P atrick Lefevere : " Notre début a été brillant. Servais Knaven a remporté une étape au Qatar, Paolo Bettini le Tour de Méditerranée et Johan Museeuw le Circuit Het Volk. Tirreno-Adriatico n'aurait pas dû nous échapper, puisque nous occupions les deux premières places mais une chute dans l'avant-dernière étape a tout bouleversé. Enfin, Bettini a été impérial à Milan-Sanremo.
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P atrick Lefevere : " Notre début a été brillant. Servais Knaven a remporté une étape au Qatar, Paolo Bettini le Tour de Méditerranée et Johan Museeuw le Circuit Het Volk. Tirreno-Adriatico n'aurait pas dû nous échapper, puisque nous occupions les deux premières places mais une chute dans l'avant-dernière étape a tout bouleversé. Enfin, Bettini a été impérial à Milan-Sanremo. Ensuite, la moitié de l'équipe est tombée malade avant le Tour des Flandres. La deuxième place de Frank Vandenbroucke était inespérée mais à Gand-Wevelgem, Bettini, notre leader pour les classiques suivantes, est encore tombé. Nous n'avons pas paniqué, même si sept de nos 24 coureurs ont fait défaut, victimes de fractures. Nous avons quand même pu aligner une équipe pour le Tour de Belgique. Un déclic s'est produit chez Michael Rogers, qui a vu Museeuw, Vandenbroucke et consorts se placer spontanément à son service. Il a poursuivi sur sa lancée, gagnant ensuite le Tour d'Allemagne et la Route du Sud. Pendant ce temps-là, les élus ont pu préparer le Tour. En 2000, chez Domo-Farm Frites, j'avais remarqué pendant le stage qu'il manquait quelque chose et de fait, nous avions raté notre départ. Ici, dès notre première réunion, en novembre, le courant est passé. J'ai insisté auprès des coureurs pour qu'ils ne déçoivent pas les sponsors. Je leur ai dit : - Pensez-y chaque matin, devant votre miroir. D'autres briguent votre place et la mienne. Richard Virenque, Bettini et Museeuw ont entraîné les autres ". " Notre mission était claire, au Tour : nous n'avons pas de sprinters ni de grimpeurs fantastiques, ni de coureur de classement, mais notre équipe est polyvalente. Il fallait mener une guérilla, attaquer chaque jour. Virenque et Bettini avaient entouré de rouge l'étape vers Morzine. D'aucuns pensaient que nous visions l'Alpe d'Huez, le lendemain. Il faut parfois abuser la concurrence. La forme de Virenque suscitait des interrogations. Moi, je lui avais donné carte blanche. Je ne voulais pas le juger avant le Tour. La seule chose qui m'a énervé et m'a incité à quitter la Suisse en auto pour aller le trouver, c'est de lire dans L'Equipe, " Mon équipe n'est pas à la hauteur ". Je lui ai rappelé qu'une équipe avait la force de son leader. Je lui ai maintenu ma confiance et il a fait preuve de verve le jour J. Si ça lui vaut un nouveau contrat ? Les cyclistes veulent toujours être rétribués en fonction des prestations de l'année précédente. En principe, on est payé pour bien rouler telle année. Virenque a honoré son contrat. Nous pouvons entamer les négociations pour la saison prochaine ". " Frank reste un homme à part, qui a besoin de plus d'attention que les autres. Si je n'avais pas d'emprise sur lui, il ne serait pas dans mon équipe. J'entretiens d'ailleurs d'excellentes relations avec SEM, son bureau de management, et avec son psychologue. Celui-ci m'a dit que j'étais le seul manager qui tolère sa présence. Connaissant Frank, je sais que l'euphorie de l'équipe au Tour, alors qu'il était malade et alité, l'a abattu, mais je considère que cette saison, il doit simplement redevenir un vrai coureur. Il a besoin de la Vuelta pour recouvrer son niveau d'antan. Il ne doit pas gagner le classement ni des étapes û même si ce serait bienvenu û mais souffrir et gérer les inévitables hauts et bas. Ensuite, il pourra se fixer sur le Mondial, auquel il pense depuis un moment" . " La prolongation de contrat de Michael Rogers, Patrik Sinkewitz et Jurgen Van Goolen me réjouit. Bram Tankink et Nick Nuyens ne sont pas aussi loin mais ils ne manquent pas d'atouts pour l'avenir. Van Goolen est bien en côtes et dans les contre-la-montre, même si je ne peux encore préciser ses limites exactes. Avant de devenir professionnel, il ne savait pas ce que signifiait rouler en peloton car il était toujours en tête. Il doit mieux choisir ses moments : au Tour de Suisse, il a attaqué dans la seule étape qui pouvait déboucher sur un sprint massif. Sinkewitz a des qualités comparables. Son caractère est différent. Il est nerveux mais est fait du bon bois. Cette saison, Rogers s'est bien débrouillé dans de petites courses a étapes. L'année prochaine, il devrait miser sur Paris-Nice. En début de saison, on peut se faire beaucoup de publicité. Il devrait progresser s'il roulait jusqu'en avril avant de se concentrer sur le Tour. On ne peut programmer ses coureurs mais Rogers suit les conseils qu'on lui donne. Lance Armstrong considère Rogers comme un de ses successeurs potentiels. J'espère qu'il a raison et que Rogers roulera toujours pour nous. Nous accordons le temps nécessaire à Michael. S'il a l'envergure requise pour les grands tours, il devrait émerger en 2006 ". " A la disparition de Team Coast, nos sponsors étaient prêts à faire un effort de plus pour enrôler Jan Ullrich mais, outre plusieurs personnes de son entourage û ce qui n'aurait pas constitué de problème û, il voulait emmener quatre coureurs allemands. Ça, c'était impossible et nous n'avions pas non plus envie de transférer Ullrich pour six mois. Il a donc opté pour Bianchi. Espérons que ce choix soit le bon à terme et que l'équipe trouve un co-sponsor. Beaucoup de sponsors raccrochent. En Espagne, c'est la panique. Oscar Sevilla, Iban Mayo, Francisco Mancebo, Juan Miguel Mercado ont tous pris contact avec nous en prévision de l'année prochaine. C'est éloquent. Mercado, devenu 25e au classement UCI, est un coureur d'avenir mais rien ne sera fait avant que le contrat ne soit sur mon bureau. La semaine dernière, Andrei Kasjeskin a mangé sa parole. Depuis qu'il est espoir, je m'occupe de lui, j'ai réglé son permis de séjour, payé ses stages, Yvan Van Mol l'a hébergé plus d'un an. Nous avions un accord verbal et voilà qu'il a signé au Crédit Agricole. Outre Mercado, nous voulons engager José Antonio Pecharromán, également numéro 25. Il a démontré sa classe à la Bicicleta Vasca et au Tour de Catalogne. La rapidité de sa percée a surpris beaucoup de gens mais ils ignorent qu'il y a deux ans, il a souffert de l'aine et que l'année dernière, il a été victime d'une lourde chute en début de saison. Ensuite, cette année, son père est décédé. Avec Mercado et Pecharromán, nous devrions pouvoir viser plus haut au classement d'un grand tour ". " Le forfait du sponsor des Juniors, Sweet paradise, tombe dur mais il faut s'occuper de l'avenir. Ce qui signifie que l'année prochaine, Quick Step-Davitamon aura une nouvelle équipe satellite, Bodysol-Brustor, en D2. J'ai un accord avec Nico Mattan, qui sera capitaine de la nouvelle équipe. J'aimerais un autre coureur du même calibre. Cinq ou six coureurs de Herman Frison, actuellement en D3, vont nous rejoindre. Pour former une équipe valable d'une douzaine de coureurs, nous songeons à Nico Sijmens, James Vanlandschoot et quelques autres. Je croise les doigts pour que tout marche aussi bien que lors des débuts de Quick Step-Davitamon, qui n'a pas eu de maladies d'enfance. J'ai l'intention de rendre Bodysol-Brustor totalement indépendant. Je veux une organisation. Tout le monde doit avoir le même vélo (ce qui ne semble pas important dans certaines équipes), il faut des stages et des tests médicaux sérieux aussi. Si un coureur émerge, j'espère qu'il n'oubliera pas ce que j'ai fait pour lui et qu'il accordera sa priorité à Quick Step-Davitamon ". Lefevere croit toujours en VDB !