernier - ce qui fait de lui le transfert le plus cher de l'histoire des Toffees, on évoque déjà son départ. D'autant qu'il vient de changer d'agent : il est désormais conseillé par Mino Raiola, le manager qui s'est fait connaître grâce à Zlatan Ibrahimovic. Raiola est un battant, un fin négociateur qui ne craint pas les grands clubs. Les attachés de presse de Nike nous ont interdit de poser des questions à son sujet, ce qui prouve combien le thème est délicat. Ce n'est pas un hasard. A la question innocente de savoir s'il ne se met pas trop de pression, voici ce que Lukaku répond : " Je ne suis pas là pour faire de la figuration. Je veux remporter des trophées, progresser chaque année, améliorer sans cesse mes statistiques. C'est important pour moi. A mes yeux, il n'y a pas de grande carrière sans palmarès. Je veux savoir ce que ça fait de ne jouer que des grands matches. J'ai 22 ans, il est temps de gagner quelque chose. " La chance que cela se produise avec Everton est minime. Regrette-t-il d'avoir quitté Chelsea trop vite ? Pour quelqu'un qui souhaite un jeu basé sur davantage de profondeur, le système prôné ces derniers temps par José Mourinho à la tête des Blues doit être un rêve. Lukaku n'évite pas le sujet, au contraire. " Je serai toujours fan de ce club. Ce n'est pas parce que je suis parti dans de mauvaises circonstances que ça va changer. On me dit que j'aurais dû rester. Mais un footballeur veut avant tout jouer, hein. Après la conquête du titre, j'ai envoyé un message à Eden Hazard, comme je le fais à chaque fois qu'il marque ou qu'il délivre un assist. Eden est un des joueurs avec lesquels je m'entends le mieux, au même titre que Kevin Mirallas et Nicaise Kudimbana (gardien de l'équipe réserve d'Anderlecht, ndlr). Je sais de quoi Chelsea était capable. Quand le club a acheté CescFabregas et Diego Costa, je me suis dit : my god, ça va faire des étincelles. Un passeur et un buteur ensemble... Lors du match amical face à Vitesse ou des rencontres difficiles contre des équipes de bas de classement comme Burnley, Chelsea jouait de manière totalement différente de la saison précédente. C'était une équipe conquérante. C'est ça, le football que je veux jouer. Le football que tout le monde devrait pratiquer. " A-t-il analysé les prestations de Diego Costa, qui l'a remplacé à Chelsea ? " Il a été fantastique, surtout avant sa blessure. C'est un attaquant très agressif, un type qui va constamment au duel. Je peux le faire aussi mais différemment. C'est un guerrier, moi pas. Il prend beaucoup de cartes jaunes, moi pas. Mais je le respecte énormément. " Pour lui, le chapitre Chelsea n'est pas définitivement clos. " Un footballeur ne doit jamais fermer de porte ", dit-il. " Et surtout pas celle-là (il sourit). Chelsea reste mon premier amour, même si je suis plus qu'heureux à Everton. " PAR MATTHIAS STOCKMANS À LIVERPOOL. - PHOTOS : NIKE" Citez-moi le nom d'un attaquant de 22 ans avec les mêmes statistiques que moi. " " Chelsea reste mon premier amour. "