En Flandre, il défraye régulièrement la chronique par ses prises de position tranchées qui font les choux gras des journaux. En Wallonie, on le connaît mal. Ivan De Witte, le président de La Gantoise, est le patron de la firme De Witte & Morel spécialisée dans la gestion des ressources humaines. " Nos activités se concentrent sur le recrutement, la formation, les systèmes de rémunération, le coaching et l'évaluation des compétences ", explique-t-il. " On a des bureaux dans toute la Belgique. Au total, on emploie 240 personnes, ce qui est exceptionnel dans ce secteur, et le chiffre d'affaires atteint 30 millions d'euros. Cette société est mon bébé. Je l'ai vu naître en 1983. Morel est le nom de mon ancien associé, qui m'a quitté il y a cinq ans, mais il n'est jamais bon de modifier le nom d'une firme renommée ".
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En Flandre, il défraye régulièrement la chronique par ses prises de position tranchées qui font les choux gras des journaux. En Wallonie, on le connaît mal. Ivan De Witte, le président de La Gantoise, est le patron de la firme De Witte & Morel spécialisée dans la gestion des ressources humaines. " Nos activités se concentrent sur le recrutement, la formation, les systèmes de rémunération, le coaching et l'évaluation des compétences ", explique-t-il. " On a des bureaux dans toute la Belgique. Au total, on emploie 240 personnes, ce qui est exceptionnel dans ce secteur, et le chiffre d'affaires atteint 30 millions d'euros. Cette société est mon bébé. Je l'ai vu naître en 1983. Morel est le nom de mon ancien associé, qui m'a quitté il y a cinq ans, mais il n'est jamais bon de modifier le nom d'une firme renommée ". Le siège central est situé à un jet de pierre du centre d'entraînement des Buffalos : " Un hasard. De la fenêtre de mon bureau, je peux jeter un £il sur les entraînements... " Mais pourrait-il agir comme Johan Vermeersch ? " Oui ", rigole-t-il. De Witte est le président de Gand depuis 2000. Il avait pris, à l'époque, la succession de Jean Van Milders : " Comme j'étais un grand amateur de football depuis mon plus jeune âge, j'avais fait, dans un premier temps, l'acquisition d'une loge au stade Otten. J'ai donc fait la connaissance des dirigeants en place, et au bout de quelques années, on m'a demandé d'entrer dans le conseil d'administration. En 2000, La Gantoise était au bord de la faillite. Le plan d'apurement des dettes présenté par Van Milders a été refusé. La banque VDK, sponsor du club, m'a demandé de reprendre la présidence. La Ville a appuyé cette demande. C'était une belle marque de confiance, mais pas un gage de réussite car le trou était énorme : 23 millions de dettes ! A priori, un défi irréalisable. Mais je l'ai tenté. Ma société se développait et j'ai pensé qu'il serait bon de soigner les relations publiques. J'y ai mis toute mon énergie. Je suis assez têtu, et lorsque je me suis fixé une ligne de conduite, je la suis jusqu'au bout. J'ai eu un peu de chance, mais lorsqu'un golfeur réussit un hole in one, on parle aussi de chance et il rétorque : - D'accord, maisilfautbienviseraussi ! Ce fut également mon cas. J'avais une certaine expérience de la gestion d'une entreprise, que j'ai appliquée au club de football. J'ai toujours revendiqué une gestion saine, en refusant d'y aller de ma poche pour combler les trous. J'ai reçu le soutien de la banque, qui m'a assuré de sa confiance si je réussissais à diminuer progressivement les dettes. J'ai donc toujours pu bénéficier de cash, grâce à des emprunts. J'ai aussi reçu le soutien de la Ville, qui a accepté de racheter le stade. Des accords ont aussi été trouvés avec les créanciers. J'ai aussi eu la chance - mais encore une fois : est-ce uniquement de la chance ou également de la perspicacité ? - de pouvoir rentabiliser la vente de quelques joueurs : Ole-Martin Aarst, Ivica Dragutinovic, Ahmed Hossam, Cédric Roussel, Laurent Delorge, etc. Enfin, j'ai augmenté les recettes du club de manière substantielle. Année après année, on a accueilli plus de spectateurs, plus de sponsors... L'an passé, après avoir remboursé les sommes dues aux créanciers, on a enregistré un bénéfice de 300.000 euros. Je parle uniquement du bénéfice d'exploitation. Si j'y inclus la vente de Mbark Boussoufa et de Wouter Vrancken, la somme est encore bien plus considérable. Faut le faire, non ? Et cette saison, on se dirige vers le même résultat ". Grâce au bon classement en championnat, mais aussi grâce à la Coupe de Belgique... qui peut donc être rentable ? " Tout a fait. Il ne faut pas nécessairement atteindre la finale pour réaliser des bénéfices. Déjà, contre Malines en quarts, on a enregistré une belle recette. Et si l'on a la chance d'affronter Bruges en demi-finales, on pourra encore actionner le jackpot. En outre, cette saison, on a eu la chance de pouvoir louer le stade à quatre reprises à Zulte Waregem pour la Coupe de l'UEFA ". De Witte refuse de citer le montant de cette location : " Mais ce n'est pas négligeable ". Enregistrer des bénéfices sur la location d'un stade qui vient d'être vendu à la Ville : là encore, faut le faire ! " On bénéficie d'une période transitoire durant laquelle La Gantoise jouit encore de l'exploitation commerciale de ce stade qui ne lui appartient plus. Mais cette période arrive à expiration ". Cela tombe bien : le nouveau stade va bientôt être opérationnel. " Sur des terrains de la Ville (qui en restera propriétaire) et par la société privée Optima (qui se remboursera sur les bénéfices des commerces du nouveau stade, à l'exception des bénéfices du secteur horeca qui reviendront au club). D'après les dernières estimations, on pourrait y jouer à partir du 1er août 2008. Il sera érigé sur le site de l'ancien marché couvert. On adoptera le modèle hollandais : celui des clubs du subtop, comme Groningen, Roda JC ou AZ. Restons modestes : copier les enceintes de l'Ajax ou de Feyenoord serait irréaliste. Le stade sera multifonctionnel. Au rez-de-chaussée, on trouvera des magasins, des brasseries, des lieux de détente dont un bowling. Au premier étage, il y aura un couloir qui fera tout le tour du stade : c'est unique en Belgique. L'objectif est que les gens viennent plus tôt avant les matches et repartent plus tard. La capacité sera de 20.000 places ". On ignore encore ce que deviendra l'actuel stade Otten. " Va-t-on y construire des immeubles relativement luxueux ou plutôt des logements sociaux ? La Ville n'a pas encore décidé. Ce qui est sûr, c'est que le stade actuel sera démoli. Toutes les expériences effectuées à l'étranger démontrent qu'un nouveau stade, plus moderne, permet d'accroître le nombre de spectateurs de 50 %. Pour l'instant, on a une moyenne de 9.000 personnes. On espère donc l'augmenter jusqu'à 13 ou 14.000 ". De quoi attirer quelques spectateurs qui, aujourd'hui, se rendent plus volontiers au Club Bruges ? " Peut-être. 25 % des supporters brugeois proviennent de la région gantoise. Mais, pour les attirer chez nous, il faudrait que les résultats suivent. " La Gantoise revendique son appartenance au G5. De quel droit, puisqu'elle n'a jamais remporté le titre et ne compte que deux Coupes de Belgique à son palmarès (1964 et 1984) ? " Le tout est de connaître les critères pris en considération. Tient-on compte des résultats ? Du nombre de spectateurs ? De la taille de la région ? Si l'on regarde les résultats des dix dernières années, Gand fait partie du Top 5. Si l'on tient compte de la taille de la région, Gand figure également dans le Top 5. Par contre, si l'on tient compte de l'infrastructure, on n'a rien à revendiquer... mais cela changera avec le nouveau stade. Donc, je ne comprends pas pourquoi on me pose toujours cette question... Il y a Anderlecht, Bruges, le Standard, Genk et... Charleroi qui, si l'on tient compte de la taille de la région, devraient faire partie du G5. Mais, en termes de résultats, nous sommes beaucoup plus haut que les Zèbres. Ces dix dernières années, on a toujours oscillé entre la 3 et la 6e place (NDLR : avec tout de même trois 8es et une 9e places). La saison dernière, on était 4e. Cette fois, on se dirige encore vers la 4e ou 5e place. Je m'en contenterai ". Quitte à disputer, une nouvelle fois, l'Intertoto si l'équipe ne décroche pas de ticket UEFA via la Coupe ou le championnat. " L'Intertoto rapporte ", rétorque directement De Witte, en contredisant l'avis de la plupart des autres dirigeants et (surtout) entraîneurs. " Il y a deux ans, on a affronté Valence, et cela a rapporté 200.000 euros. Une somme pareille est toujours la bienvenue... et je ne laisse pas le choix à l'entraîneur, qu'il s'appelle TrondSollied, GeorgesLeekens ou autre : s'il n'accepte de pas disputer l'Intertoto, il ne doit pas signer de contrat ici ". Et quel est le point de vue de Gand sur une D1 à 18, à 16, à 14 ? " Le nombre d'équipes m'importe peu, pourvu que ces clubs soient sains, corrects et compétitifs. Une sélection naturelle s'impose. Les critères doivent être beaucoup plus stricts en matière de licence... Je ne citerai pas de noms, mais je ne comprends pas comment certaines équipes l'ont obtenue, ces dernières années. Je reconnais également que, si la licence avait existé en 2000, Gand ne l'aurait pas obtenue... Aujourd'hui, j'ai peur des suites de l'affaire ZheyunYe. Ce n'est pas fini, les conséquences risquent encore de se faire sentir dans les années à venir. La saison dernière, la Fédération - encore sous la présidence de JanPeeters - avait organisé une importante conférence de presse concernant les mesures à prendre. Aucune de ces mesures n'a encore été appliquée ! Le football belge doit être géré de manière beaucoup plus professionnelle. Un pays de dix millions d'habitants peut-il se permettre d'avoir 18 clubs d'élite ? En France, il y a 60 millions d'habitants et 20 clubs de D1 qui attirent, en moyenne, 30.000 spectateurs... En Belgique, on a 150.000 amateurs de football en D1 (dont 80.000 répartis en quatre clubs à peine). Si vous divisez ce chiffre par 18, cela fait combien ?" Une opinion d'autant plus intéressante qu'Ivan De Witte vient d'accepter un intérim au poste de président de la Ligue Pro : " On a un gros problème à la Ligue : le départ de Jean- MariePhilips pour la Fédération est difficile à combler et on va probablement me demander de lui succéder. J'ai accepté à titre intérimaire, mais je n'ai pas le temps de me consacrer à cette gestion pendant toute ma vie. C'est tout de même un peu inattendu. Au départ, on pensait que la présidence allait être assurée conjointement par les deux vice-présidents, Roger Lambrecht et Pierre François, mais ils ont renoncé. J'aurais préféré ne pas devoir assumer cette fonction, mais il fallait bien combler un vide. Ce qui me réjouit, c'est qu'on a accepté ma façon de procéder, de façon claire et autonome, en abandonnant les vieilles méthodes des petits arrangements entre amis. Dans trois mois environ, le nouveau président sera élu de façon tout à fait démocratique, les candidatures des 20 candidats seront examinées et on procédera à un vote ". Et comment juge-t-il l'éventualité d'un conflit d'intérêts ? " C'est un simple intérim, je ne suis là que pour trois mois, je ne vois donc pas la nécessité de me retirer de mes fonctions à Gand comme si c'était un long mandat. Mais c'est vrai qu'il faut réfléchir. Lorsque RenéVerstringhe est devenu procureur de la fédération, je lui ai demandé de quitter son mandat d'administrateur de La Gantoise. Selon moi, le cumul était incompatible... tout comme il est incompatible, à mes yeux, de cumuler la fonction de président de club avec celle de président de la fédération. Là encore, on m'a mal compris : je n'étais pas du tout opposé à la candidature de RogerVandenStock au poste de président de l'Union Belge. J'aurais même voté pour lui, mais à condition qu'il quitte Anderlecht... Il a dû choisir entre les deux et il a penché pour Anderlecht. C'est son choix et je le respecte. Verstringhe, lui, a opté pour l'Union Belge. C'est aussi son choix et je le respecte tout autant ". Les prises de position d'Ivan De Witte ne lui attirent pas que des amis. Récemment, il s'en est pris à MichelD'Hooghe et aux arbitres FrankDeBleeckere et PaulAllaerts : " Allaerts, c'est Leekens qui l'a critiqué. Mais je reconnais que j'aurais dû exprimer mon opinion de façon plus neutre. Je trouve aussi que l'on a beaucoup exagéré mes dires. Je n'ai jamais déclaré que De Bleeckere était un mauvais arbitre, loin de là. J'ai simplement souligné le fait qu'il fallait éviter les conflits d'intérêt. On en revient toujours à la même chose. Je n'ai jamais reproché à D'Hooghe d'influencer les arbitres, même si lui l'a interprété de cette manière. Je n'avais jamais prétendu, non plus, que De Bleeckere était influençable. Mais il faut éviter toute possibilité de suspicion. Je trouve que Jean-Claude Jourquin et Robert Jeurissen font bien leur travail mais la commission centrale des arbitres a tout de même un lien avec le comité exécutif et c'est cela qu'il faut éviter ". Et Leekens va-t-il rester ? " Je le pense, oui. Ce n'est pas encore signé, mais les négociations sont en bonne voie pour prolonger son contrat jusqu'en 2010 ". Malgré le petit conflit qui l'avait opposé au manager MichelLouwagie en début de saison ? " Si tout se passe toujours en parfaite harmonie dans un club, je ne suis pas sûr que ce soit l'idéal ", relativise De Witte. " Les discussions peuvent être constructives ". par daniel devos - photos: reporters/gouverneur