Pour les gens de ma génération, la FA Cup fait partie de nos vies. Nos vies qui se résumaient, une fois rentrés de l'école, à faire très vite nos devoirs et puis, tout aussi vite, à sortir jouer au foot.
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Pour les gens de ma génération, la FA Cup fait partie de nos vies. Nos vies qui se résumaient, une fois rentrés de l'école, à faire très vite nos devoirs et puis, tout aussi vite, à sortir jouer au foot. À notre époque, le foot se jouait. Dehors. Tous les jours. Avec les potes. Pour de vrai. Pas tout seul, devant son écran. L'émerveillement était collectif. Pas solitaire, accroché à une manette. On aimait sentir le cuir du ballon. Son odeur ou sa lourdeur les jours de pluie. Parce que la pluie n'arrêtait aucun d'entre nous. Et puis, on rentrait se faire " engueuler " à la maison parce que nos vêtements étaient, au mieux, tagués de couleur verte. Celle de l'herbe dans laquelle nous nous étions vautrés le coeur léger. Au pire de couleur brunâtre. Celle de la boue dans laquelle nous nous étions tout aussi gaiement vautrés le tissu lourd. Mais, pour nous, il y avait aussi l'écran. Pas souvent. Il y avait le rendez vous annuel. On n'en dormait pas la semaine précédant l'événement. On allait pouvoir voir la finale de la FA Cup à la télévision. À l'époque, les matchs en direct se résumaient à très peu de choses. De temps en temps, les clubs belges en Coupe d'Europe. À cette époque, des équipes belges se retrouvaient en finale. Si, si... Et donc la finale de la FA Cup nous faisait rêver. On avait à chaque fois l'impression de découvrir le foot. Le vrai. Les temps ont changé. Tant mieux pour les amoureux qui ne savent plus où regarder du coeur. Jour après jour, match après match. Les coupes ont toujours eu un côté magique. À une époque, on croyait en tous les possibles. Surtout celui de voir des petits éliminer des grands. Maintenant, les instances ont quasi tout verrouillé. Le foot est devenu une économie avant un jeu. Cela dit, il y a encore de belles histoires à découvrir. Comme celle du club de Chichester FC. Petite équipe amateur de la Isthmian League Division One South East. Équivalent de notre 8e division. Cette petite équipe amateur se retrouve qualifiée au 1er tour de la FA Cup. Moment où les clubs pros entrent dans la danse. Pour y parvenir, les héros de Chichester ont passé six tours. Lors du tirage au sort de ce 1er tour avec les pros, c'était l'équipe la moins bien classée du tirage. Un tirage avec un nombre impair car un club a fait faillite. Le Bury FC. Club vieux de 134 ans et ruiné cet été par des spéculateurs. Il évoluait en D3. Soit. Donc il n'y a plus que 79 équipes encore en course. Donc une équipe allait être exemptée de match. Donc directement qualifiée pour le 2e tour. Je vous le donne en 1000 : c'est Chichester qui n'est jamais sortie de l'urne. Pourtant, c'est elle qui gagné le gros lot. Et oui, la qualif au 2e tour rapporte 36.000 £. Ils y ont droit. Sans même toucher le ballon ni surtout le mettre au fond. Voici donc ces amateurs avec 42.652 ? à se partager. Sauf qu'une fois de plus la magie de la FA Cup s'opère. Qu'est ce qu'ils décident nos, de plus en plus, héros de Chichester ? Eh bien, de partager cette somme avec une association qui lutte pour redonner vie au Bury FC. Formidable solidarité du football amateur qui donne une leçon de plus au football pro. Un foot pro qui, rien qu'en Premier League, a dépense cet été 1 milliard 630 millions d'euros en transferts. Qui, par exemple, offre 400.000 euros par semaine à notre Kevin De Bruyne national. Ce qui fait quand même 57.000 euros par jour. C'est-à-dire beaucoup plus que la prime que Chichester se propose de partager avec Bury. Kevin a bien raison de prendre le pognon. Il ne nous sert que d'exemple de la démesure. Et puis, aussi, parce que Bury est situé non loin de Manchester. Après 134 ans d'existence, le Bury FC risque de disparaître définitivement. La faute à des spéculateurs véreux. De simples amateurs font un geste que le monde pro n'est plus capable de savoir possible. Parce que leur vision est globale. Mondiale. Purement vénale. Ce cas est exemplaire des indécences et incohérences de leur monde. Parce qu'ils ne se rendent pas compte qu'en Angleterre un club qui meurt, c'est toute une ville qui agonise.