"J'ai dû abandonner le football en 2007 en raison d'une blessure aux ligaments croisés du genou qui n'a jamais guéri. Je n'avais que trente ans mais les nombreuses périodes de rééducation m'avaient usé mentalement. Dix ans plus tard, j'ai toujours mal quand je marche ou quand je tape dans un ballon ", explique Désiré Mbonabucya sans une once de mélancolie. Sa carrière a été courte mais intense. Au moment de prendre sa retraite, il était soulagé.
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"J'ai dû abandonner le football en 2007 en raison d'une blessure aux ligaments croisés du genou qui n'a jamais guéri. Je n'avais que trente ans mais les nombreuses périodes de rééducation m'avaient usé mentalement. Dix ans plus tard, j'ai toujours mal quand je marche ou quand je tape dans un ballon ", explique Désiré Mbonabucya sans une once de mélancolie. Sa carrière a été courte mais intense. Au moment de prendre sa retraite, il était soulagé. " J'ai encore essayé de jouer à Heusden-Zolder, en D2, mais j'ai compris que je ne retrouverais jamais mon niveau. À chaque mouvement, je ressentais comme un coup de poignard, je savais que quelque chose n'allait pas. Mon genou m'a coûté un transfert à Aston Villa. C'est arrivé au moment où les Anglais allaient faire une proposition à Saint-Trond. Portsmouth et le club turc de Denizlispor sont venus aux nouvelles également mais ma blessure leur a fait peur. Dix ans plus tôt, en 1996-1997, je crois, le Club Bruges s'était montré très concret. J'avais conclu un accord verbal avec Antoine Vanhove et les clubs devaient encore trouver un terrain d'entente. Je ne connais pas les circonstances exactes - à l'époque, les joueurs étaient tenus à l'écart des négociations - mais le FC Malines s'est sans doute montré trop gourmand. " Aujourd'hui âgé de 40 ans, le Rwandais se consacre désormais à son entreprise de marketing sportif. Grâce à ses connexions en Turquie, une réminiscence de son passage à Gaziantepspor, il aide des joueurs africains à trouver un club. " Depuis la suppression des licences d'agents FIFA, on peut lancer une start-up et accompagner des joueurs sans le moindre savoir-faire. J'ai pris le train en marche et je dois dire que les affaires tournent bien. En Turquie, on ne connaît pas la crise. J'accompagne quelques jeunes joueurs en Belgique et j'essaye qu'ils gardent les pieds sur terre mais ce n'est pas simple. Il faut d'abord convaincre les parents puis les joueurs de ne pas partir trop vite. Si ça ne marche pas, on se quitte bons amis. " Son activité professionnelle oblige Mbonabucya à partager son temps entre la Belgique, la Turquie, l'Afrique... et ses pigeons. C'est son ex-voisin trudonnaire Filip Herbots, un supporter des Canaris, qui lui a transmis le virus de la colombophilie. " J'habitais à 200 mètres de chez lui et j'avais pris l'habitude de passer le voir avant chaque match à domicile. La patience dont il faisait preuve en attendant que ses pigeons reviennent de France ou d'Espagne me fascinait. J'ai vite été passionné et un jour, Filip m'a offert quatre pigeons. Comme je n'avais pas de place à la maison, ils sont restés chez lui mais c'est moi qui m'en occupais : je les entraînais, les nettoyais, leur coupais les ongles et leur taillais les ailes... Un de mes pigeons a un jour terminé deuxième. Pas besoin de vous dire qui avait gagné : Filip ! Pour moi, c'est toujours resté un jeu mais j'ai vite compris qu'on pouvait gagner de l'argent. Des Japonais, des Chinois et des gens de Hong-Kong sont venus proposer des milliers d'euros à Filip pour lui acheter ses pigeons. Quand je raconte ça en Afrique, on me prend pour un fou. Chez nous, les pigeons, ils passent à la casserole. Mais j'ai entendu dire que la colombophilie débarquait en Afrique aussi. Je pense que Herbots y est pour quelque chose (il rit). Il était ami avec Nelson Mandela et lui a rendu visite à quelques reprises en Afrique du Sud. " Mbonabucya ne cherche pas spécialement à promouvoir la colombophilie sur le continent africain, il préférerait plutôt placer son pays sur la carte du football international. Au Rwanda, il dirige une académie qui emploie six entraîneurs à temps plein et accueille trois cents enfants. Il va chercher des joueurs dans les recoins les plus inhospitaliers du pays mais il sait aussi qu'il en faudra plus pour faire venir des compatriotes en Europe. " Les grands agents s'intéressent uniquement à l'Afrique occidentale - Cameroun, Ghana, Côte d'Ivoire. En Afrique centrale, ils s'arrêtent souvent au Congo. Le Congo est d'ailleurs le grand problème du Rwanda. Nous vivons toujours dans l'ombre de notre grand frère. Que voulez-vous ? C'est un pays de 66 millions d'habitants alors que nous n'en comptons que douze millions. Mais le meilleur joueur du Congo est un Rwandais : Ernest Sugira, qui porte les couleurs du Vita Club. " L'ex-attaquant dénonce le fossé salarial entre les joueurs africains et les joueurs européens. Pour lui, les Africains sont sous-payés. " Et cela ne date pas d'hier. En Afrique, un joueur gagne quelques centaines d'euros par mois alors les clubs européens se disent qu'il doit être content si on lui donne mille euros. Lors de mon premier contact avec Malines, c'est plus ou moins ce qu'on m'a proposé. Je n'y ai vu que du feu, jusqu'à ce que j'apprenne qu'un équipier gagnait vingt fois plus que moi. Beaucoup de joueurs ne comprenaient pas comment j'arrivais malgré tout à envoyer une bonne partie de mon salaire en Afrique. Mais les Africains sont comme ça : ils veulent d'abord aider leur famille à sortir de la misère avant de profiter de leur argent. " " Je n'ai fait des folies qu'une seule fois : en 2001, à l'occasion de mon mariage. Je me suis marié à la basilique de Koekelberg et nous avons loué une chambre pendant une semaine au Château du Lac à Genval, où l'équipe de France a logé lors de l'EURO 2000. Nous avons fait une grande fête, il ne manquait rien : une limousine, 600 invités dont des membres de ma famille à qui j'avais offert le voyage pour venir du Rwanda, et des centaines de bouteilles d'alcool. J'ai offert le surplus aux invités. Je ne regrette pas d'avoir dépensé autant d'argent car, aujourd'hui encore, on me parle de cette fête. " PAR ALAIN ELIASY - PHOTO CHRISTOPHE KETELS" Les Rwandais ne comprennent pas ma passion pour les pigeons. " Désiré Mbonabucya