L'avocat Andy Matthijs, qui était une sorte de mini-procureur fédéral dans les divisions inférieures du football, a démissionné dans le cadre de l'Opération Mains Propres. Stefan Van Loock, le porte-parole de la fédération, l'a confirmé à Sport/Foot Magazine.
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L'avocat Andy Matthijs, qui était une sorte de mini-procureur fédéral dans les divisions inférieures du football, a démissionné dans le cadre de l'Opération Mains Propres. Stefan Van Loock, le porte-parole de la fédération, l'a confirmé à Sport/Foot Magazine. Pendant l'instruction de l'Opération Mains Propres, le parquet fédéral a transmis 35 documents du dossier pénal au coordinateur de l'enquête de l'UB, Ebe Verhaegen. Ces pièces comprennent des extraits des entretiens téléphoniques menés par Dejan Veljkovic. La justice avait placé le GSM du manager-maison du Malinois sur écoute. Parmi ces 35 documents, il y a un procès-verbal de la police judiciaire reprenant une conversation entre Veljkovic et Matthijs. Ce dernier n'était pas seulement un mini-procureur fédéral mais aussi l'employeur, dans son cabinet, de Marija Bogojevska, la partenaire de Veljkovic. La conversation téléphonique entre Veljkovic et Matthijs a eu lieu le 24 janvier 2018, le lendemain du match STVV-Malines. L'avant malinois Fatos Beqiraj, un joueur faisant partie du portefeuille de Veljkovic, avait été exclu pour avoir décoché un coup de coude. Malines, qui luttait alors contre la relégation, devait affronter Mouscron, Anderlecht et Eupen. Le PV paraphrase la conversation entre Veljkovic et Matthijs comme suit : " Dejan dit que ça a été un week-end de merde. Dejan dit qu'un joueur a reçu une carte rouge. Il dit qu'Andy doit négocier pour le joueur qui a été exclu. Dejan demande qu'il puisse encore jouer un match contre Mouscron puis qu'il soit suspendu pour un match plus un autre avec sursis. Sinon, ça ira mal pour Malines. Suspendre contre Anderlecht. Andy doit revoir les images pour voir ce qui s'est exactement produit. Eupen est un match important. Il se déroule le 10 février et est décisif. Andy est en route pour Bruxelles et va rappeler. Il va aviser. " 14 minutes après l'entretien, Veljkovic téléphone à Herman Stijlemans. Début 2018, c'est lui qui accompagne les joueurs de Malines à Bruxelles quand ils doivent comparaître. Le 24 janvier, Stijlemans sait déjà que le parquet fédéral propose un accord à l'amiable de trois semaines de suspension à Beqiraj. Le résumé du PV établi d'après la conversation téléphonique entre Veljkovic et Stijlemans révèle que Matthijs a déjà pris contact avec le club : " (...) Andy a téléphoné à Herman et espère pouvoir gagner une semaine de suspension. Ce sera un miracle s'il peut réduire la sanction de deux semaines ou même d'une. Il veut obtenir un sursis mais ce sera terriblement difficile. (...) Andy peut cependant contribuer à inspirer positivement les membres du jury. " Peu après, Veljkovic rappelle Matthijs. " Andy dit qu'Herman doit interjeter appel contre la proposition de suspension. " Stijlemans s'exécute. Malines se rend à la fédération. Le 30 janvier 2018, Beqiraj, assisté par Stijlemans, écope d'une suspension effective de deux journées. Le même jour, à 18h26, Veljkovic et Stijlemans se retéléphonent. Il ressort de la conversation que Stijlemans ne va pas non plus accepter la suspension de deux matches et envisage d'envoyer Beqiraj à Bruxelles avec Matthijs, la prochaine fois. Le PV : " Herman va suivre le conseil d'Andy (Matthijs) et interjeter appel. Andy va essayer d'aider et Herman cède volontiers sa place. D'après Dejan, Andy ne doit pas le faire puisqu'il est juge dans ce jeu (sic), étant aussi à la fédération. Andy doit se contenter de bavarder. Il est procureur fédéral pour les séries inférieures. Herman a une chance si le procureur adoucit sa position. Andy doit essayer de savoir qui sera le procureur et lui parler. "Le 2 février 2018, Gilles Blondeau demande confirmation de la décision contestée, au nom du parquet : deux matches de suspension. Il est partiellement suivi : l'avant malinois écope bien d'une suspension de deux matches en appel mais d'un coup, il y a sursis pour la seconde journée. La sanction de Beqiraj - peut-être par hasard - est donc celle qu'avait en tête Veljkovic. Stijlemans, qui ne travaille plus pour Malines, affirme ne pas se souvenir d'une quelconque intervention de Matthijs dans le dossier. " Il est bien possible qu'il ait été contacté. Matthijs était le conseiller de Malines dans beaucoup de choses. Mais il n'est absolument pas question d'un quelconque jeu d'influence. " Van Loock insiste sur le fait que Matthijs n'était pas membre du parquet fédéral de l'UB, qui est compétent pour le football national. Matthijs travaillait à l'échelon inférieur, pour la fédération Voetbal Vlaanderen (VV), qui dispose de son propre parquet mais est évidemment étroitement liée à sa coupole, l'UB. Le siège principal de VV est également situé avenue Houba De Strooper, à la même adresse que l'UB. Dès que la fédération a eu vent de cette affaire, Matthijs a été retiré du service actif par VV. " Il a ensuite rapidement démissionné ", déclare Van Loock. Matthijs a envoyé un courriel à Sport/Foot Magazine : " A cette occasion, on m'a demandé mon avis, en ma qualité d'avocat. Le terme revoir se réfère au visionnage des images de la phase de jeu concernée. Sur base de ma connaissance des règlements et des précédents, j'ai estimé que l'accord à l'amiable était trop dur. Le simple fait que j'ai eu raison souligne la qualité et la justesse de mon avis. Le fait que j'aie travaillé à un niveau inférieur au sein de la fédération est hors de propos. On ne peut pas peser sur la prise de décisions des instances juridiques indépendantes de l'URBSFA. Je n'ai jamais tenté de l'influencer. J'ai démissionné pour des raisons professionnelles. Je ne souhaitais pas que des insinuations de la presse nuisent à moi-même ou à la fédération. Jamais mon intégrité n'a été entachée." Des avocats de parties qui se trouvaient dans leurs petits souliers, comme Malines, se sont emparés du cas Beqiraj pendant le traitement disciplinaire du volet match-fixing de l'Opération Mains Propres par la commission des litiges d'appel de la fédération. Ils se sont empressés d'établir un lien entre Veljkovic et le parquet fédéral. Toutefois, la commission n'a pas fait mention de l'incident Beqiraj dans son jugement final. Détail piquant : c'est la même commission qui a prononcé la suspension définitive de Beqiraj. Un des trois arbitres a même siégé au procès du match-fixing et dans l'appel de Beqiraj : André Deruyver. Il avait jugé le coup de coude de Beqiraj avec Thierry Walbrecht et Wim Mertens. L'incident Beqiraj a été très embêtant pour le procureur fédéral Kris Wagner et Ebe Verhaegen, qui représentaient le parquet fédéral à la commission des litiges. Il a été suivi d'un deuxième : l'intervention discutable d'un avocat défendant l'AFC Tubize. Le club, qui plaidait la relégation de Malines en D1 amateurs, avait été défendu dans un stade préliminaire par Wiet Goris. Mais lors de l'avant-dernière séance, Goris a été flanqué d'un certain Fabrice Vinclaire. D'un coup, Tubize avait donc deux plaidoyers. Celui de Vinclaire, un francophone qui a sorti son meilleur néerlandais pendant cinq minutes, n'a rien apporté au discours de Goris. Ce qui est étrange, c'est qu'avant la séance, Vinclaire a bavardé avec Wagner. Ça a fourni une photo qui suggère que les deux hommes se connaissent. D'autres avocats, qui avaient gardé leurs distances avec Wagner, ont épinglé l'image. A leur profonde consternation, les conseillers de Malines ont ensuite découvert sur le profil LinkedIn de Vinclaire qu'il était actif à l'UB. Vinclaire est en fait premier substitut du Procureur de l'Association des Clubs Francophones de Football (ACFF), le pendant francophone de Voetbal Vlaanderen, section Brabant wallon-Bruxelles. Le siège de l'ACFF est également situé avenue Houba De Strooper et dépend de l'UB. D'un coup, donc, l'avocat d'une des parties pouvait - au moins en apparence - être lié à l'instance qui poursuivait l'instruction. Malines s'est cabré. Mais pourquoi Wagner et Verhaegen ne sont-ils pas intervenus pour signaler un problème potentiel ? Selon leurs dires, parce qu'ils ne connaissaient pas Vinclaire. La fédération rappelle qu'il y a une séparation entre le niveau national et les niveaux inférieurs, VV et ACFF. Van Loock : " Il n'y a jamais eu le moindre lien organisationnel ou autre avec l'instance chargée de la poursuite. " Vinclaire lui-même ne voit pas ce qui pose problème. Il parle " d'une tempête dans un verre d'eau ". " Je m'occupe des suspensions au niveau provincial. On m'a demandé de siéger bénévolement dans ce parquet provincial. J'ai accepté à une condition : pouvoir rester avocat. Ce n'était pas un problème. Ce jour-là, je me suis rendu à la séance de la commission des litiges d'appel à la demande d' Olivier Martins, l'avocat de Tubize. Goris ( dépêché par Martins puisqu'il est néerlandophone, ndlr) ne pouvait être présent un après-midi. Goris est arrivé cinq minutes avant que ce soit le tour de Tubize. C'est pour ça que nous avons plaidé tous les deux mais il n'a jamais été question d'un quelconque conflit d'intérêts. Notre point de vue sur le sort de Tubize n'était d'ailleurs pas le même que celui de Wagner, qui demandait simplement que Malines reste en 1B. La discussion née de mon intervention n'est pas reprise dans la décision de la commission." Et la fameuse photo ? " Elle a été prise quand je me suis présenté à monsieur Wagner, que je rencontrais pour la première fois. Je me présente toujours quand je plaide quelque part. C'est une forme de respect. " Wagner, qui limite ses réactions dans la presse, après concertation avec la fédération, n'a pas réagi à Sport/Foot Magazine, qui lui demandait sa réaction.