Gosse il y a longtemps, j'ai longtemps joué aux pronostics. Ça démarrait chez le libraire du coin, qui refilait gratos des bulletins à remplir : Prior pour le foot belge, Littlewoods si l'on s'aventurait côté/foot anglais... dont la télé ne révélait alors que dalle ! Je me rappelle l'odeur des doubles sur papier carbone, qui salopaient les doigts et parfois le bouquin d'école oublié par-dessous.
...

Gosse il y a longtemps, j'ai longtemps joué aux pronostics. Ça démarrait chez le libraire du coin, qui refilait gratos des bulletins à remplir : Prior pour le foot belge, Littlewoods si l'on s'aventurait côté/foot anglais... dont la télé ne révélait alors que dalle ! Je me rappelle l'odeur des doubles sur papier carbone, qui salopaient les doigts et parfois le bouquin d'école oublié par-dessous. Pour Prior, une douzaine de matches étaient mentionnés, la plupart de D1 et D2, l'un ou l'autre de D3 ou de promotion complétant la liste : il fallait cocher 1, 2 ou X, je crois qu'une colonne coûtait 5 francs et je suis certain que je n'en jouais qu'une, c'était déjà miracle que maman m'autorise pareille facétie avec du pognon ! Pour Littlewoods, le souvenir est plus vague, je prenais seulement le bulletin pour y décrypter à voix haute tous ces noms magiques de clubs anglais, jusque de D3 voire D4. Magie mais mystère trop insondable, je ne remplissais jamais le bulletin : la liste était d'environ 40 matches, et il fallait y pronostiquer les draws pour décrocher le pactole... Couillonnade de pactole à la con : même via Prior, je ne l'ai jamais décroché. Par contre, j'ai décroché des pronos eux-mêmes en fin d'adolescence, ça s'est évaporé comme l'acné. Progressivement, j'ai réalisé que ma compétence footeuse imaginée n'engendrait pas de meilleurs résultats que si je gribouillais au hasard les 1, les 2, les X... Ce fut le début de ma compréhension du foot en tant que crueljeu de hasard, travesti en jeu tactique pour rester populaire : conviction de laquelle, depuis, je n'ai pas vraiment décroché, sans pour autant décrocher du foot... Alors, un putain de demi-siècle plus tard, quand je vois que parmi la flopée de sites de paris/football, y'en a même un très bête, et même unibête, qui base ses spots publicitaires sur le slogan "On ne gagne jamais par hasard", je monte sur mes grands chevaux, hennissant comme eux pour ne pas pleurer : car c'est plutôt l'inverse de la réalité ! Alors, footeux mes amis, pronostiquez jouette rien que pour vous marrer, mais ne rêvez pas qu'il pleuvra du pognon et n'en claquez guère : dans le monde du prono, on n'arnaque jamais par hasard ! Puisqu'on en est à la pub et au foot, causons un instant de bière, les supporters savent pourquoi. Moi moins. Autant j'admets aimer ma petite chope en buvette, autant cela me dépasse qu'une fédé sportive prétende oeuvrer pour la santé des mômes tout en se faisant sponsoriser par un vendeur d'alcool, tout en proposant aux parents des mômes une fraternisation à base de houblon ! La télé relaie en ponce-pilatant (ses spots pour la bibine précisent "à consommer avec modération") et le brasseur lui-même joue les faux-culs : sa pub du moment se veut footosopheuse, elle déclare qu' "Une bière brassée avec savoir se déguste avec modération" ! Tu parles, Charles ! Si j'en crois le niveau de modération du monde du foot (dans lequel j'avoue baigner), je ne peux tirer qu'une conclusion : c'est que Jupiler n'est pas brassée avec savoir, ha ! ha ! ha ! Sans blague : que celui qui n'a jamais péché jette la première bière. Tout ça, c'est d'abord la faute au Bon Dieu, sacré trou de balle (de foot) de n'avoir guère créé que l'alcool comme carburant de fraternisation ! Il aurait pu choisir le pain et l'eau, bêtement, hélas le ver est dans le fruit depuis le vin de Cana... Faut dire aussi que la chair est faible, surtout celle des footeux, et qu'une partie de la chair s'appelle le gosier. Gosier qui me ramène au Bon Dieu, y'a pas que la Main de Dieu dans l'histoire du foot : quelle mouche a piqué le Tout-Puissant, pourquoi diable nous a-t-il créé le gosier EN PENTE, pourquoi avoir joué la verticalité ? ! La raison est simple, suffit de bouquiner la Genèse, Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance : c'est-à-dire que le gosier de Dieu est en pente aussi. Sacré picoleur ! Picoleur sacré. Jupiler, teabsolvo ? Ne rêvez pas qu'il pleuvra du pognon et n'en claquez guère : dans le monde du prono, on n'arnaque jamais par hasard !