Frédéric Herpoel (33 ans en août) n'a plus de contrat, plus de club, mais il garde le sourire et le sens de l'humour : " Ça fait longtemps que je n'avais plus eu d'aussi longues vacances. Ça me change des étés où La Gantoise me rappelait d'urgence aux entraînements pour jouer des matches d'Intertoto alors que j'étais théoriquement encore en congé, vu que j'avais fait les devoirs de fin de saison avec les Diables ". Le ton, cynique, est donné. Cette année encore, Gand disputera l'Intertoto, mais ce sera sans son gardien montois, " jeté comme une m-- " et qui ne digère toujours pas les événements récents.
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Frédéric Herpoel (33 ans en août) n'a plus de contrat, plus de club, mais il garde le sourire et le sens de l'humour : " Ça fait longtemps que je n'avais plus eu d'aussi longues vacances. Ça me change des étés où La Gantoise me rappelait d'urgence aux entraînements pour jouer des matches d'Intertoto alors que j'étais théoriquement encore en congé, vu que j'avais fait les devoirs de fin de saison avec les Diables ". Le ton, cynique, est donné. Cette année encore, Gand disputera l'Intertoto, mais ce sera sans son gardien montois, " jeté comme une m-- " et qui ne digère toujours pas les événements récents. Pour venir à l'interview, Herpoel a emmené son propre enregistreur ! " Je suis tellement marqué et déçu par ce qui vient de se passer à Gand que j'ai appris à ne plus faire confiance à personne, c'est difficile pour moi de croire encore quelqu'un dans le monde du football ". Il a aussi pris le courrier qu'il a trouvé dans sa boîte le 19 juin en rentrant de vacances. Cette lettre signée par le manager du club, Michel Louwagie, l'informe qu'il est dispensé des entraînements qui reprennent le 20, qu'il ne doit plus se présenter à La Gantoise même s'il y est toujours sous contrat jusqu'à la fin juin. " C'est une façon bizarre de mettre fin à une collaboration de 10 ans, non ? Dans la presse flamande, on a osé signaler que cette lettre ne m'interdisait pas de retourner aux entraînements. Lis un peu : c'est clair, quand même ! " Frédéric Herpoel : Bien sûr. Quand j'étais en vacances, mon manager, Freddy Luyckx, a appelé le président Ivan De Witte pour lui dire que je serais présent vu que j'avais l'obligation contractuelle de m'entraîner avec Gand jusqu'au 30. De Witte lui a répondu : -J'y compte bien et je serai très content de le revoir. On pourra ainsi à nouveau discuter car pour moi, la porte n'est pas fermée. De Witte m'avait donné sa parole en janvier. Nous avions un accord de principe pour une prolongation de deux ans aux mêmes conditions que dans mon ancien contrat. Un contrat qui n'avait pas été adapté depuis six saisons, d'ailleurs. Il a dit récemment dans la presse que nous avions simplement un accord sur la durée mais que le volet financier n'avait jamais été évoqué. Restons sérieux : quel footballeur et quel président se contentent de négocier la durée sans aborder le salaire ? C'est risible. De Witte a ensuite osé ajouter que je réclamais le gros pactole et que je prenais mes rêves pour des réalités. Là, je ne suis plus... Il dit qu'on n'a pas parlé d'argent puis affirme que j'en demandais trop. Il n'y a plus rien de cohérent. Je ne peux pas accepter ses déclarations. J'ai toujours été reconnu comme un gars extrêmement honnête. La preuve ? Mes pairs viennent de m'attribuer le Prix du Fair-play ! (Il hausse les épaules). Je suis profondément déçu par Ivan De Witte. Je n'avais jamais imaginé qu'il me traînerait ainsi dans la boue. Pour moi, il avait toujours été un homme de parole, il n'avait jamais mangé ses promesses. A mes yeux, un accord verbal avec lui valait bien plus qu'un contrat en bonne et due forme. Un type qui a un gros business dans les ressources humaines et qui avale ainsi sa parole, c'est étonnant. Nous avions souvent signé très tard mais cela ne voulait pas dire que les discussions étaient difficiles. Dès le moment où il me donnait sa parole, j'étais tranquille. Cette fois, il s'est certainement laissé influencer par d'autres. C'est toi qui le dis... Il m'avait toujours dit qu'il avait le dernier mot concernant toutes les grandes décisions, mais bon... Comment a-t-il pu accepter qu'on m'avertisse par recommandé que je ne pouvais plus m'entraîner à Gand ? Un coup de téléphone aurait été plus opportun. Quand le club était dans la tourmente, quand il avait besoin d'un conseil, il n'hésitait pas à m'appeler. Il aurait dû m'informer dès janvier que Gand ne souhaitait pas continuer avec moi. Entre-temps, j'ai négligé toutes les propositions qu'on m'a faites, vu qu'il était clair à mes yeux que je re-signerais à La Gantoise. Maintenant, les entraînements ont repris partout et je me retrouve comme un con ! Aucun, et je n'en ai pas besoin. Le club auquel j'ai tout donné m'a traité comme un moins que rien, comme une m--, la pilule ne passe pas. Etre jeté comme ça après 10 ans, tu imagines ? Louwagie a déclaré récemment qu'il envisageait de faire quelque chose en cours de saison pour me remercier. Non merci, ça me fait trop rire, ce serait du réchauffé. Je passe un message aux supporters : j'organiserai moi-même une fête et j'y inviterai les gens que j'aurai envie de voir. J'étais très proche du public, j'étais le seul joueur à repasser systématiquement à la buvette des supporters les soirs de matches, après l'escale imposée dans l'espace VIP. J'ai toujours dit que je préférais le champagne des ouvriers : la bière. C'est une question d'éducation. J'entraînais des jeunes du club gratuitement, alors qu'on ne me demandait rien. Et j'allais voir les tournois de gamins, là où aucun dirigeant ne prenait le temps de se montrer. Je voulais revoir des supporters, saluer mes coéquipiers et des gens qui travaillent pour le club. J'y suis resté une vingtaine de minutes puis je suis remonté dans ma voiture. Non, aucun n'était là. De toute façon, je ne tenais pas à les voir. Si De Witte vient demain vers moi pour me parler, je lui répondrai qu'il peut dire ce qu'il veut, que je ne le crois de toute façon plus. Ce serait logique que je refuse le contact avec un type qui m'a chié dans les bottes. Je suis dans le foot professionnel depuis suffisamment longtemps pour savoir qu'il n'y a pas que les aspects sportifs qui entrent en ligne de compte quand on fait un noyau. Les gens qui suivent le foot de près connaissent le système. Mais je n'ai pas envie d'en dire plus. Il y a la loi du sport : si tu es mauvais, tu dégages. Mais je n'ai pas l'impression que j'étais si mauvais. Je viens encore de terminer dans le Top 3 du classement du Gardien de l'Année. Ce sont les joueurs qui votent : ils n'y connaissent rien, alors ? A côté de cela, il y a la loi du fric. Louwagie vient de déclarer que le budget de Gand allait augmenter pour la saison prochaine : de 8,4 à 9,2 millions. Mais il n'y a plus de place pour moi dans le noyau ! Au club, on disait aussi que Georges Leekens était très cher. Il est parti et on a recruté d'un coup trois entraîneurs : Trond Sollied, Chris Van Puyvelde et Cedo Janevski. Ces trois-là doivent être bien plus chers que Leekens, hein ! Je n'y comprends plus rien. Il y a un truc qui me fait bien rire, en tout cas : après le départ de Leekens à Lokeren, De Witte a dit que cet entraîneur avait mangé sa parole car il avait promis qu'il resterait à Gand. Et De Witte, qu'est-ce qu'il a fait avec moi ? C'est l'histoire de l'arroseur arrosé. C'est un scandale. Je ne demandais pas un euro de plus par rapport à mes anciens contrats. Je le jure sur la tête de qui tu veux. Je suis dégoûté qu'on cherche à me coller une étiquette de joueur cher. Si Gand a réussi à me payer pendant toutes les années où ses finances allaient mal, un club sain doit pouvoir m'engager sans problème... Oui, c'était après les déclarations d'Ivan De Witte, qui me traînait dans la boue en disant que je demandais la lune. Il n'a pas été diffusé. Je l'avais aussi fait parvenir aux deux principaux journaux flamands : Het Laatste Nieuws et Het Nieuwsblad. Eux non plus ne l'ont pas publié. Je me pose des questions. (Il pince les lèvres). Je n'ai pas dit ça. Mais le lendemain du jour où j'avais envoyé ce communiqué, Louwagie changeait de tactique. Il me remerciait publiquement pour tout ce que j'avais apporté à La Gantoise. Bizarre... Je suis entré dans l'histoire du club. Je suis le joueur qui a disputé le plus de matches de D1 avec La Gantoise. J'y ai été le premier capitaine wallon. J'y suis devenu un enfant du pays. C'est ça, ma fierté. Tout à fait. Johan Boskamp, Trond Sollied, Patrick Remy, Georges Leekens comme entraîneurs. Et avec les coéquipiers que j'ai eus, je pourrais former une sacrée équipe : Ole-Martin Aarst, Cédric Roussel, Marc Degryse, Gunther Schepens, Frank Dauwen, Jacky Peeters, Ivica Dragutinovic, Mbark Boussoufa, Wouter Vrancken, Alin Stoica, Dario Smoje, Christophe Grégoire, Thomas Chatelle, etc. C'est pour cela que je suis encore plus déçu. Quand le bateau menaçait de couler, je suis toujours resté à bord. J'ai toujours rempli mon rôle sur le terrain et en dehors. Aujourd'hui, les finances se portent beaucoup mieux mais on m'éjecte. Enfin bon, on considère peut-être que je ne suis pas assez bon pour participer aux grandes ambitions... Evidemment. C'est un très grand entraîneur. Je rappelle au passage que quand il a signé pour Bruges à quatre matches de la fin du championnat 1999-2000 et que la direction de Gand voulait le virer sur-le-champ, j'ai sauvé sa tête. Avec Schepens, nous lui avons demandé l'autorisation de quitter l'entraînement pour aller plaider son maintien dans le bureau de Louwagie et De Witte. Grâce à cela, il a pu rester jusqu'à la fin de son contrat. Je pense que mon sort était déjà scellé quand il est revenu à Gand. De toute façon, je ne peux pas garantir qu'il aurait demandé ma prolongation. Le foot est tellement un monde de voraces et de rapaces. Je voudrais seulement savoir ce que les dirigeants lui ont dit de moi. Ils lui ont sans doute affirmé que j'étais beaucoup trop gourmand. Beaucoup plus douloureuse. J'avais quitté Anderlecht par choix personnel, parce que Johan Boskamp me proposait de le suivre et d'être titulaire à Gand. Ici, on m'a carrément dégagé alors que je ne m'imaginais pas ailleurs. C'est dans ce club que je voulais finir mon parcours. Je ne signerai pas n'importe où, je prendrai mon temps. J'ai des pistes. Il y a plein de gens qui m'appellent pour me proposer des clubs, les agents se bousculent. Mais je ne suis plus un débutant, je sais comment ça se passe. Je réponds que tout est négociable mais je veux d'abord des preuves concrètes d'intérêt de tel ou tel club. Je ne suis pas dans la situation du petit jeune qui est obligé de signer pour signer. Je ne me suis jamais mis à genoux pour avoir un contrat et ça ne changera pas. J'ai lancé ma propre marque de gants de gardien il y a trois ans, ce petit business me prend du temps. Je ne me tourne pas les pouces. Et je m'entretiens physiquement, je m'oblige à avoir deux activités par jour : jogging, VTT ou tennis. Encore un truc à pleurer : les journaux ont écrit que je n'étais pas intéressé par ce club alors que les Grecs ne m'ont jamais contacté et qu'aucun journaliste ne m'a demandé si ça me tenterait d'y aller. On a répondu à ma place... Je ne ferme aucune porte. Mon agent est actuellement dans le sud de la France, il défriche le terrain là-bas aussi. Il est logique que les clubs se renseignent dès le moment où on apprend que je suis libre... Il m'a appris énormément. Les clubs belges consacrent une partie minime de leur budget à un entraîneur de gardiens, c'est une énorme erreur. Quand tu bosses avec un type comme Nico De Bree, Philippe Vande Walle, Jacky Munaron, Danny Verlinden ou Philippe De Wilde, tu as près de toi des gars qui savent de quoi ils parlent parce qu'ils ont vécu des situations de jeu au plus haut niveau. Mon problème, c'est que je suis né ici il y a 32 ans et que je connais tout le monde dans ce club. Dès qu'on me voit discuter avec un de ses dirigeants, on dit que je vais venir. Je ne ferme aucune porte mais Mons est bien servi avec Cédric Berthelin. On a discuté. Si Silvio Proto s'en va, le Sporting pourrait être une possibilité. Mais si j'étais à sa place, je resterais encore au moins six mois. Ce club aura plein de matches d'ici janvier, il y a plein de choses qui peuvent se passer. Ma situation est à l'opposé de celle de Proto : il veut partir mais on le retient ; moi, je voulais rester à Gand mais on m'a chassé ! Je me mets à la place d'un joueur en début de carrière : si on lui fait ce que Gand vient de me faire, ça peut le casser définitivement. Je suis heureux d'être plus proche de la ligne d'arrivée que de la grille de départ de ma carrière ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Ça me fait mal pour les copains qui sont sur le terrain avec l'équipe nationale. René Vandereycken ne m'a jamais contacté. J'avais pourtant dit que ma décision de ne plus aller chez les Diables ne durerait que jusqu'au départ d'Aimé Anthuenis. J'avais été très clair. Enfin bon, s'ils ont meilleur que moi, pas de problème. par pierre danvoye - photos: reporters/boucau