"Et qu'est-ce qu'on fait si je suis sur la liste. Ce n'est quand même pas à moi de dire si j'étais bon ou mauvais ", dit Jan Mulder, soucieux de sa crédibilité. Mulder et Marc Degryse soupirent : l'exercice n'est pas facile. Mais à Zellik, les portes se referment impitoyablement derrière eux : elles ne s'ouvriront que lorsque nous aurons établi une liste des cinquante meilleurs joueurs belges et étrangers ainsi que des dix meilleurs entraîneurs belges et étrangers de tous les temps ayant oeuvré en Belgique.
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"Et qu'est-ce qu'on fait si je suis sur la liste. Ce n'est quand même pas à moi de dire si j'étais bon ou mauvais ", dit Jan Mulder, soucieux de sa crédibilité. Mulder et Marc Degryse soupirent : l'exercice n'est pas facile. Mais à Zellik, les portes se referment impitoyablement derrière eux : elles ne s'ouvriront que lorsque nous aurons établi une liste des cinquante meilleurs joueurs belges et étrangers ainsi que des dix meilleurs entraîneurs belges et étrangers de tous les temps ayant oeuvré en Belgique. JAN MULDER : Il y a une différence entre les cinquante meilleurs joueurs et les cinquante plus grands joueurs. J'estime que Van Himst est le plus grand joueur de l'histoire d'Anderlecht. Mais le meilleur, c'est Rensenbrink. La nuance est essentielle. Eric Gerets était le meilleur belge, de toute façon...MARC DEGRYSE ( il grimace) : En fait, Jan, tu veux dire qu' Olivier Deschacht était le plus grand mais pas le meilleur. MULDER : Oui. Enfin... non. ( il rit) En 2009, Paul Van Himst figurait à la première place de notre top 100 des meilleurs joueurs belges de tous les temps. Peut-on désormais le remplacer par Eden Hazard ou est-ce encore trop tôt ? MULDER : Mettez Hazard en un. Evincer Paul Van Himst n'est pas donné à tout le monde mais Eden Hazard l'a fait. Surtout qu'il est dix fois plus difficile de dribbler aujourd'hui que dans les années '60, lorsque les slaloms et le style de Paul impressionnaient tout le monde. Et Eden y arrive en Premier League, où ça joue quand même plus vite qu'à Seraing, au Klokke, au Kiel ou à Sclessin. Ça me fait mal au coeur de l'admettre mais il y a un jour où, même moi, ami et admirateur de Paul, je dois l'accepter. ( Solennellement) Donc, oui : Hazard premier.DEGRYSE : D'accord. Et ça fait un bout de temps que je le pense. Quand on voit comment il a conquis les coeurs. Même si, à l'époque de Paul, le football n'était pas mondialisé comme maintenant, la réputation des joueurs dépassait rarement les frontières. MULDER : Il y avait moins de foot à la télé mais Van Himst était quand même connu en Europe. Grâce à France Football. A l'époque, la presse sportive française avait beaucoup d'influence sur l'opinion publique en Europe. On surnommait tout de même Van Himst Le Pelé blanc. DEGRYSE : Hazard a tout de même quelque chose qui fait penser au meilleur joueur du monde, Lionel Messi. Cette accélération, balle au pied, cette façon de slalomer entre les adversaires. Il est pratiquement impossible de le suivre et on ne peut l'arrêter qu'en commettant la faute. Quand il fait quelque chose balle au pied, tout a l'air d'aller de soi. Et cela devant les yeux du monde entier, ce que Paul Van Himst n'a pas connu. Et puis, il y a sa personnalité. Il est toujours charmant et a peu d'ennemis. Quatre joueurs de notre présélection toujours en activité faisaient partie du dernier top 10. Peut-on encore placer Vincent Kompany à la deuxième place ou est-ce trop haut ? MULDER : Je me base sur la technique et, de ce point de vue-là, je ne peux vraiment pas placer Wilfried Van Moer et Paul Van Himst derrière Vincent Kompany. Ils doivent être devant. Van Moer était un très bon joueur, hein. Un médian de classe. Il avait peut-être même une meilleure frappe de balle que JanCeulemans. J'ai encore affronté Van Moer lorsqu'il était ailier droit à l'Antwerp. Jef Jurion a tenté de le faire venir à Anderlecht mais il a choisi le Standard. Kompany joue dans l'axe mais derrière la ligne médiane. Il me faut des jumelles pour le voir. DEGRYSE : Le football a tellement évolué qu'aujourd'hui, l'équipe qui veut être au sommet sur le plan mondial a besoin de bons joueurs derrière aussi. Et Kompany en est un mais pas suffisamment bon pour déboulonner Paul. Paul et Wilfried ont eu la malchance de jouer beaucoup en championnat de Belgique alors que Kompany peut étaler sa classe dans les plus grandes compétitions. C'est une lacune. Dans cette optique, je classerais également Kevin De Bruyne très haut car il apporte quelque chose de plus. Du flair. MULDER : Selon mes principes, De Bruyne, Van Himst et Van Moer ne peuvent pas être derrière Kompany. Rik Coppens non plus. Des virtuoses pareils derrière Kompany ? Je m'y oppose de toutes mes forces. Mais le Beerschot n'a jamais rien gagné avec Coppens tandis que Kompany cumule les titres. DEGRYSE : Coppens aurait-il pu briller au niveau international ? On n'en sait rien. MULDER : Hé, il a tout de même ridiculisé Santos et le Brésil. Coppens était un joueur formidable, hein. Coppens était-il une sorte de Hazard ? MULDER : Oui. DEGRYSE : Mais aurait-il été assez rapide, aurait-il eu suffisamment de profondeur pour briller dans le football moderne ? Car on peut se focaliser sur la technique mais ça ne doit pas être le seul critère. De la technique, Enzo Scifo en avait à revendre mais on s'est parfois interrogé à son sujet. La technique, c'est bien mais il faut aussi de l'efficacité. MULDER : Il y a les meilleurs joueurs, les plus grands joueurs, puis les légendes. Coppens était une vraie légende. Ici, on parle de la crème de la crème du football belge. DEGRYSE : Mais Kompany aussi. Et même sur le plan international. Il n'a pas réussi qu'à Anderlecht et avec les Diables Rouges mais aussi à Manchester City, Jan ! MULDER : Oui... mais derrière la ligne médiane. Moi, les joueurs que j'admire le plus, ce sont les joueurs comme toi, Marc. Donc, les défenseurs doivent se retrouver en bas de classement ? MULDER : Oui. Dommage pour eux mais c'est comme ça. Gerets est une légende mais il ne figure pas dans mon top 10. Moi, je juge uniquement sur la classe. J'ai joué avec Laurent Verbiest. Lui aussi évoluait derrière la ligne médiane. Au Brésil, on ne le connaît pas mais je le trouvais meilleur que Kompany. Dans ce classement provisoire, Verbiest est derrière Axel Witsel. Ça ne va pas. Et qui vois-je encore devant ? Michel Preud'homme et Jean-Marie Pfaff ! On ne peut pas comparer les meilleurs gardiens aux meilleurs joueurs. Etablissez un autre classement, les gars (il se tourne vers Degryse). Allez, Marc, on rentre, on arrête là. Laisse-les chercher. (il grimace) La meilleure chose qui soit, en football, c'est faire la différence en un éclair. La classe, le rayonnement, la légende... Tout ça ensemble. Et là, on ne discute même pas sur la première place de Hazard. DEGRYSE : Parce que c'est le plus talentueux et qu'il l'a montré au niveau international. Et, pour moi, Kompany est le meilleur défenseur belge de tous les temps. Mais je ne le mettrais pas à la deuxième place. MULDER : Non. Le deuxième, c'est Van Himst. Et est-ce qu'on ne doit pas encore mettre Kevin De Bruyne avant Kompany ?DEGRYSE : Kevin De Bruyne est unique. Sa façon de délivrer des assists, sa lecture du jeu... C'est rare. Si quelqu'un devait rivaliser avec Hazard pour la première place, ce serait davantage De Bruyne que Kompany. C'est quand même fou d'avoir un Belge qui fait des passes à la Cruijff. Pour moi, c'est même un des dix meilleurs joueurs du monde. Pour citer Pep Guardiola, je dirais qu'il a sa place à la table de Lionel Messi.MULDER : Je placerais aussi Raymond Braine. Je ne l'ai jamais vu jouer mais n'est-il pas le premier professionnel belge à avoir joué à l'étranger, au Sparta Prague ? A l'époque, Prague était l'épicentre du football européen : un tout grand club.DEGRYSE : C'était la première star professionnelle belge au niveau international. Il a ouvert la voie aux autres. Mais en 2018, je ne le mettrais quand même plus dans le top 10 du ranking belge. Sans doute un peu par manque de connaissance, je l'avoue. MULDER : Je manque aussi de connaissance mais j'ai du respect pour ce genre de joueurs. Pareil pour Coppens, que j'ai à peine vu jouer. On ne peut pas les comparer aux grands joueurs d'aujourd'hui. J'avais des centaines d'images de Hazard mais peu de Coppens. Donc, je juge un peu au sentiment.DEGRYSE : Combien de tes matches ont été diffusés en direct à la télévision, Jan ? Peu, je pense. Et c'était en noir et blanc. Aujourd'hui, on peut voir du foot tous les jours. Donc, on doit faire reculer Gerets, qui a tout gagné, alors que Lukaku n'est qu'à la moitié de sa carrière et figure déjà dans le top 10 ? DEGRYSE : Gerets était quand même limité techniquement et, comparé à beaucoup d'autres, on ne peut pas le mettre dans le top 10 des meilleurs joueurs. Si on établissait un top 10 des leaders et des personnalités, oui. Mais on ne peut pas le classer parmi les meilleurs joueurs. Désolé, Eric. Je préfère RomeluLukaku. Il n'a que 25 ans et est déjà le meilleur buteur de l'histoire des Diables Rouges. S'il poursuit de la sorte, il va inscrire 60 ou 70 buts. Celui qui regardera ce classement dans cinq ans et constatera qu'il n'est pas dans le top 10 dira : les gens qui ont décidé de cela étaient fous, ils ont mis Eric Gerets devant Lukaku. Le plus difficile, c'est de jouer en pointe. MULDER : Le jour où je suis arrivé à Anderlecht, les supporters présents ont dit : Chaque pierre de ce stade a été payée par Jef Mermans. Quand on dit cela de quelqu'un, ça signifie quand même quelque chose.DEGRYSE : Tu compares Mermans à Lukaku ? MULDER : Oui. Celui qui marque autant mérite un bon classement. Je suis un grand admirateur de Lukaku. Il doit être devant Mermans. Dans le top 10, donc. DEGRYSE : Je trouve aussi. MULDER : ( il regarde la présélection que la rédaction avait établie) Trois gardiens dans le top 20 ? Vous avez été gardiens vous-mêmes dans une autre vie ou quoi ? J'ai le plus grand respect pour Jean-Marie Pfaff, qui a joué pendant six ans avec le grand Bayern. Mais Thibaut Courtois devant Van Himst et Lukaku ? Soit, si vous voulez vraiment un gardien dans le top 10, mettez Courtois. DEGRYSE : Si on demandait l'avis des entraîneurs de gardiens, je pense qu'ils diraient aussi Courtois, pour sa présence et sa technique. Avant, on ne leur demandait pas de jouer au pied. Et Axel Witsel ? Dans le top 10 ? MULDER : ( il souffle) Witsel, bof... J'ai joué avec Jef Jurion, les gars. C'était un joueur déterminant dans l'entrejeu. Mais dans le classement provisoire, il est derrière Philippe Albert. Moi, je n'aimerais pas être derrière lui (il éclate de rire). DEGRYSE : Et qui doit-on encore mettre devant moi, Jan ? MULDER : Jurion et Verbiest, en tout cas. Des joueurs légendaires. Jurion était le leader du groupe, tu sais. Dans le vestiaire comme sur le terrain. Il veillait à tout. DEGRYSE : Comme Witsel ? Indispensable à l'équilibre de l'équipe. MULDER : Selon moi, Witsel est moins un leader. En tout cas, il n'est pas meilleur que Jef. Quand Witsel jouait au Zenit et à Benfica, il m'énervait parfois. Je trouvais qu'il ne se montrait pas assez. Il est capable de beaucoup mieux que de jouer les brise-lames. Avant qu'il aille à Dortmund, je ne l'avais jamais admiré. Maintenant bien. Il rejoue comme il le faisait au Standard, il va de l'avant et il le fait bien, je trouve. Je ne m'y attendais pas. DEGRYSE : Alors OK, mettez Verbiest et Jurion devant moi. MULDER : Ça va Marc, tu n'as pas besoin d'un soutien psychologique ? DEGRYSE : Ça ira, Jan, merci. Je vois qu' Erwin Vandenbergh n'est pas loin du top 20. Il a inscrit beaucoup de buts mais Raoul Lambert aussi, non ? C'était quand même le grand bonhomme du Bruges de la belle époque ? N'a-t-il pas été désigné meilleur joueur du Club de tous les temps ? MULDER : Dries Mertens entre la 30e et la 50e place, ça ne va pas : il doit être mieux classé. DEGRYSE : Oui, c'est trop bas. Il a sa place dans le top 25. Et on ne peut pas non plus laisser Lambert derrière Lei Clijsters. Mertens doit être classé plus ou moins comme moi. Il a eu une autre carrière mais je pense que j'étais un peu le même genre de joueur que lui.MULDER : Odilon Polleunis était aussi un joueur comme Marc. Un technicien. Il a d'abord joué à Saint-Trond puis au RWDM mais, en équipe nationale, on a très peu fait appel à lui car il jouait à la même place que Van Himst.DEGRYSE : Pour moi, Daniel Van Buyten a sa place dans cette liste mais dans la première moitié. Il est quand même le deuxième Belge, après Gerets, à avoir remporté la Ligue des Champions. MULDER : Je pense que c'était plus grâce aux joueurs qui l'entourait. Vous savez qui, selon moi, était un bon défenseur ? Nico Dewalque, le libero du Standard. Un joueur de classe, toujours bien placé, doté d'une bonne technique. Contre lui, je ne faisais jamais grand-chose. Il trouvait toujours la solution. Pour moi, il était meilleur que Walter Meeuws, par exemple, même s'il était un peu sûr de lui. Il pensait qu'il était le meilleur. Arrogant, mais dans le bon sens du terme. DEGRYSE : Tous ces défenseurs sont des joueurs qui ont tiré le meilleur d'eux-mêmes mais point de vue classe intrinsèque... C'étaient des bosseurs, ils se sont imposés davantage grâce à leur mentalité qu'à leur talent. Dries Mertens joue quand même beaucoup mieux au football que Georges Grün. Et Luc Nilis doit aussi remonter au classement. MULDER : Mettez-le avec Marc. D'ailleurs, ils formaient un beau duo. DEGRYSE : Et Roger Claessen, Jan ? MULDER : C'était aussi un joueur qui avait de l'allure. Il était décisif avec le Standard, comme Lambert avec le Club Bruges. Claessen était plus mobile, même si les bars de Liège ont gagné plus d'argent grâce à lui que ceux de Bruges avec Raoul ( il éclate de rire). DEGRYSE : Alors, le meilleur attaquant de pointe ? MULDER : Mermans, Lambert, Claessen, dans cet ordre. Mettez Mermans en 9, c'est un numéro qui lui va bien. Claessen a quand même un peu brûlé la chandelle par les deux bouts. Et ensuite, Erwin Vandenbergh. DEGRYSE : Il marquait facilement, il a été meilleur buteur européen avec le Lierse. Techniquement, c'était peut-être l'avant de pointe le plus raffiné, le meilleur finisseur. Il surgissait toujours au premier poteau. Mais il dépendait trop des ballons qu'on lui donnait, il n'arrivait pas à faire la différence à lui tout seul. MULDER : Je peux encore suggérer un Anderlechtois ? Pierre Hanon doit absolument faire partie de la liste. Et Wilfried Puis, qui jouait plus haut, mérite aussi un bon classement. C'était peut-être le meilleur extérieur gauche d'Europe, après Francisco Gento. Après sept ou huit ans, Anderlecht l'a échangé contre Robby Rensenbrink. Il est parti à Bruges et Rob est venu chez nous. Nous trouvions cela bizarre. Pour nous, c'était une trahison. Puis était tellement fort. Mais Rensenbrink marquait davantage. Et on parle d'une autre catégorie. Comme pour Hazard, il n'y a pas de discussion quant au numéro un du classement des 50 meilleurs étrangers à avoir évolué en Belgique ? MULDER : Robby Rensenbrink était un extérieur gauche de gala. Surtout au Parc Astrid. Il choisissait toujours le bon côté. Comme Hazard, mais en plus séduisant encore. Un ailier gauche qui marque vingt buts par saison, c'est rare. Rensenbrink a offert deux Coupes d'Europe à Anderlecht. Il possédait les pieds les plus raffinés que j'aie jamais vu. La classe mondiale. Il trouvait toujours un petit trou, même dans les défenses les plus compactes du pays, et il marquait. J'aimais le voir retourner tranquillement dans son camp, sans explosion de joie. DEGRYSE : Il était à la fois efficace et stylé. Et puis, il a brillé au plus haut niveau avec l'équipe nationale hollandaise. Il y a vraiment des similitudes avec Hazard, même si celui-ci est encore plus rapide. Rensenbrink, était surnommé le Serpent, car il slalomait plutôt entre les défenseurs avec son pied gauche, un peu comme un skieur. MULDER : Un très bon étranger, c'était Asgeir Sigurvinsson, le meneur de jeu du Standard dans les années '70. Quelle frappe de balle ! Wlodek Lubanski était très fort aussi, tout comme Milan Galic, du Standard, sur le flanc gauche. Quelle qualité de passe et de centre ! DEGRYSE : Dans le top 3, il faut aussi placer Juan Lozano, plus que Simon Tahamata. MULDER : Preben Larsen a également sa place dans ce classement. Et Jean-Pierre Papin, c'était un bon, non ? Je vois qu'il a inscrit beaucoup de buts. Mais Larsen me semble meilleur que lui. DEGRYSE : En matière de créativité, certainement. Jean-Pierre a eu une belle carrière mais il courait et il tirait. Ce n'était pas un joueur très raffiné. Avant la Coupe du monde au Mexique, à la mi-temps d'un match, il m'a demandé combien de buts j'avais marqué. Eh bien moi, le gamin, j'en avais marqué plus que lui. Il m'a dit qu'il allait me dépasser. Il était jaloux de moi. Et puis, il n'a joué qu'un an en Belgique. MULDER : Je pense que Mbark Boussoufa a eu plus d'impact que Papin sur le football belge, non ? DEGRYSE : Mbark a sa place dans le top 20, au même titre que Pär Zetterberg. MULDER : N'oublions pas Arie Haan. C'était une plaque tournante, tant à Anderlecht qu'au Standard. Et quelle carrière, avec de nombreux titres ! Mais ne le mettez pas devant moi, hein ( il rit) ! Et Ulrik le Fèvre, avec ses magnifiques passes de l'extérieur du gauche. Lui, il doit être dans le top 10.DEGRYSE : Jan Mulder aussi, non ? MULDER : Je pense que oui ( il rit). Mais bon, ta proposition arrive un peu tard. Allez, mettez moi juste en dehors du top 10. Trop tard, Jan. MULDER : Il y a tellement de bons joueurs ( il parcourt la présélection). Juan Carlos Oblitas, qu'est-ce qu'il m'a fait rêver, y compris avec le Pérou. Yaya Touré n'est devenu bon qu'après avoir quitté la Belgique. DEGRYSE : Un joueur fantastique, pour moi, c'était Edhem Sljivo, du FC Liège. Si on parle de vrais numéros 10, c'en était un.MULDER : N'oubliez pas les attaquants, messieurs. Je vois le nom de Johnny Bosman mais Ruud Geels était meilleur. Il a inscrit 120 buts avec l'Ajax et 30 buts dans tous les clubs par lesquels il est passé. C'était davantage un voleur de buts que Bosman. J'admirais aussi Jan Koller(rêveur). Quelle belle femme il avait ! Ça en dit long sur les attaquants, hein, ça (il rit). Et Antal Nagy, le Hongrois du Standard, qui jouait avec Galic. Quel beau joueur. Sorry hein Marc mais ici, on parle des vrais grands joueurs ( il s'esclaffe). Et Louis Pilot, votre bête noire du Standard, Jan ? MULDER : Pilot n'a pas sa place dans ce classement. Je l'aimais bien, mais après le match. Pas pendant. Quelle crapule, dis ! Je n'ai jamais supporté des comportements aussi scandaleux sur le terrain. A l'opposé, on avait Kurt Axelsson, qui fut aussi mon adversaire direct. Un joueur très correct. Très dur mais sympa. Vous savez qui était bon ? Pummy Bergholtz, mon ancien compagnon de chambrée à Anderlecht. Par la suite, nous avons eu des petits problèmes. Un jour que je ne jouais pas parce que mon père était décédé, il a marqué de la tête et propulsé Anderlecht en finale de la Coupe d'Europe contre Arsenal. L'entraîneur a alors estimé que c'était moi qui devais jouer la finale. Gerard râlait. Mais c'était un ailier formidable. DEGRYSE : Autant d'années après, c'est bien de pardonner, Jan. Qui étaient les meilleurs entraîneurs belges ? MULDER : Pour moi, cette catégorie est inutile. Que leur demande-t-on ? Paul Van Himst disait toujours que son rôle consistait à maintenir une bonne ambiance et à constituer une bonne équipe. Et il y arrivait, hein. Hein Vanhaezebrouck doit-il être classé avant Paul Van Himst ? MULDER : Non. Le palmarès a plus de poids dans la carrière d'un entraîneur que dans celle d'un joueur. Donc, Van Himst avant Vanhaezebrouck. Il a gagné une Coupe d'Europe, hein ! DEGRYSE : Et Guy Thys a quand même signé un parcours incroyable avec les Diables Rouges, qu'il a qualifiés pour quatre grands tournois d'affilée, de l'Euro 1980 à la Coupe du monde 1986. Plus un beau come-back en Coupe du monde en 1990. Ça fait cinq. MULDER : Thys à la deuxième place, ça ne fait aucun doute. DEGRYSE : Puis Eric Gerets. Champion avec le Lierse, avec le Club Bruges et avec des clubs étrangers. MULDER : Gagner la Coupe d'Afrique, comme Hugo Broos l'a fait, c'est costaud aussi. Et les meilleurs entraîneurs étrangers de Belgique ? MULDER et DEGRYSE : ErnstHappel certainement. Ivic et son football total ? Ses idées à part, comme mettre les meilleurs joueurs derrière ? MULDER : Oui mais quand il entraînait l'Ajax, avec sa triple couverture, il n'y avait plus que 6000 spectateurs. Il était vraiment très défensif. Je trouve Sinibaldi meilleur que Sollied et plus fort qu' Ivic car il a su faire éclore une équipe de jeunes joueurs, comme RinusMichels l'a fait à l'Ajax à l'époque de Cruijff. Où placez-vous Roberto Martínez ? MULDER : Je trouve que ce que Martínez a fait en Coupe du monde a plus de valeur que la première victoire européenne d'un club belge sous Hans Croon.DEGRYSE : Avec une génération aussi talentueuse, Preud'homme ou Vanhaezebrouck auraient pu faire ce que Martinez a fait : il a surtout veillé à ce que les joueurs soient contents et à ce que chacun joue à sa place. Mais bon : il l'a bien fait.