V oilà, c'est fini.
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V oilà, c'est fini.On va pas s'dire au revoir comme sur le quai d'une gare...Les paroles de ce tube de Jean-Louis Aubert s'appliquent tellement bien aux adieux d' AiméAnthuenis (62 ans), qui ne mérite pas de quitter la corporation des coaches sans qu'on revienne sur une carrière qui vaut le détour. Il ne sait pas de quoi sera fait son avenir, mais une chose est sûre : le training, c'est terminé. Anthuenis a bossé au plus haut niveau de 1985 à 2005. Qu'a-t-il fait de ses 20 ans ? Retour sur une dizaine de grands moments et d'hommes qui ont compté dans sa vie. Aimé Anthuenis : " Lokeren a terminé quatrième et s'est qualifié pour l'UEFA avec une équipe d'espoirs : Dany D'Hondt, Didier et Dimitri Mbuyu, Angelo Nijskens, Bruno et Patrick Versavel, Stephen Keshi. Et Kari Ukkonen, un numéro 10 fantastique, moderne. Nous pratiquions toujours le même 4-4-2, en déplacement comme à domicile, et l'équipe proposait un jeu très technique. Ce sont mes premiers grands souvenirs de T1 ". " C'est une grosse perte pour l'Union Belge que Jean Pol Spaute n'y assume pas un rôle en vue. Pendant longtemps, il a été un des rares membres du Comité exécutif à avoir un vrai passé de joueur. Mes premiers contacts avec lui remontent à l'époque où j'entraînais des jeunes de Lokeren : nous nous retrouvions parfois à des tournois à l'étranger. Quand Charleroi a dû trouver un nouvel entraîneur, Raymond Mommens (que j'avais dirigé à Lokeren) lui a signalé que je pourrais faire l'affaire ". " André Marchandise m'a invité pour discuter quand il était président de Liège. Il cherchait un entraîneur et a été honnête : -Eric Gerets est mon premier choix, vous êtes mon deuxième. Si Gerets avait refusé, j'aurais signé ". " Je n'ai pas assisté à l'aventure jusqu'au bout puisque je suis parti en janvier, de commun accord avec la direction. J'en avais assez que Lokeren vende chaque année ses meilleurs joueurs et doive recruter en D2. Ça peut marcher un temps mais pas éternellement. J'ai passé le relais à Wlodek Lubanski et je me suis ressourcé jusqu'en été ". " En 1994, j'ai failli retourner à Charleroi. Spaute et Gaston Colson m'ont dit que, si Georges Leekens n'acceptait pas leur offre, la place était pour moi. Mais Leekens l'a finalement prise. Je me suis retrouvé à Waregem en D2, après 10 saisons d'affilée en D1. Une chouette expérience. Avec une équipe presque entièrement louée, avec plein de jeunes, nous avons arraché le titre. Souleymane Oulare, Ngoy N'Sumbu et DavyCooreman étaient de l'aventure ". " Un entraîneur qui commence une saison sait qu'il a au moins une chance sur deux de ne pas aller au bout : c'est une statistique de notre D1. Il n'empêche qu'un C4 fait toujours mal. C'est une question d'honneur, d'amour-propre. Waregem m'a jeté en septembre alors que nous avions été champions de D2 quelques mois plus tôt. Le problème, c'est que l'équipe de D1 était moins forte que celle de D2 car la direction n'avait pas eu les moyens de conserver le noyau. D'ailleurs, Waregem est retombé en deuxième division, avec André Van Maldeghem. Mais je n'ai pas tout perdu dans l'aventure : Genk, qui avait échoué derrière Waregem la saison précédente, m'a directement engagé et ce fut le début de la grande histoire ". " Il m'a fallu un an pour les rendre complémentaires - sur le terrain et en dehors - à Genk. Mais une fois que la sauce a pris, ce fut fantastique. Souleymane Oulare est devenu un des meilleurs attaquants d'Europe. Et Branko Strupar avait une frappe de balle extraordinaire. Chacun de ses coups francs bien placés était pour ainsi dire synonyme de but ". " J'ai travaillé avec Bart Goor à Genk (j'étais moi-même allé le chercher à Geel), à Anderlecht et en équipe nationale. Un très grand joueur. Chaque fois qu'on a cru qu'il était fini, il est revenu et a fait taire tout le monde. Il peut briller sur l'aile, comme deuxième attaquant et même à d'autres postes. Il fait une superbe carrière. Je l'appréciais beaucoup dans son rôle de capitaine chez les Diables. Il disait à ses coéquipiers ce qu'il avait à dire, en prenant bien soin que ça ne sorte pas du vestiaire ". " Une journée mémorable, mon meilleur souvenir d'entraîneur. Tout le Limbourg était en ébullition, et si le Heysel n'avait pas été en travaux, on y aurait casé 50.000 personnes. C'était une belle finale : Bruges, champion, contre Genk, son dauphin. C'était une nouvelle étape dans la progression de mon club. Je l'avais repris en D2, nous étions montés, puis il y avait eu l'Intertoto, ensuite cette deuxième place et la Coupe. Pourtant, nous perdions chaque année un bon joueur. Un an avant la finale, Goor était parti à Anderlecht. Strupar était suspendu pour la finale. Au lieu de conserver deux pointes, j'ai posté Thordur Gudjonsson derrière Oulare. Ce fut une des clés du match. La saison suivante, il a fallu confirmer alors que Philippe Clement, Jacky Peeters et Davy Oyen étaient partis. Besnik Hasi, Juha Reini et Marc Hendrikx ont brillamment pris le relais et nous avons été champions malgré la folle remontée d'Anderlecht avec le duo Jean Dockx- Frankie Vercauteren ". " J'étais passé deux fois à côté du trophée avant de le recevoir en 1999. En 1987, j'avais qualifié Lokeren pour la Coupe de l'UEFA mais c'est Aad de Mos, champion avec Malines, qui avait été élu. Et en 1998, j'avais terminé deuxième derrière Gerets, champion avec Bruges. Il a fallu que je sois champion avec le Racing pour enfin triompher. Mes trois trophées consécutifs, qui correspondent à autant de titres (Genk puis Anderlecht), montrent que j'ai marqué une période du foot belge, mais je relativise aussi ces honneurs : on a bien plus de chances de s'imposer quand on entraîne Bruges, Anderlecht ou Genk, que La Louvière ou le Lierse ". " L'alliance presque parfaite de la taille et de la vitesse. Jan Koller gardait le ballon devant comme personne, c'était un target-man extraordinaire et il était bien plus fort techniquement qu'on ne le pensait. Tomasz Radzinski est sans doute le joueur le plus rapide avec lequel j'ai travaillé. Je ne vois qu' EmileMpenza pour le concurrencer sur les premières mètres d'un sprint ". " Un homme parfaitement correct, honnête. Roger Vanden Stock aurait été un président idéal pour la Fédération. L'homme de la situation. Comme beaucoup d'autres gens d'Anderlecht, il a souvent été critiqué sans raison. Mais il a la faculté de ne pas répondre. C'est rare ". " Alin Stoica est un joueur exceptionnel et un homme sensible comme la majorité des Roumains. C'est dommage qu'il n'ait pas réussi avec un talent pareil. On lui a souvent reproché de manquer de volonté : c'est archi-faux. L'explication de sa carrière ratée vient de ses problèmes physiques. Il court avec les pieds écartés, un peu comme un canard, et cela lui a valu des tas de blessures. Il a peut-être manqué de soutien dans les moments importants et il est sans doute parti trop tôt d'Anderlecht. Nous continuons à nous appeler chaque année, début janvier ". " Chaque fois que je regarde le DVD de cette campagne de Ligue des Champions, j'attrape des frissons. Cela a commencé par le 0-0 héroïque au troisième tour préliminaire à Porto. Tout le monde nous a enterrés après notre premier match de poule : la défaite 5-1 à Manchester. Mais la réaction d'orgueil des joueurs a été superbe : dans chacun des matches suivants, ils étaient obsédés par l'idée de démontrer qu'ils valaient mieux que cette claque. Ils ont compris que toute l'Europe les tenait à l'£il. Chez nous contre Manchester, nous aurions pu mener 3-0 après 10 minutes. Les Anglais ne savaient plus où ils étaient. Mais ce ne fut même pas notre meilleur match. La victoire 4-2 contre le Dynamo Kiev était encore plus belle. La dernière journée était décisive. A la 85e minute, Kiev et le PSV étaient qualifiés pour le deuxième tour. A la fin des rencontres, c'étaient Manchester et Anderlecht qui passaient. Le Sporting qui terminait premier de ce groupe terriblement relevé, c'était fantastique. Cette saison-là, nous n'avons fait que confirmer en championnat : une seule défaite, à Gand, avec un but de Mido Hossam... dans les arrêts de jeu ". " J'ai toujours dit qu'un Emile Mpenza bien entraîné, en forme, pas blessé, c'était un des meilleurs attaquants européens. Malheureusement, ce n'est pas arrivé souvent. N'essayez pas de me faire parler de mon prétendu conflit avec lui. No comment ! Ce n'est pas moi qui me suis accroché avec Emile Mpenza ". " Un grand président pour l'Union Belge. Et pourtant, on l'a énormément critiqué. Tout était toujours pour sa pomme. Un problème dans l'un des 2.200 clubs en Belgique ? La faute à Jan Peeters. Un jugement qui traîne à l'Union Belge ? La faute à Peeters. Est-il responsable si le système est... trop démocratique, avec une première instance, une chambre d'appel, une possibilité d'évocation et donc toute la lenteur que cela implique avant qu'on connaisse la sanction définitive d'un joueur ? " " On peut dire tout ce qu'on veut, moi je sais que nous étions très proches de la Bulgarie et de la Croatie. Mais nous n'étions pas prêts en début de qualifications alors que les Bulgares sont directement entrés dans le vif du sujet. Et les Croates ont terminé en boulet de canon. J'ai dû me débrouiller sans trois joueurs qui avaient décidé de quitter les Diables après le Mondial 2002 : Gert Verheyen, Marc Wilmots et Johan Walem. Je ne leur en ai jamais voulu : je préfère des gars qui disent honnêtement stop plutôt que des joueurs qui se plaignent dès qu'ils ne sont plus dans l'équipe de base. Le match en Bulgarie (2-2) a été le tournant de la campagne. Je ne parle pas seulement du penalty sur Mbo Mpenza non sifflé par Pierluigi Collina, je pense plutôt aux belles occasions que nous avons gâchées là-bas ". " Tout le monde disait qu'il fallait absolument gagner ce match, mais tout le monde ignorait que la Bosnie était une terreur à domicile. Il fallait pratiquer un jeu hyper dur pour avoir une chance mais mon équipe en a été incapable. N'oublions pas non plus que le grand bonhomme de notre victoire (4-1) contre la Bosnie à Bruxelles, Emile Mpenza, était absent au retour. Il avait gagné ce match pratiquement à lui seul. Pour moi, ce n'est pas là-bas que nous avons perdu nos dernières illusions. Dès le début de la campagne, après les résultats décevants à domicile contre la Lituanie et la Serbie & Monténégro, c'était déjà fameusement compromis ". " Je ne suis pas d'accord quand on dit que je suis sorti par la petite porte. Je n'ai pas été limogé. On n'a pas prolongé mon contrat : c'est différent. Après l'échec dans la course à l'EURO 2004, tous les médias avaient approuvé la prolongation de mon contrat. J'avais bien rajeuni le groupe, c'était apprécié. Mais tout le monde savait évidemment qu'en cas de non-qualification pour la Coupe du Monde 2006, je devrais faire mes bagages. C'est normal. Je rappelle simplement que l'Espagne et la Serbie & Monténégro avaient plus d'atouts que la Belgique. Un coach fédéral doit aussi pouvoir compter sur 80 ou 90 % des meilleurs joueurs de son réservoir pour les matches clés. J'ai rarement eu cette chance. Je continue à dire que, si l'on tient compte de nos moyens et des circonstances, le résultat final n'est pas si mauvais. Je crains toutefois que les prochaines années confirment mon pronostic : la Belgique n'a plus le talent d'autrefois. On ne peut surtout pas comparer la génération actuelle avec celle des années 80 ". " Dans ma tête, j'avais déjà tourné le bouton en quittant les Diables : entraîner, c'était fini. Et j'ai refusé plusieurs offres. Je pensais à un job de scout ou de directeur technique. Mais je suis revenu sur ma décision quand Lokeren m'a proposé de remplacer SlavoMuslin. J'ai habité à Lokeren, j'ai joué et j'avais déjà entraîné là-bas. J'ai donc repris du service en décembre, puis je n'ai plus tenu le coup que pendant un court moment en janvier. Je me suis senti mal. La tête et le corps ne suivaient plus. J'étais complètement vidé. Je n'avançais plus. J'avais des réactions anormales, je ne dormais plus, je n'arrivais plus à prendre du recul. Je me suis rendu compte que j'avais vécu comme un fou pendant plus de 20 ans et qu'il était temps de passer à autre chose. A ce moment-là, j'étais perdu pour tous les métiers. Finalement, la décision d'arrêter définitivement a été très facile à prendre. Je suis très satisfait de ma carrière. J'ai donné énormément au football mais il m'a rendu 100 fois plus. Je ne regrette absolument rien ". PIERRE DANVOYE