La voiture bardée d'autocollants AEC Mons est dans l'allée du garage : c'est, à peu de choses près, le seul lien visible existant toujours entre le club et Marco Casto. Trois jours avant la reprise des entraînements et le départ en stage pour les renforts et ceux qui ont la chance d'être toujours tolérés, le seul joueur à avoir fréquenté les quatre clubs hennuyers de D1 a des questions plein la tête. Ses seules certitudes : un avenir bouché à Mons mais û heureusement û un contrat d'une saison encore que le club devra assumer.
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La voiture bardée d'autocollants AEC Mons est dans l'allée du garage : c'est, à peu de choses près, le seul lien visible existant toujours entre le club et Marco Casto. Trois jours avant la reprise des entraînements et le départ en stage pour les renforts et ceux qui ont la chance d'être toujours tolérés, le seul joueur à avoir fréquenté les quatre clubs hennuyers de D1 a des questions plein la tête. Ses seules certitudes : un avenir bouché à Mons mais û heureusement û un contrat d'une saison encore que le club devra assumer. Il y a un an, en arrivant de Mouscron, Casto (32 ans) était persuadé que l'Albert serait son dernier club professionnel. Ce pronostic risque fort de se vérifier, mais le joueur ne se doutait pas que le match Charleroi-Mons de mai 2004 serait sans doute son tout dernier chez les pros. Deux jours avant cet entretien, il a reçu un courrier du club. " On m'invite à me présenter au centre d'entraînement le 5 juillet ", lâche-t-il. " Je ne sais pas avec qui je vais devoir m'entraîner, ni dans quelles conditions. C'est le flou ". Marco Casto : Comme tous les joueurs, je suis passé dans les bureaux de la direction deux jours après le dernier match de championnat. On m'a dit que Sergio Brio ne comptait plus sur moi. Dès qu'il est rentré en Belgique, je suis allé le trouver. Il m'a dit que cette décision ne venait pas de lui. J'en suis sûr. Il m'a toujours dit qu'il me défendrait jusqu'au bout. Mais il n'est pas le seul décideur. Sans aucun doute. Depuis ma toute première seconde à Mons, je sais que je n'y suis pas le bienvenu. J'ai directement compris qu'il y avait plus d'anti-Casto que de pro-Casto dans le club. Bonne question. Je suis persuadé que Marc Grosjean et Jean-Claude Verbist me voulaient. Mais Verbist m'avait vite mis en garde en me disant que je n'étais pas apprécié par certaines personnes. Comme il n'y a pas 36 administrateurs à Mons, j'ai compris tout de suite : le président Dominique Leone ne m'aimait pas. En décembre, vous avez révélé qu'il existait une liste noire depuis le début de la saison et que mon nom y était inscrit. Cela ne m'a pas du tout étonné. Pour tout dire, j'ai même été surpris de jouer autant de matches la saison dernière û NDLA : 21 . Il y a plusieurs mois que j'ai dit à mon épouse : -Je ne serai plus à Mons l'année prochaine. Malgré mon contrat en cours. Nos conversations se sont toujours limitées à -Bonjour et -Au revoir. Les seules fois où je le voyais, c'était quand il descendait dans notre vestiaire à la mi-temps. Le plus drôle, c'est une anecdote du début de saison. Il est venu serrer la main de chaque joueur avant un match amical, puis a dit : -Tiens, Marco Casto n'est pas encore arrivé ? Alors qu'il m'avait serré la pince 30 secondes plus tôt. Je ne suis ni Paolo Maldini, ni Diego Maradona, mais ceux qui suivent un peu le foot belge me connaissent quand même. Non, je ne crois pas. Dominique Leone est un novice dans le football et je pense qu'effectivement, il ne m'avait pas reconnu. C'est très compliqué à Mons. Sergio Brio comptait sur moi. Le responsable sportif Geo Vanpyperzeele et Leone ne voulaient pas entendre parler de moi et avaient d'autres priorités, mais ils ne pouvaient pas imposer tous leurs joueurs dans l'équipe. Alors, tout le monde faisait des compromis. Brio alignait quelques-uns de ses favoris, quelques hommes de Leone et quelques autres de Vanpyperzeele. C'est comme ça dans ce club. Non. Mais il parvenait quand même à imposer certains de ses choix. Par exemple, il ne faisait jamais jouer Eric Joly, qui était pourtant un des protégés de Leone. Moi, j'estime que Mons aurait parfaitement pu utiliser l'expérience de Joly, de Zoran Ban et de Casto quand tout allait si mal au deuxième tour. Mais il n'y a que 11 places dans une équipe et il est donc impossible de faire jouer tous les joueurs qui plaisent à X, à Y et à Z. Son discours a toujours été très franc. J'ai perdu du jour au lendemain ma place de titulaire, après le premier match du deuxième tour (victoire 3-0 contre le Germinal Beerschot). Brio m'a dit que le championnat était long et qu'il comptait encore sur moi mais qu'il devait composer avec les anti-Casto. Il était clairement pris entre deux chaises. Moi, je trouve qu'il a été courageux en m'alignant aussi souvent alors qu'il y avait autant d'anti-Casto. D'un point de vue purement sportif, j'ai en tout cas le sentiment de ne pas avoir démérité. Quoi que certains en pensent. Je n'ai pas été le meilleur au premier tour, mais pas le plus mauvais non plus. C'est regrettable. Quelque part, j'avais compris que Brio le préfère à moi car j'étais peut-être trop offensif pour cette équipe qui devait absolument prendre des points. El Araichi est un pur produit du club, il a 23 ans et symbolise l'avenir de Mons. Mais tout cela ne compte pas. Et on viendra nous casser les oreilles avec de beaux discours sur la formation... Dans le même ordre d'idées, les gens de Mons viendront aussi donner des cours de professionnalisme. On n'entendait plus que ça : -Le club est hyper professionnel. Et on nous reprochait alors, en début de saison, d'aller promener en ville entre les entraînements. Mais il n'y avait aucun local pour les joueurs. Aucun ! Qu'aurions-nous dû faire ? La sieste dans nos voitures ? N'importe quoi. Il faut être réaliste : il a encore un an de contrat, et quel club donnerait un million d'euros pour un Wamberto ? J'aimerais bien le savoir. Je suis dans le flou. Si un club s'intéresse à moi, je suis incapable de l'éclairer sur ma situation. En tout cas, ce serait grave de réclamer un seul petit euro après ce qu'on m'a fait. Son cas illustre parfaitement tout ce que je viens de vous expliquer. Brio compte sur lui mais Vanpyperzeele ne l'estime plus bon à rien. Tout serait tellement plus facile à Mons si tout le monde tirait sur la même corde. Je l'ai lu dans les journaux mais il n'y a rien eu du tout. Pourquoi pas ? Je ne me fais de toute façon plus d'illusions pour une place en D1. Les contrats qu'on propose aujourd'hui sont de plus en plus ridicules. On ne m'obligera pas à être pro à 300 % pour 1.500 euros bruts par mois. Je préfère alors aller travailler. Ma vie va peut-être commencer à 35 ans. Une chose est certaine : je ne me prostituerai pas pour rester en première division. Il me reste un bon contrat d'un an à Mons et je pèserai le pour et le contre avant de quitter ce club. Ce qui m'arrive est plus facile à accepter à 32 ans qu'à 25. J'ai bien gagné ma vie dans le foot. Je ne suis pas millionnaire mais j'ai une marge. Je sais d'où je viens, j'ai pris des claques et je suis conscient qu'il y a plus malheureux que moi. Complètement. J'ai l'âge que j'ai, j'habite à 20 minutes de Mons : pas de problème... Le plus dur, c'est de ne pas participer à une campagne de préparation pour la première fois depuis 15 ans. Le parfum des stages et des entraînements va me manquer mais c'est la vie. C'est mal emmanché, non ? A trois jours du départ en stage, il n'y a qu'une dizaine de joueurs dont trois gardiens et des jeunes qui ont encore tout à prouver. Il faut encore en trouver 12 ou 13 alors que tout le monde est en pleine préparation. Pourquoi n'annonce-t-on pas de transferts ? Parce que Leone, Brio et Vanpyperzeele veulent tous imposer leurs choix et qu'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord. Les supporters se posent plein de questions : ils ont raison, non ? Bien sûr. Je serai là pour le premier match et je pourrai regarder tout le monde dans le blanc des yeux. Certains en seront incapables. Je sais ce que j'ai fait : j'ai participé au sauvetage de ce club. Et les deux abonnements auxquels j'ai droit pour la saison prochaine, j'irai les chercher... Pas sûr : on m'installera peut-être sur un toit ou l'autre (il rit)... Pierre Danvoye" Depuis ma toute première seconde ici, JE SAIS QUE JE NE SUIS PAS LE BIENVENU "