L'enfer où les Diables Rouges sont attendus ce soir, présente un nouveau visage architectural depuis 2003 avec quatre tribunes qui sont quasi des copies carbone l'une de l'autre. Des constructions très verticales qui accentuent l'impression d'oppression et de chaudron ressentie par les joueurs. Avec ce public ultra bouillant faisant la part belle aux effets pyrotechniques, difficile de maintenir un stade en parfait état. On l'a visité en 2004 et les ouvriers d'entretien y allaient pourtant carrément au nettoyeur à haute pression pour tenter d'en rafraîchir les sièges !
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L'enfer où les Diables Rouges sont attendus ce soir, présente un nouveau visage architectural depuis 2003 avec quatre tribunes qui sont quasi des copies carbone l'une de l'autre. Des constructions très verticales qui accentuent l'impression d'oppression et de chaudron ressentie par les joueurs. Avec ce public ultra bouillant faisant la part belle aux effets pyrotechniques, difficile de maintenir un stade en parfait état. On l'a visité en 2004 et les ouvriers d'entretien y allaient pourtant carrément au nettoyeur à haute pression pour tenter d'en rafraîchir les sièges ! L'intérieur est par contre dans un état impeccable : du vestiaire des arbitres aux espaces de réception, en passant par ceux réservés à la sécurité ou à la presse, toutes sont luxueuses et spacieuses. En Turquie, on est très fier de recevoir les plus grandes équipes, comme le montre un panneau situé à l'entrée : Legend in Europe, avec une carte continentale indiquant la situation des principaux clubs rencontrés par le Fenerbahçe. A savoir : ce stade, situé sur la rive orientale d'Istanbul, dispose de 50.509 places assises, quatre salles de cinéma sous ses travées et a été construit pour résister aux... tremblements de terre. Turquie-Belgique nous fait penser à un voyage effectué il y a deux ans loin des paillettes des bords du Bosphore. Un matin brumeux d'avril 2006, nous arrivons donc à Trabzon, sur les bords de la mer Noire. L'équipe locale, Trabzonspor, aussi appelée La tempête de la Mer Noire, est la seule en dehors des trois monstres stambouliotes a avoir remporté le championnat au cours des trente dernières années. Jean-Marie Pfaff, Georges Leekens, Hans Somers, Bernd Thijs et aujourd'hui Gustavo Coleman sont passés par là. Le club reçoit Fenerbahçe le soir même et des centaines de supporters occupent déjà les rues. Le stade Hüseyin Avni Aker (du nom d'un professeur ayant travaillé pour le ministère de la Jeunesse et des Sports entre 1940-1944) possède une piste en tartan qui part en lambeaux. Mais les installations sont en bon état et les deux tribunes latérales avec leur toit de forme si particulière ont un look d'enfer. La cabine de surveillance des forces de l'ordre est équipée de tout le matériel moderne nécessaire et toutes les entrées de l'enceinte sont pourvues de caméras, qui filment chaque spectateur entrant. Le vestiaire visiteur est le plus spacieux des deux, c'est une tradition de bienvenue qui veut ça. La qualité et la chaleur de l'accueil ne sont pas un vain mot mais nous devons cacher notre voiture de location. Comme elle était immatriculée à Istanbul, elle risquait d'être complètement détruite ! En fin d'après-midi, l'ambiance monte, des convois de voitures aux couleurs grenat et bleue défilent dans un concert de klaxons. Deux heures avant le kick-off, d'énormes colonnes de baffles situées derrière l'un des buts éructent d'assourdissantes musiques orientales. Impressionnant, tout le quartier en tremble. L'arène n'est encore que très peu remplie lorsque l'équipe visitée vient inspecter la pelouse sous les quolibets. Onder Turaci passe à nos côtés. Il est tellement concentré et fermé à toutes les agressions verbales qu'il ne remarque même pas que nous l'interpellons en français. À une petite heure du coup d'envoi, le volcan explose pour la première fois à l'entrée de la petite cinquantaine de supporters du Fener, arrivés en ligne droite de l'aéroport sous bonne escorte. Instantanément, ces téméraires sont bombardés d'une multitude de projectiles. La situation dégénère, les forces de l'ordre, pourtant armées jusqu'aux dents, semblent impuissantes et les Stambouliotes n'ont d'autres ressources que d'arracher leur siège pour se protéger la tête ! Les ambulances défilent au pied de leur tribune. A 20 heures, l'émeute s'est momentanément calmée au moment où les 22 acteurs font leur entrée. La sono surpuissante diffuse alors une musique digne des plus grands péplums, reprise en ch£ur par les 19.000 supporters. Tous les bras sont tendus, on croirait presque que César va faire son entrée dans l'arène. L'hostilité atteint des sommets, à en avoir les poils au garde-à-vous. Nous vivons la première mi-temps installés derrière le but du gardien local. Un choix anodin à nos yeux, mais que nous n'allons pas tarder à regretter. Car aux yeux des fans locaux, se placer du côté où Nicolas Anelka (toujours à Fenerbahçe à l'époque) et ses coéquipiers attaquent équivaut à nous estampiller Istanbul et à la pause, alors que nous regagnons la salle de presse, une partie du public nous adresse des signes haineux, pouce tendu sur la gorge comme pour nous signifier que nous allons nous faire égorger ! Ce genre d'excès, même les joueurs et le staff de Trabzon y sont exposés, comme le constatera principalement le coach d'alors, Vahid Halilhodzic, après la défaite (1-2)... par rudi katusic