Alain Bettagno fêtera ses 31 ans le 9 novembre prochain. Même s'il est professionnel depuis l'âge de 16 ans, c'est très tôt pour se retrouver en Promotion, comme c'est le cas depuis qu'il a accepté de lier sa destinée à celle du Royal Excelsior Dison Verviers.
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Alain Bettagno fêtera ses 31 ans le 9 novembre prochain. Même s'il est professionnel depuis l'âge de 16 ans, c'est très tôt pour se retrouver en Promotion, comme c'est le cas depuis qu'il a accepté de lier sa destinée à celle du Royal Excelsior Dison Verviers. "Oui, je sais, c'est bas et je ne remonterai sans doute plus jamais la pente", dit-il. "J'ai fait mon temps, mon compte en Belgique est réglé. J'ai commis une erreur en quittant la France pour revenir à La Louvière alors que mon épouse m'incitait à continuer l'aventure dans un pays où nous nous plaisions beaucoup et où je restais sur une bonne saison avec Gueugnon. Mais c'est le passé et j'ai envie de continuer à jouer au football, en Provinciale s'il le faut, à condition que je m'amuse toujours et que l'intention de construire quelque chose soit présente, comme c'est le cas à Verviers". Toujours bénéficiaire d'un an de contrat à La Louvière, il aurait pourtant pu s'asseoir dans son fauteuil et attendre que son salaire lui soit versé chaque mois. Après une aventure liégeoise qui s'est mal terminée (il a été écarté du noyau à six semaines de la fin du championnat), qu'est-ce qui a donc bien pu le pousser à opter pour un club en sursis comme Verviers? "Dès que mes ennuis à Liège ont commencé, Etienne Delangre m'a proposé de venir m'entraîner avec Verviers, ce que le président Evrard a refusé pour une prétendue question d'assurance. Etienne est un ami de quinze ans et, pour avoir suivi son club l'an dernier, j'avais l'intime conviction qu'il devait monter en D3, ce qui aurait été le cas s'il n'avait été lésé par la fédération. Entre-temps, l'ASBL qui gérait le club a été mise en liquidation mais on m'a assuré que nous ne disputerions pas le championnat pour rien -NDLA : Ce qui n'est pas tout à fait exact comme l'explique notre encadré-. Je sais aussi que, l'an dernier, les joueurs ont été payés avec six mois de retard et qu'ils attendent encore une partie de leur argent mais je constate que les dirigeants ne les laissent pas tomber et font tout pour tenir leurs engagements. Ils savent aussi que le groupe s'est toujours montré solidaire dans la difficulté et, aujourd'hui, ils veulent leur renvoyer la balle". Fâché avec Grosjean.Les ennuis liégeois auxquels Bettagno fait référence sont-ils liés à l'arrivée au Pairay de Marc Grosjean, un entraîneur avec qui il s'était ouvertement disputé à La Louvière? "Sa première décision fut de m'interdire de m'entraîner avec le groupe, alors que j'avais largement participé aux sept huitièmes du championnat et que je n'avais loupé pratiquement aucun entraînement. En début de saison, après la blessure de Roland Velkeneers, Claudy Dardenne m'avait même nommé capitaine pour encadrer ce groupe de gamins de 19 à 22 ans. Par la suite, je suis devenu meilleur buteur et meilleur passeur du club. Je sais que Grosjean raconte que ce n'est pas lui mais la direction qui a pris la décision de m'écarter parce que je me serais disputé deux jours plus tôt avec un supporter qui avait invectivé ma femme et mes gosses à l'entraînement mais je n'en crois pas un mot. Il est vrai que, ce jour-là, on m'avait interdit de disputer une rencontre amicale à Oreye alors que le lendemain, j'avais pu m'entraîner normalement. De toute façon, même si c'est la vérité, cela en dit long sur la gestion d'un club où un type qui passe son temps à s'en prendre à la famille des joueurs a plus de poids que le capitaine de l'équipe et que des entraîneurs qui changeaient, en moyenne, tous les cinq matches et demi..." Même sans l'arrivée de Grosjean, Bettagno ne serait sans doute pas resté à Liège, où il était pourtant sous contrat pour une saison encore. Notamment parce que sa relation avec les supporters de Liège ne fut jamais très cordiale. "Cela, j'en étais sûr à 100% avant même de m'engager mais c'est le lot de tout joueur connu, surtout lorsqu'il a joué dans un club rival. Mais ce qui m'irritait encore le plus, c'était de voir que les gens réagissaient de la même façon avec des gamins de 19 ans". On ne peut pourtant pas dire que le Sérésien ne mouillait pas son maillot. Mais on attendait peut-être un Bettagno plus technique. "D'abord, pour cela, il aurait fallu que le ballon parvienne un peu plus souvent dans mes pieds", assure-t-il. "Ensuite, c'est vrai, j'ai perdu de ma vitesse et j'essayais de compenser en allant à la castagne. Le problème, c'est qu'avec tous ces changements d'entraîneurs, il n'y avait aucune cohésion, aucun système et aucune confiance. Certains joueurs étaient complètement ignorés pendant six semaines puis on les repêchait soudain. Comment voulez-vous qu'ils soient en forme dans ces conditions? Sans parler des gars qui devaient absolument jouer parce qu'ils représentaient un espoir de plus-value pour le club, d'un groupe séparé en deux vestiaires ou des joueurs qui souhaitaient le retour de Bernard Wégria comme entraîneur. Dans ces conditions, personne ne voulait plus jouer pour personne". "Je dérange"Il pense que c'est ce franc-parler qui lui a valu de ne pas recevoir d'autres propositions que celle de Verviers. "En football, quand on dit les choses telles qu'on les pense, ça ne va pas. Mais moi, je ne sais pas faire la p... et je dérange des gens qui pensent pouvoir tout dire à tous alors qu'ils n'ont jamais joué au football. Or, dans ce petit monde où tout le monde se connaît, quand on crée un problème autour d'un joueur, il lui est très difficile de passer outre les préjugés. A La Louvière, j'ai sans doute eu ma part de torts mais à Liège, je me suis acquitté de la tâche qu'on m'avait fixée, malgré les pièges. Et si le club s'en est tout même sorti, c'est parce qu'il y avait de la qualité dans le groupe, pas parce qu'un mage a débarqué,... même s'il faut reconnaître qu'il a remis de l'ordre, comme n'importe qui d'un peu sensé l'aurait fait". Ne s'était-il pas juré, après sa mésaventure avec Marc Grosjean, de ne plus jamais travailler avec un ami comme entraîneur? "J'ai eu une discussion avec Etienne Delangre à ce sujet", dit-il. "Il est l'entraîneur, c'est lui qui prend les décisions et je ne veux pas être mêlé à cela. Cela ne nous empêchera évidemment pas d'aller jouer au golf ensemble, d'autant que nous ne sommes pas des professionnels". Après avoir fait du football son métier pendant quinze ans, Alain Bettagno ne craint cependant pas de découvrir l'amateurisme. Au contraire, cette perspective semble l'enchanter. "Le football, ce n'est pas toujours une question d'argent. Le plaisir a toujours beaucoup compté pour moi et, depuis mon retour de France, je dois bien dire que je n'en avais plus éprouvé autant qu'à Verviers. Je joue avec des gars qui ont un boulot pendant la journée et viennent se détendre le soir à l'entraînement, ce qui ne les empêche pas de se donner à fond. Le groupe compte d'autres anciens professionnels, comme Pierre Drouguet, Thierry Raskin, Jean-Marie Abeels. Des gars qui ne vivent pas avec leur passé mais qui savent de quoi il en retourne. D'ailleurs, si je deviens un jour entraîneur, j'essayerai avant tout de donner du plaisir à mes joueurs. Je serais plus fier qu'on dise cela de moi que de faire carrière coûte que coûte, en écrasant les autres". Même s'il est encore sous contrat avec La Louvière, dont il tient à souligner la correction, il s'apprête lui aussi à se lancer dans le monde du travail. "Un ami brasseur m'a proposé de bosser avec lui", explique-t-il. "Je vais également participer à Foot 2000, l'école des jeunes de Benoît Thans qui fait un malheur en province de Liège" .Patrice Sintzen