Fin août 1995. Le nouveau championnat de Belgique en est à sa deuxième journée. Marc Degryse, qui a quitté Anderlecht, dispute un premier match amical avec son nouveau club, Sheffield Wednesday. Degryse joue bien, il fait circuler le ballon rapidement, il approvisionne proprement ses partenaires et il marque. Pourtant, l'homme qui l'a enrôlé, le manager David Pleat, est not amused. " Il doit comprendre que je ne l'ai pas transféré pour qu'il fasse de belles passes aux autres. Bon dieu, il doit tenter sa chance lui-même et avoir la volonté de marquer. S'il continue comme ça, il devra se battre pour sa place. Marc est intelligent, bien élevé, c'est un bon footballeur, mais un international doit d'abord se mettre en avant et pas se mettre au service des autres. " Pleat avait déjà transféré un Belge en Angleterre quand i...

Fin août 1995. Le nouveau championnat de Belgique en est à sa deuxième journée. Marc Degryse, qui a quitté Anderlecht, dispute un premier match amical avec son nouveau club, Sheffield Wednesday. Degryse joue bien, il fait circuler le ballon rapidement, il approvisionne proprement ses partenaires et il marque. Pourtant, l'homme qui l'a enrôlé, le manager David Pleat, est not amused. " Il doit comprendre que je ne l'ai pas transféré pour qu'il fasse de belles passes aux autres. Bon dieu, il doit tenter sa chance lui-même et avoir la volonté de marquer. S'il continue comme ça, il devra se battre pour sa place. Marc est intelligent, bien élevé, c'est un bon footballeur, mais un international doit d'abord se mettre en avant et pas se mettre au service des autres. " Pleat avait déjà transféré un Belge en Angleterre quand il était manager de Tottenham : Nico Claesen. " Une perle, un énorme talent, mais, malheureusement pour lui, un bon gars prêt à se sacrifier. J'avais un autre avant, Clive Allen. Il était paresseux, ne travaillait pas. J'ai donc placé Claesen à son service. Je le regrette toujours. Mais il aurait dû se rebeller et se défendre. " Degryse n'a pas rejoint Parme ni l'AS Rome, qui s'étaient renseignés, alors que la Serie A était alors le Walhalla du football. Il a préféré la nouvelle Terre promise : l'Angleterre. C'est là que se trouve l'argent, depuis la fondation de la Premier League en 1991. Blackburn Rovers, Nottingham Forest et Leeds United forment le top cinq avec Manchester United et Liverpool. En 1995, on compte sur les doigts d'une main les footballeurs belges actifs dans une des grandes compétitions : Philippe Albert à Newcastle, Luis Oliveira à Cagliari, Enzo Scifo à l'AS Monaco et Luc Nilis au PSV. C'est que l'arrêt Bosman, qui va instaurer la libre circulation des footballeurs au sein de l'UE, n'a pas encore été prononcé. Il le sera quatre mois après le départ de Degryse et ouvrira les frontières. En attendant, outre Degryse, seuls deux Belges quittent notre D1 cet été-là : Didier Frenay part de Charleroi pour Linz, en Autriche, et Garry de Graef, un médian de l'Antwerp, émigre aux Pays-Bas, à Helmond Sport, en D2. David Pleat n'a payé que deux millions d'euros pour Degryse, affirme-t-il. " Je me suis rendu en Belgique, car Degryse est une occasion, selon les normes britanniques, et que nous voulons gérer prudemment notre argent. " Degryse le sait. Il le raconte dans son appartement, en périphérie, où il reçoit ses invités belges avant de poser pour le photographe. " Ce que le club a payé pour moi est une dépense courante en Angleterre. Ça ne fait même pas la Une des journaux. Ici, personne ne sait qui est Degryse, à part quelques connaisseurs. Je dois repartir de zéro. Personne ne me reconnaît en rue, les supporters demandent qui est ce nouveau joueur. La semaine passée, un journaliste m'a téléphoné. Il m'a demandé si j'avais déjà joué en équipe nationale. Je lui ai répondu : quelques fois. " Degryse, qui a déjà participé à deux Coupes du monde avec les Diables rouges, en rit. Il a opté pour l'argent plutôt que pour le projet sportif. " Le football européen va me manquer, bien sûr. Comme je remarque que les restaurants sont moins bons ici qu'en Belgique, mais je ne suis pas venu à Sheffield pour me régaler tous les jours. " Après une année en Angleterre, il tire ses conclusions : les défenseurs sont catastrophiques, incapables de relancer le jeu. Ils balancent le ballon en avant, sans regarder. Pleat voulait développer un jeu plus continental grâce à Degryse. Il n'en est rien. Degryse a des raideurs au cou à force de voir tous ces hauts ballons. Il se demande parfois ce qu'il voit. Comme quand le manager envoie l'équipe une semaine à Marbella, en pleine saison, pour s'amuser. Consterné, il voit ses coéquipiers siffler des bières jusqu'à six heures et demi du matin, au pub. Il quitte donc Sheffield, qui n'est qu'un club très moyen, et choisit un nouveau projet sportif, au PSV. Quelques années auparavant, il avait eu des contacts avec l'Ajax, sans suite. " Il fallait d'abord que Jari Litmanen s'en aille, m'avait dit Louis van Gaal en personne. "