La deuxième mi-temps a des allures de match de handball. Manchester City tente de contourner une équipe de West Ham regroupée devant son rectangle, qui pense tenir un partage synonyme d'exploit. Les Citizens, qui ont aligné jusque-là douze victoires de rang en championnat, buttent cette fois sur la défense des Hammers après avoir connu les mêmes difficultés quelques jours plus tôt face à Southampton. 82e minute de jeu, à l'entrée du rectangle, Kevin De Bruyne fait sauter le cuir au-dessus d'une surface de réparation embouteillée. David Silva est à la réception et envoie, d'une reprise spectaculaire, l'offrande au fond des filets.
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La deuxième mi-temps a des allures de match de handball. Manchester City tente de contourner une équipe de West Ham regroupée devant son rectangle, qui pense tenir un partage synonyme d'exploit. Les Citizens, qui ont aligné jusque-là douze victoires de rang en championnat, buttent cette fois sur la défense des Hammers après avoir connu les mêmes difficultés quelques jours plus tôt face à Southampton. 82e minute de jeu, à l'entrée du rectangle, Kevin De Bruyne fait sauter le cuir au-dessus d'une surface de réparation embouteillée. David Silva est à la réception et envoie, d'une reprise spectaculaire, l'offrande au fond des filets. Dimanche soir, les leaders incontestés du championnat n'ont cette fois pas brillé mais emportent à nouveau la timbale. Alors que tout semblait bouché, le divin rouquin a, cette fois encore, trouvé la parade. Pour de nombreux suiveurs du championnat, KDB est ce qui se fait de mieux en Premier League actuellement. Quant à Pep Guardiola, il est sans conteste son plus ardent partisan. " Si vous lui demandez de courir 100 kilomètres pour l'équipe, il le fera. Il n'est pas facile de trouver ça chez ce type de joueur. Il est l'un de nos capitaines, je pense qu'il a franchi un cap. " Patrick De Koster, son agent de toujours : " Il a reçu énormément de confiance de Manchester, le club n'hésite pas à le mettre en avant. " Aux côtés de Vincent Kompany, Fernandinho, David Silva ou Sergio Agüero, KDB fait désormais partie du conseil des joueurs. Lors du déplacement à Feyenoord, notre international a d'ailleurs reçu le brassard de capitaine. Preuve supplémentaire de ce nouveau statut, celui d'un élément clef d'une équipe qui marche aujourd'hui sur l'Angleterre. Régulièrement positionné en 8, dans l'axe, avec une grande liberté d'action, et même s'il ne rechigne pas à aller sur les côtés, De Bruyne est désormais un cadre de City, que ce soit sur ou en dehors des terrains. Mais malgré les louanges des dernières semaines, le joueur garde les deux pieds bien ancrés dans la pelouse. " C'est l'homme le plus humble et le plus timide que je connaisse ", témoigne à son sujet le coach catalan. En équipe nationale, la copie est bien plus pâle. KDB n'a pas la même emprise sur un jeu, il est vrai bien moins chatoyant que celui des leaders de Premier League. Et ce ne sont pas les rencontres face au Mexique et au Japon qui ont rassuré l'assemblée. Après l'échec de l'EURO, De Bruyne ne veut plus se louper. Sa sortie, deux jours après le partage face au Mexique n'avait évidemment rien d'anodine. Pour rappel : " Cette rencontre a confirmé ce que j'avais dit après la Bosnie : on doit trouver un plan tactique pour l'équipe. On a joué contre le Mexique avec un système qui n'était pas bon pour battre cette équipe. On a créé des occasions, mais je pense qu'au plan défensif, il y avait trop d'espaces, car nous étions trop derrière, nous n'avons pas eu le courage de placer l'équipe plus haut. Cela a permis au Mexique d'avoir la possession. Je ne suis pas quelqu'un qui pointe une autre personne du doigt, je suis quelqu'un qui essaye de trouver des solutions. L'important c'est que tout soit OK pour le Mondial. C'est peut-être l'un des derniers moments avec cette équipe où l'on peut faire quelque chose de bien. Nous avons des joueurs du top à chaque place."De Bruyne n'est pas un patron comme l'est Vincent Kompany, bien trop seul pour assumer la fonction chez les Diables. Il n'emmène pas les autres par le verbe mais bien avec ses pieds. Chez les Citizens, du moins où il est ce fameux leader technique, que l'on retrouve trop rarement en sélection. Sa sortie post-Mexique devant la presse belge a fait l'effet d'une onde de choc. Elle avait pour but de rappeler que cette qualification aisée pour la Coupe du monde masque une réalité moins glorieuse. Nos Diables sont encore loin du compte. Et pourtant, De Bruyne est persuadé que cette génération a les clefs et la qualité pour atteindre les sommets en Russie. Au lendemain de la rencontre face à West Ham, il s'explique à Sport/Foot Magazine : " Je suis une personne honnête, qui aime dire les choses comme elles sont, et qui, à l'inverse, n'aime pas quand les gens parlent dans mon dos. J'ai toujours eu pour habitude de dire les choses en face. Si j'ai fait cette déclaration après le Mexique, c'est parce que je pense qu'il faut que l'on s'améliore collectivement. C'est dans cet unique but. On ne doit plus se satisfaire d'un quart de finale. On doit aller en Russie pour gagner cette Coupe du monde. C'est le moment pour notre génération de faire quelque chose de spécial. C'est une des dernières chances pour ce groupe qui a connu le Brésil, la France, de briller tous ensemble. Et je ne veux pas passer à côté de cette opportunité. Dans le football, je sais qu'on doit faire attention à tout ce qu'on dit. Je ne sais pas si ce que j'ai dit a été bien perçu mais je sais que j'ai pris un risque. Mais d'après moi, c'était le bon moment pour m'exprimer. On a encore le temps de rectifier le tir. J'ai toujours grandi comme ça, en disant ce que j'avais sur le coeur. Je ne pense pas être quelqu'un de différent. Je ne revendique pas un statut de leader non plus. Et je sais très bien que dans le foot, il y a certaines choses que l'on peut dire et d'autres que l'on ne peut pas dire. Le foot véhicule parfois des messages un peu clichés, mais je n'ai aucun problème avec ça. " Été 2016. En huitième de finale de l'EURO, le duo Hazard-De Bruyne, chacun dans une partition bien différente, brille face à de bien faibles Hongrois. Cinq jours plus tard, le retour du bâton est d'autant plus douloureux. Les Belges tombent en quarts face au Pays de Galles. L'élimination est douloureusement vécue. Les insuffisances tactiques de l'ex-coach national et les privilèges attribués à certains qui, notamment, débarquaient dans la chambre du sélectionneur pour dicter la ligne de conduite à suivre, en ont irrité plus d'un. Au fil du temps, les langues se sont déliées. Kevin De Bruyne, qui a souvent donné l'impression de traîner son spleen tout au long du tournoi, n'a, lui, jamais rué dans les brancards même s'il regrette que la presse " a raconté beaucoup de choses totalement fausses à mon sujet, par rapport à ma famille, ma vie privée. " " Il faut aller très loin et être malhonnête pour offenser Kevin ", enchaîne son agent, Patrick De Koster. L'enfant de Drongen est singulier, complexe à cerner, et à décrypter. On le pense introverti, dans sa bulle, mais il est pourtant l'un des rares, avec Thibaut Courtois, à s'affirmer publiquement. " Quand je l'ai rencontré à 16 ans, Kev' était très timide ", raconte De Koster. " Aujourd'hui, il dit les choses qu'il a envie de dire. Certains vont peut-être critiquer cette prise de parole, dire qu'il aurait fallu que ça reste dans le vestiaire. Mais je suis sûr que pas mal de joueurs sont d'accord avec ce qu'il a dit. " Kevin De Bruyne n'est pas un mouton. Il ne l'a jamais été. Dès son arrivée dans le noyau pro de Genk, à seulement 17ans, Prince Harry va imposer son énorme talent mais aussi son caractère déjà bien trempé. " Il ne supporte pas l'injustice, même pour des broutilles ", pointe son père, Herwig De Bruyne. " Pour lui, nous sommes tous égaux. À l'entraînement, quand on demandait de ramasser les cônes, il estimait que tout le monde devait le faire. Et s'il voyait que Barda ne le faisait pas, il allait le trouver, même si le gars avait dix ans de plus et gagnait dix fois mieux sa vie que lui. Il ne supporte pas non plus qu'un joueur ne donne pas le meilleur de lui-même à l'entraînement. Il a déjà hurlé sur ses équipiers devant des caméras de la télévision. On pourrait dire que ce n'est pas à un gamin de 20 ans de faire ça mais il faut savoir qu'après le 7-0 à Valence (défaite de Genk en CL en 2011, ndlr), des gars rigolaient dans le vestiaire. Kevin est un gagneur et ça le rendait fou de rage. Il savait donc très bien ce qu'il faisait et les dirigeants de Genk lui ont donné raison. " Franky Vercauteren, qui fut son coach entre 2009 et 2011, rappelait des discussions parfois animées. " De temps en temps, on s'affronte, mais c'est sain comme rapport. Il n'est pas grave d'être têtu, à condition de réfléchir. Et Kevin le fait. " Juillet 2012, Philadelphie. Eden Hazard, qui vient d'être acheté à Lille pour 40 millions d'euros, est l'une des principales attractions de l'US Tour de Chelsea. Son arrivée éclipse les autres nouvelles têtes que sont entre autres, Marko Marin mais aussi Kevin De Bruyne, transféré de Genk pour 9 millions d'euros. Après une première rencontre face au PSG à New York qu'il débute, il reste collé au banc lors du second match qui oppose Chelsea à une équipe All-Star de MLS. Après coup, De Bruyne pointe le bout de son nez en mixed zone et est totalement ignoré par la presse US et internationale. Le néo-Blue, qui effectue seulement ses premiers pas à Chelsea, n'a que 19 ans, mais n'est pas content et nous le fait savoir. " Si ma situation ne change pas, il faut que je trouve une solution, que je parte. Je vais devoir avoir une explication de Roberto Di Matteo (alors coach de Chelsea, ndlr). " Quelques semaines plus tard, notre rouquin national est prêté au Werder Brême pour une saison. Un an plus tard, le voilà de retour chez les Blues. Cette fois, c'est José Mourinho qui est à la barre. Mais malgré sa belle saison en Bundesliga, le jeune KDB est vite remballé. Sans trop d'explications. Pour la première fois de sa carrière, il accuse le coup. Lui qui ne supporte pas l'injustice, ne comprend pas cette mise à l'écart. " À cette époque, il était triste, abattu. J'ai passé pas mal de temps à Londres à essayer de lui remonter le moral. Il n'avait qu'une question à la bouche : pourquoi ? Et personne n'avait de réponse ", explique De Koster. Mais De Bruyne va très vite rebondir, cette fois du côté de Wolfsburg. " J'ai quitté mes parents pour le centre de formation de Genk quand j'étais très jeune, et vivre seul aide énormément à devenir fort sur le plan mental. J'ai connu des moments difficiles car il y a très vite eu beaucoup d'attentes autour de moi, mais ça ne m'a jamais déstabilisé. " En 2014, sort son autobiographie " Keep it simple ". Le titre est quelque peu mensonger pour celui dont la trajectoire n'a jamais ressemblé à un long fleuve tranquille, même si la progression a toujours été linéaire jusque-là. Et elle ne va pas faiblir. Après avoir brillé à Wolfsburg lors de la campagne 2014-2015, De Bruyne devient l'un des gros coups européens de l'été. Le Bayern Munich est sur la balle, tout comme le PSG. Finalement, c'est City qui signe notre international et dépose 75 millions d'euros dans les caisses du club allemand. KDB privilégie la Premier League à la Ligue 1, ce qui se comprend aisément. Moins Manchester à Paris par contre, là où il a demandé en mariage sa femme, Michèle. Mais De Bruyne n'a jamais été un homme de paillettes. Seul écart de conduite, après son transfert-record vers City, il s'offre une flamboyante Mercedes G63. " Mais il détestait attirer l'attention quand il sortait et l'a très vite remplacé par une Mercedes GLE Coupé bien plus passe-partout ", raconte De Koster. " Le bling-bling, ce n'est vraiment pas son truc. Les Louis Vuitton, les Gucci, il s'en fout. 90 % de son temps, il porte un survet' Nike. " Il n'est pas non plus un produit-publicitaire que les grandes marques s'arrachent. Sa popularité est grandissante, mais n'atteint pas (encore) celle des plus grandes stars du ballon rond (Eden Hazard a plus de 11 millions de followers sur Instagram alors que De Bruyne dépasse la barre des quatre millions). Mais tout ça semble bien loin de ses préoccupations. Aujourd'hui, KDB ne s'imagine pas quitter la brume mancunienne et sa banlieue, où il est paisiblement installé, aux cotés de sa femme et de son fils, Mason Milian, qui fêtera ses deux ans en mars. Pour le sortir de son train-train quotidien, il y a toujours son crew, qui s'est réduit au fil des ans, ou ses potes US qu'il a rencontrés lors de fréquents voyages outre-Atlantique. Mais à 26 ans, il le répète régulièrement, ses priorités vont à sa famille et à sa carrière. Car KDB est plus ambitieux que jamais. Que ce soit avec son club ou en sélection, il veut tout rafler. Et il n'hésite jamais à le faire savoir.