L'AS Eupen a repris goût au succès. Les Germanophones se sont même installés à la première place de D2 avec une toute nouvelle équipe dont il ne reste plus, de la saison dernière, qu' EnesSaglik, FazliKocabas, JoséEspinal et le gardien RadekPetr.
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L'AS Eupen a repris goût au succès. Les Germanophones se sont même installés à la première place de D2 avec une toute nouvelle équipe dont il ne reste plus, de la saison dernière, qu' EnesSaglik, FazliKocabas, JoséEspinal et le gardien RadekPetr. L'été a été agité dans les Cantons de l'Est. RolandLouf, pressenti pour succéder à ManfredTheissen, n'a travaillé qu'un petit mois au Kehrweg. AntoninoImborgia s'était donné trois ans pour rétablir un équilibre dans le budget du club et comptait sur le Bruxellois pour prendre les mesures nécessaires. " Lorsque l'investisseur italien m'a contacté en fin de saison, je me suis rendu en Italie pour discuter avec lui ", explique Louf. " Mon impression fut favorable. Je devais endosser les responsabilités de directeur général, qui étaient celles de Theissen. J'ai réalisé les deux premiers transferts, ceux de FlavienLePostollec et MichaëlLallemand. Puis, il y a eu un changement de pouvoirs. Imborgia, qui m'avait engagé, a dû céder la place à des investisseurs allemands, qui arrivaient avec un entraîneur à eux : WolfgangFrank. MarcGrosjean, lui aussi engagé par Imborgia, a dû s'effacer. Moi, je pouvais rester, mais je n'aurais plus eu aucune responsabilité sur le plan sportif. De directeur général, je devenais directeur administratif. J'ai préféré rester conséquent : j'ai renoncé. Imborgia était remonté après le 0 sur 18 dans le tour final. Les raisons de ce cuisant échec ? Je l'ignore, j'ai passé trop peu de temps dans le club pour avoir un avis éclairé. Je n'ai assisté qu'à Waasland-Beveren, où Eupen s'est incliné sans avoir réellement démérité. Je n'ai rien constaté d'anormal... " Grosjean, qui avait renoncé à l'année de contrat qui lui restait à Dudelange pour devenir l'entraîneur des Pandas, n'a travaillé qu'un jour à Eupen : " C'était le jour de la présentation de l'équipe. Je n'ai pas eu le loisir de diriger mon premier entraînement. J'avais signé un contrat de deux ans avec Eupen et je suis toujours en procès pour mes indemnités... "Son avis sur ce qui s'est ramé la saison dernière : " Il y a d'abord eu le mercato hivernal qui n'a pas été une réussite. " MomoDahmane et IbrahimMaaroufi n'ont quasiment pas joué, et PabloChavarria n'est devenu performant qu'en fin de saison, lorsqu'il était peut-être déjà trop tard. Imborgia est devenu de moins en moins présent, puisqu'il a pris en charge un club italien ( NDLR : l'US Grossetto, qui s'est maintenu en Serie B), et cela a sans doute eu une influence sur l'implication des joueurs. Lorsque les PO3 ont commencé, on a fait état de possibles contacts qui auraient existé entre AlbertCartier et Charleroi. Cela a aussi probablement perturbé le groupe, même si Eupen a fini par émerger dans ces PO3. Pour échouer ensuite dans le tour final de D2, et de façon cinglante. Eupen a laissé beaucoup d'énergie dans ses cinq matches face aux Zèbres. Puis, lorsqu'ils ont entamé le tour final de D2, les Germanophones se sont retrouvés dans la peau du favori. Ils ont disputé une compétition où il fallait aborder les matches avec l'objectif de les gagner alors, que durant toute la saison parmi l'élite, ils étaient les underdogs et pouvaient tabler sur leur organisation et quelques contres. Ils ont joué leur premier match à domicile contre Lommel, privé de son buteur néerlandais JeroenKetting (désormais à Zwolle), et pensaient l'emporter. Ils se sont inclinés 1-4 et ont probablement pris un coup sur la tête. Rebelote, quelques jours plus tard, à Waasland-Beveren. Je peux m'imaginer que certains joueurs liés à Imborgia se doutaient qu'ils ne seraient plus à Eupen la saison suivante... Il y a peut-être eu des tensions dans le groupe aussi, je l'ignore. Qu'une équipe qui descend de D1 ne remporte pas le tour final de D2 n'a rien d'étonnant en soi. Qu'elle ne remporte pas le moindre point l'est davantage. " Une équipe qui tombe de haut en étant battu dans son premier match de tour final alors qu'elle était favorite, qui espère redresser la barre lors du deuxième match mais trébuche à nouveau et qui renonce à lutter en constatant que la montée relève désormais de l'utopie, c'est plausible. Mais l'échec est-il uniquement sportif ? " Bien sûr que non ", affirme DannyOst, qui a vécu le début et la fin de l'aventure eupenoise en D1. " Une équipe qui a joué toute la saison parmi l'élite et qui ne prend pas un seul point en six matches contre des équipes de D2, ce n'est pas normal et ça me reste en travers de la gorge. Lorsque je suis revenu, après l'éviction de Cartier, je n'ai plus reconnu le groupe que j'avais dirigé en début de saison. J'ai entendu dans le vestiaire des choses que je n'imaginais même pas possibles. Le ver était-il déjà dans le fruit à ce moment-là ? En tout cas, le feu couvait déjà. On a encore fait illusion en éliminant Charleroi, puis cela a explosé. Sur le plan extra-sportif, il s'est passé des choses incroyables aussi mais je veux malgré tout garder un bon souvenir de mon passage là-bas ". Trois mois après son éviction, Cartier n'en démord pas : " Si j'ai été évincé, c'est parce que le club n'avait pas envie de devoir me payer une prime de maintien ", affirme-t-il. " Je continue à penser que je pouvais assurer le sauvetage. On était bien parti pour éliminer Charleroi. Après cela, il restait le tour final de D2, où le groupe a explosé : 0 sur 18. Je pense qu'au lieu de penser à l'équipe, certains joueurs se sont mis à penser à eux. Mais jusqu'au bout de la saison régulière, Eupen était demeuré compétitif. Avec des petits points perdus à gauche et à droite qui nous ont finalement coûté cher, mais en gardant la solidarité et l'envie de se battre. Des tensions ? Il y en a eu, oui, mais il y en a dans tous les clubs. Il y avait un groupe de 10 ou 12 joueurs qui avaient le potentiel pour être titulaires, et un deuxième groupe d'un moindre niveau. Des problèmes extra-sportifs ? Je ne pense pas qu'ils aient eu une influence décisive. C'est sûr, il aurait sans doute été préférable qu'Imborgia soit plus présent lors du deuxième tour, mais il était pris par d'autres occupations. Cette descente, c'est la faute de tout le monde et personne à la fois ". Parmi les joueurs arrivés durant le mercato de janvier, il y avait IbrahimMaaroufi, qui a signé pour le RC Malines en D3 où il ne s'entraîne que le soir mais où il se sent bien car il rejoue et se refait une santé. Cet ancien international Espoir, qui était parti à l'Inter Milan, avait un certain potentiel. Pourtant, il a peu joué à Eupen : " La raison ? Financière. J'avais négocié avec Imborgia un contrat à la prestation. Modeste au départ, mon contrat devait augmenter en fonction de mes performances. J'ai joué contre le Standard, et j'ai demandé : - Et alors, mon contrat va-t-il être revu à la hausse ? Imborgia m'a répondu : - Pas question ! A partir de là, je n'ai plus joué. Imborgia, on ne l'a quasiment jamais vu. Seulement un jour, où il est venu parce que les joueurs ne voulaient plus jouer et qu'il entendait les placer devant leurs responsabilités. J'ai fini par être payé, avec retard. A part cela, j'ai été bien accueilli à Eupen : par le groupe des joueurs, par le coach, par les dirigeants aussi. Theissen a été correct. C'est surtout le bigboss qui n'a pas respecté ses promesses. La plus grande connerie qu'Eupen ait faite, c'est de limoger Cartier. Je n'ai pas vécu la fin du tour final de D2, j'avais déjà quitté le navire. Fin mai, lorsque mon épouse a accouché, je ne suis plus retourné au Kehrweg. " ErvinZukanovic, désormais à Courtrai et qui s'est promis d'écrire un livre qui relaterait tout ce qui lui est arrivé durant sa carrière lorsqu'il aura raccroché les crampons, aura sans doute trouvé à Eupen de la matière pour un chapitre supplémentaire : " Absolument, j'ai vécu une très belle saison jusqu'à un certain moment de la saison. J'ai noué des liens très solides avec certains joueurs, comme AlessandroIandoli, désormais à Saint-Trond, DanijelMilicevic (Charleroi) et KevinVandenbergh (Malines). Au tour final, il y a eu des problèmes internes et externes. Des tensions dans un groupe sans unité : c'était chacun pour soi. Des problèmes extra-sportifs ou des retards de paiement ? Disons que certaines personnes dans le club se sont comportées comme des amateurs et n'ont pas été correctes, mais je n'ai pas envie de citer des noms. " Pour Vandenbergh, tout n'a pas été noir chez les Pandas : " Les déclarations de Dahmane n'engagent que lui. Il a mis le feu aux poudres dans tous les clubs où il est passé, je ne sais pas s'il faut accorder une grande crédibilité à des gens comme lui. Personnellement, en tout cas, j'ai toujours été payé correctement. Et je serai éternellement reconnaissant à Eupen de m'avoir relancé. J'espère, un jour, pouvoir rejouer à Eupen. Si, si, je suis sérieux... Et Cartier reste, avec RenéVandereycken, l'un des deux meilleurs entraîneurs avec lesquels il m'ait été donné de travailler. Eupen avait les qualités pour se maintenir. La dernière défaite à Malines fut certes un coup dur, mais ce n'est pas là qu'on a raté le maintien. On a perdu trop de points en cours de route, et on n'échoue qu'à un point du Lierse : une équipe contre laquelle on a réalisé deux partages alors qu'on aurait dû gagner les deux matches. Sur le tour final, je n'ai pas grand-chose à dire. J'étais blessé et j'ai souvent dû m'entraîner individuellement. J'étais un peu à l'écart du groupe et je n'ai pas assisté aux tensions qui auraient éventuellement vu le jour. " La greffe entre certains éléments arrivés au mercato hivernal et les joueurs déjà présents dans le groupe n'a visiblement pas pris. A entendre les propos tenus par Vandenbergh, on devine que Dahmane et lui ne partiront jamais en vacances ensemble. Si le rendement du buteur a baissé après la trêve, la nouvelle configuration de l'équipe n'y est peut-être pas étrangère. Les éventuels retards de paiement, ou promesses d'augmentation non tenues, concernaient-ils uniquement les nouveaux arrivants ou l'ensemble du groupe ? En tout cas, les anciens n'ont pas tenu rigueur au club d'un manque à gagner. L'avocat RalphLentz, l'ancien vice-président de l'AS Eupen (il a quitté ses fonctions en 2010 pour des raisons professionnelles), a défendu le club dans ses recours devant l'Union belge et le TAS, pour la possible non-qualification du jeune Lierrois JasonAdesanya dans un match remis contre Malines (auquel il n'a d'ailleurs pas participé puisqu'il est resté sur le banc !) et le fameux envoi recommandé dont le contenu était devenu introuvable dans la Maison de Verre. On peut imaginer que c'est au soir du dernier match de saison régulière à Malines, qui condamnait les Pandas à disputer les PO3, qu'un vent favorable est arrivé aux oreilles des dirigeants eupenois, puisque c'est précisément lors d'un match précédent entre le Lierse et Malines que le nom de l'international U19 avait été couché sur la feuille. Or, à ce moment-là, il était trop tard pour déposer plainte. On imagine difficilement, aussi, qu'un document aussi important qu'une plainte destinée à assurer la survie d'Eupen puisse être glissé dans la même enveloppe qu'un autre document... Le prix d'un envoi recommandé supplémentaire ne pèse pas bien lourd face à un possible sauvetage sur tapis vert. Theissen, qui n'a plus aucune fonction dans le club et a pris ses distances par rapport au football, ne tient plus à s'exprimer. Lentz a joué un rôle dans la passation de pouvoirs : " Je connaissais IngoKlein, qui a succédé à Imborgia, car il était l'agent de FreddyMombongo, l'attaquant arrivé à Eupen en 2008 et qui joue désormais à Mons. Cette passation de pouvoirs était-elle nécessaire ? Lorsque Theissen a quitté le club le 30 juin de cette année, on m'a aussi demandé de rechercher d'autres personnes susceptibles de compléter le Conseil d'administration. Ce que je suis en train de faire, les noms seront bientôt connus. " Lentz ne veut rien révéler, non plus, sur l'accord de séparation qui a été trouvé avec les investisseurs italiens qui furent présents à Eupen pendant deux ans et demi : " Cela relève du secret professionnel. Je constate simplement qu'avec la nouvelle direction et la nouvelle équipe, cela ne se passe pas trop mal en D2. " Toutefois, des rumeurs circulent selon lesquelles les investisseurs allemands n'auraient pas les reins aussi solides qu'ils le prétendent... PAR DANIEL DEVOS - PHOTOS: IMAGEGLOBE Grosjean avait signé pour deux ans, il est resté un jour. Il est en procès. " Pourquoi j'ai peu joué ? J'ai demandé à être payé et cela n'a pas plu " (Ibrahim Maaroufi)