Mardi, Stany Gzil et d'autres anciennes gloires du football polonais ont disputé un match amical contre d'anciennes vedettes de la Mannschaft, à Dortmund, en souvenir de la demi-finale du WM 1974. Sous une pluie battante, l'Allemagne avait éliminé une Pologne techniquement supérieure. Elle avait été sacrée championne du monde et la Pologne avait emporté la médaille de bronze, un exploit qu'allaient rééditer Zibi Boniek et Cie en 1982.
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Mardi, Stany Gzil et d'autres anciennes gloires du football polonais ont disputé un match amical contre d'anciennes vedettes de la Mannschaft, à Dortmund, en souvenir de la demi-finale du WM 1974. Sous une pluie battante, l'Allemagne avait éliminé une Pologne techniquement supérieure. Elle avait été sacrée championne du monde et la Pologne avait emporté la médaille de bronze, un exploit qu'allaient rééditer Zibi Boniek et Cie en 1982. Le Mondial asiatique a été une catastrophe. La Pologne n'a pas marqué le moindre but et a été éliminée au premier tour. Cette fois, les qualifications se sont bien déroulées. La Pologne a gagné huit matches et en a perdu deux, face à l'Angleterre, vainqueur de son groupe. Meilleure deuxième, la Pologne s'est qualifiée pour l'Allemagne, pour le plus grand bonheur des nombreux Polonais émigrés mais leur joie a duré jusqu'à vendredi dernier, 22 h 30. La moitié des quelque 40.000 Polonais se hâtait déjà pour rentrer à la maison mais seul le noyau dur applaudissait ses joueurs. L'Equateur, battu 3-0 dans une joute amicale en Pologne il y a quelques mois, s'est révélé trop fort dans tous les secteurs. Les Polonais les plus optimistes décelaient des points positifs, comme des tirs sur le poteau et un but annulé injustement sur présomption de hors-jeu (le premier cas du tournoi). Mais aucun n'a remis en question la victoire de la phalange sud-américaine. Le scénario 2002 semble se répéter, à moins d'un miracle ce mercredi soir contre l'Allemagne, à Dortmund. Gzil, un ancien international polonais qui vit depuis 27 ans en Belgique, n'est absolument pas surpris : " Presque tous les internationaux évoluent à l'étranger mais jamais dans de grandes équipes. Cela veut dire qu'ils ont un bon niveau continental, sans atteindre celui de GregorzLato, Boniek, Andrzej Szarmach... Ceux-là avaient la classe mondiale. Les joueurs actuels doivent s'appuyer sur leur esprit d'équipe. Ils y sont parfois arrivés en éliminatoires. Ils ont formé un vrai bloc et se sont sublimés. Du coup, les attentes ont cru ". Cela n'explique pas tout. A l'exception de deux joueurs, l'arrière droit UlisesDe La Cruz (Aston Villa) et le médian Luis AntonioValencia (Huelva), les Equatoriens évoluent dans leur pays ou au Qatar, qui ne sont pas précisément synonymes de compétitions relevées. Il faut donc chercher l'explication ailleurs... Gzil : " La Pologne a posé sa candidature pour l'EURO 2012, en collaboration avec l'Ukraine. Parce qu'elle a besoin de grands stades. Ensuite, trois ou quatre équipes sont riches et prospères, en Pologne. Amica Wronki, qui a fusionné avec Lech Poznan, Wisla Cracovie, Legia Varsovie. Celles-là peuvent embaucher des étrangers et les meilleurs Polonais. Les autres rament et n'ont pas d'argent à consacrer à la formation. Ce n'est pas un drame car le football coule dans le sang des Polonais, comme dans celui des Yougoslaves. Eux non plus n'ont pas les moyens de former des jeunes mais ils continuent à en produire. Les Polonais sont des battants et peuvent compenser leurs éventuelles carences techniques par leur caractère ". Du moins en Europe, quand le niveau n'est pas trop élevé. On croirait entendre une historie belge. Zbigniew Boniek a été sélectionneur après le Mondial 2002, mais en février 2003, il a cédé sa place à son ancien coéquipier de Lodz et de l'équipe nationale, Pawel Janas. Trois ans plus tard, il a épuisé son crédit. Fin avril, sans crier gare, Janas a démoli le climat serein dans lequel baignait l'équipe en écartant deux grands noms : JerzyDudek et Tomasz Frankowski. Le premier a gagné la Ligue des Champions avec Liverpool, le second a marqué sept buts pendant les éliminatoires. La presse a attaqué le sélectionneur. Lorsque son premier choix comme gardien, ArturBoruc (Celtic) a gaffé contre la Colombie, le public a embrayé. Gzil : " A la télévision polonaise, je n'ai entendu que des discussions, des critiques et des attaques avec une seule cible : l'entraîneur. Un idiot selon les uns, un gros cou qui ne se laisse influencer par personne selon d'autres ". En attaque, il a sélectionné PavelBrozek, auteur de treize buts en championnat de Pologne, et IreneuszJelen, qui en a marqué huit. Janas avait peut-être raison de s'entêter. Vendredi, Brozek et Jelen ont fouetté les montants, ce que n'avait jamais fait Maciej Zurawski. Quant à Frankowski, comparable à l'avant du Celtic dans son jeu, il n'est pas un avant-centre. Les joueurs étaient déçus de la réaction du public. Gzil : " C'est comparable au sentiment qui animait Zinédine Zidane suite aux réactions des Français. Les Polonais étaient soulagés de quitter le pays pour l'Allemagne ". Janas a sans doute commis une erreur capitale. Il a organisé un stage en Suisse, où l'équipe a travaillé très dur. Les joueurs les plus chevronnés, nom-breux, puisque le noyau compte beaucoup de joueurs nés dans les années 70, ont eu du mal à digérer ces séances. Ils en sont revenus les jambes lourdes et vendredi, ils n'avaient pas encore retrouvé leur fraîcheur. Ce sera peut-être le cas maintenant : en 1974, le premier tour n'avait pas été brillant, mais ce n'est pas garanti. Les scouts belges qui assistaient au match vendredi afin de jauger leur prochain adversaire en qualifications pour l'EURO pourront-ils travailler sur base de ce match ? Gzil : " Si le Mondial tourne bien, la plupart des footballeurs restera en équipe nationale. Si le tournoi est un fiasco, Janas sera limogé et on formera une toute nouvelle équipe ". PETER T'KINT, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNe