Mardi 22 mars 2016, à 7h58. En l'espace de quelques minutes, l'aéroport de Zaventem, havre de rêves et d'attentes, s'est mué en un enfer pour lequel même Dante n'aurait pas trouvé de mots. Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui ont fait exploser une bombe dans le hall des départs de Brussels Airport. Un troisième, l'homme au chapeau, MohamedAbrini, ne s'est finalement pas exécuté et a quitté les lieux. Les gens fuient, paniqués, blessés. C'est le chaos dans l'aéroport et ses environs.
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Mardi 22 mars 2016, à 7h58. En l'espace de quelques minutes, l'aéroport de Zaventem, havre de rêves et d'attentes, s'est mué en un enfer pour lequel même Dante n'aurait pas trouvé de mots. Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui ont fait exploser une bombe dans le hall des départs de Brussels Airport. Un troisième, l'homme au chapeau, MohamedAbrini, ne s'est finalement pas exécuté et a quitté les lieux. Les gens fuient, paniqués, blessés. C'est le chaos dans l'aéroport et ses environs. Plusieurs jours après l'attentat, ses traces sont encore visibles dans les rues de Zaventem : des chariots à bagages sont parqués dans des quartiers ou devant des cafés, reliques de l'apocalypse. Abandonnés par les nombreux voyageurs qui ont été bloqués à Zaventem, quand l'aéroport a temporairement fermé ses portes. Des habitants de Zaventem offrent un toit aux touristes, la commune transforme son hall sportif en centre de crise. Le club de football local, le KV Woluwé-Zaventem, alors actif en D3B répond présent, lui aussi. Il met la cantine et les vestiaires à la disposition des secours. " L'espace business à l'étage supérieur a servi de dortoir, surveillé par des soldats ", raconte la tenancière de la cantine, Marcella Annon. " On a apporté des tas de lits de camp et de couvertures. Le soir, les voyageurs pouvaient prendre un repas chaud à la cantine et le matin, ils recevaient un petit-déjeuner. Tout le monde pouvait se doucher dans les vestiaires. La plupart des gens ne sont restés qu'une nuit car les responsables de l'aéroport ont rapidement trouvé des solutions pour leur permettre de partir par d'autres aérodromes. En fait, tout s'est bien déroulé. Les habitants de la commune ont proposé leur aide spontanément, par exemple en apportant des nécessaires de toilette. Pareille solidarité réchauffait le coeur. Le week-end suivant, notre match à domicile s'est déroulé normalement, sans mesures spécifiques de sécurité. Tout ce dont je me souviens de ce match, c'est la minute de silence. Il y a peu de monde à nos matches, ce jour-là comme les autres. " Pas par peur, insiste Marcella. " Non, je n'ai guère remarqué de crainte, chez nos joueurs ou de la part des supporters. C'était beaucoup plus difficile pour le personnel de l'aéroport, qui devait reprendre le travail. Ici, dans les semaines qui ont suivi, on a beaucoup parlé de l'homme au chapeau car il s'était baladé dans tout le village en fuyant, sans qu'on le remarque et ensuite, il a fallu du temps pour le retrouver. " Le terrain principal et la cantine du KV Woluwé-Zaventem, né en 2003 d'une fusion entre le KVW Woluwé et le KVK Zaventem, sont à moins de 500 mètres du tarmac de Brussels Airport. En mai 2008, un Boeing 747 a failli atterrir sur le terrain en plein match, ce qui a suscité une fameuse panique. De fait, une catastrophe aérienne est une menace plus concrète que le terrorisme, pour les banlieusards. Les nuisances sonores perturbent également, plus que jamais, Zaventem et ses alentours. Les entreprises liées à l'aéroport n'en ont pas moins saisi la balle au bond. Ce n'est pas pour rien que, depuis des années, Brussels Airport et DHL sponsorisent le club de football. Hier, le 21 mars, on a d'ailleurs organisé un tournoi pour le personnel de l'aéroport et les diverses associations qui ont apporté leur aide lors de l'attentat du 22 mars et les jours suivants. Depuis l'été 2015, les relations entre l'aéroport et le club de football se sont pourtant fameusement refroidies. En juin 2015, le club est tombé aux mains d'hommes d'affaires bruxellois, Nusret Yagan et Avgin Akinci, actifs dans l'immobilier. Ward Ceuppens, un magnat local de l'agriculture qui avait injecté de l'argent dans Woluwé-Zaventem pendant des années et qui, échevin, jouissait du soutien de la commune, avait réalisé son rêve : promouvoir le club de provinciale en division deux. Mais, comme souvent, la réalité a pris la place de l'ambition. Le KVWZ s'est endetté et après une saison en D2 (2014-2015), il a retrouvé la D3. Plusieurs administrateurs locaux sont partis en même temps que Ceuppens et avec eux, le lien avec l'aéroport a disparu. Suite aux réformes du football belge, le club se produit cette saison en D2 amateur B, dont il est lanterne rouge. Sportivement, le club est en chute libre et la communauté locale ne s'y intéresse pas, les nouveaux dirigeants étant considérés comme des Bruxellois. La démission, l'année passée, de la sympathique et parfaitement bilingue présidente Carolina Fidan, la femme d'Akinci, n'a pas fait de bien à l'image du club. Le contrat de sponsoring avec l'aéroport arrive à terme cette année et ne sera sans doute pas prolongé. Pourtant, le club est financièrement sain, à l'heure actuelle, d'après Hayk Milkon, le bras droit de Nusret Yagan, entraîneur principal depuis le mois de novembre. " Nous avons été endettés et nous perdons pied sur le plan sportif. Il est donc logique que les sponsors soient prudents. Il nous appartient de refaire des résultats. Nous avons l'avantage de disposer de biens et de n'être pas dépendants de quelques sponsors. " " Monsieur Yagan considère le club comme un projet à long terme et veut jouer un rôle significatif en matière de formation des jeunes, dans la région ", poursuit notre interlocuteur. " Pour le moment, six jeunes du cru sont dans le noyau A et ce n'est qu'un début. " Les problèmes communautaires sont plus graves que la menace terroriste et les soucis financiers. Comme d'autres clubs des environs - Diegem, Kraainem, Grimbergen, Woluwé-Zaventem devient de plus en plus francophone, dans une commune flamande. Ce n'est pas la faute de l'homme fort du club, Nusret Yagan, dont les quatre fils sont formés par le club. " Il veille à ce que chacun, en catégories d'âge comme en équipe première, s'exprime le plus possible en néerlandais ", raconte Milkon. Le club a pris l'initiative de proposer des cours gratuits de néerlandais le mercredi après-midi, à la cantine des terrains des jeunes. Ils sont ouverts aux joueurs et à leurs parents. Avec pas moins de 22 équipes d'âge, le club possède toujours un énorme potentiel, comme le comprend Yagan, que les membres du club décrivent comme une personne travailleuse et pleine de bonnes intentions. " Sans lui et Akinci, il n'y aurait plus de club de football ici ", déclare le secrétaire Jaak Verheyen, un des rares vieux serviteurs de Woluwe-Zaventem. " En fait, les habitants de Zaventem devraient lui en être reconnaissants. " PAR MATTHIAS STOCKMANS - PHOTO BELGAIMAGE