Le café Smick-Smack, Stargarder Strasse, une rue de l'ancien Berlin-Est. Cinq quinquagénaires regardent Hertha BSC battre le Bayern Munich en demi-finales de la Coupe de la Ligue. Ils ponctuent chaque offensive du Hertha de coups de trompettes, avant de fêter la victoire avec les autres convives et le patron du café.
...

Le café Smick-Smack, Stargarder Strasse, une rue de l'ancien Berlin-Est. Cinq quinquagénaires regardent Hertha BSC battre le Bayern Munich en demi-finales de la Coupe de la Ligue. Ils ponctuent chaque offensive du Hertha de coups de trompettes, avant de fêter la victoire avec les autres convives et le patron du café. Pourtant, le Smick-Smack fait partie du Prenzlauer Berg, un quartier dont la construction la plus importante n'est autre que le stade du Dynamo Berlin, l'ancien grand club de la RDA. Mais le BFC a été relégué dans les dernières pages des livres d'histoire footballistique. Le Prenzlauer Berg, lui, est devenu un lieu de sortie à la mode, grâce à ses terrasses conviviales et à ses restaurants, où se côtoient Ossies, Wessies et touristes, lors des belles soirées estivales. Le Hertha BSC était populaire dans l'ancien Berlin-Est aussi, même avant la chute du Mur, le 9 novembre 1989. D'ailleurs, le lendemain, pour un modeste match de D2 entre Hertha et Wattenscheid, 59.000 personnes se pressaient dans le stade Olympique, certains spectateurs arborant d'anciens maillots des années cinquante. Il ne reste que quelques briques du fameux Mur. Checkpoint Charlie, rendez-vous des touristes, quelques centaines de mètres le long de la Breslauer Strasse, ainsi que quelques pans de murs utilisés pour les maisons. Toutefois, la configuration des rues et l'architecture vous permettent de sentir quand vous franchissez l'ancienne frontière. L'ancien no man's land de la Potsdammer Platz a fait place à d'immences buildings et centres commerciaux. Une gigantesque banderole de Telekom orne le Reichstag: la firme a financé les travaux de rénovation. Déjà chez lui à Berlin!Bart Goor vient de quitter le clinquant centre-ville de l'Ouest. De sa chambre d'hôtel, proche du célèbre Kurfürstendam, il a pu assister, il y a quelques semaines, à l' Erotik Parade. Au moment où il parque sa voiture dans une rue latérale, la ville se prépare justement à un week-end de fête et de musique: la treizième Love Parade attire un demi-million de jeunes de toute l'Allemagne et même de l'étranger. Goor trouve son chemin sans problème, à travers la capitale: chaque joueur dispose d'une voiture équipée d'un GPS. "J'ai signé ici pour quatre ans. Je ne sais pas si j'y resterai deux, trois ou quatre ans mais quand je partirai, je connaîtrai tout ce que Berlin a à offrir. Je ne veux pas être de ces joueurs qui ne connaissent que leur maison et le stade. Les attraits de Berlin ont influencé mon choix. Personne ne m'ennuie. Peut-être les gens vont-ils bientôt me reconnaître mais Berlin compte tellement de gens connus que nous, les footballeurs, ne sommes que des êtres banals sur lesquels nul ne se retourne. Ma femme apprécie aussi Berlin. Cette ville est fantastique pour elle. Il est impossible d'avoir le mal du pays ici. Tout ce dont on peut rêver est à portée de main, sur le plan culturel, touristique, sans parler des boutiques. C'est aussi une ville très verte". Son épouse et lui suivent des cours d'allemand... bien que dix-sept des vingt-neuf joueurs soient étrangers: seuls les deux Brésiliens bénéficient provisoirement d'un interprète. Goor continue à s'exprimer en anglais lors des interviews: "Je veux d'abord saisir les nuances de la langue, pour être sûr que mes propos soient bien interprétés"."Je suis parti à l'âge idéal".Il estime avoir atteint l'âge idéal pour évoluer à l'étranger : "Je crains que les joueurs d'Anderlecht n'éprouvent de la peine à atteindre cette année ce que nous avons réussi. Ils vont être observés avec un regard plus critique. Notre réussite a relevé la barre". Lui-même se sent plus fort d'année en année. "Certains joueurs ne progressent plus à partir de dix-huit ans. Il en a été autrement pour moi. C'est pour ça que j'estimais venu le moment de franchir une nouvelle étape. Si j'échoue, je peux toujours revenir. Au moins saurai-je si j'en étais capable. Si je n'avais jamais tâté de l'étranger, je l'aurais regretté toute ma vie". L'année dernière, l'Ajax s'est intéressé à lui. Goor était prêt à déménager à Amsterdam mais Anderlecht n'était guère séduit par l'offre des Bataves. Il réclamait 400 millions. Sa qualification pour la Ligue des Champions et les succès récoltés ont convaincu Goor de partir. Avant cela, il a mis fin à une collaboration de huit ans avec l'agent Fernand Goyvaerts. Pendant deux mois, les managers l'ont assailli de coups de téléphone. Il a discuté avec trois d'entre eux avant de choisir Didier Frenay. En février, Goor a suscité l'intérêt des clubs. Parmi eux, Leverkusen mais le club devait d'abord vendre un joueur. Ensuite, Lyon lui a fait une cour pressante, pendant trois semaines : "Puis je n'ai plus eu de nouvelles, pendant un mois. Entre-temps, Hertha s'est manifesté, je me suis rendu sur place, j'ai discuté avec Dieter Hoeness, le manager, et tout était en ordre quand Lyon s'est repointé. Je ne pouvais revenir en arrière". Gerald Vanenburg lui a appris que Parme le suivait mais il ignore si cet intérêt était concret: "Je n'attendais pas non plus l'Italie. C'est un championnat très dur. La Bundesliga me plaisait mieux. Un transfert est également plus facile quand un club comme Hertha a besoin d'un joueur, à une position déterminée. Vous avez alors 70% de chances de jouer. Je préfère ça à un tout grand club où votre position est déjà occupée par deux grands noms. J'ai maintenant un objectif. Si je réussis, je peux toujours affiner mes ambitions". Anderlecht n'avait guère de raisons de le retenir: "Il a fait une bonne affaire, puisqu'il a empoché 250 millions alors qu'il m'avait acheté pour 50 il y a quatre ans". Hertha est très ambitieux mais très endetté.Les chiffres sont là: Bart Goor évolue dans un club ambitieux. Le club a ramené sa dette colossale à 720 millions, et boucle sans problème un budget annuel de 1,66 milliard, le troisième du championnat, derrière le Bayern et Dortmund. Hertha n'a laissé partir aucun joueur-clef ces dernières années. Seuls ceux qui ne jouaient plus, comme Bryan Roy ou récemment Darius Wosz, ont pu partir. Jamais encore Hertha BSC n'avait dépensé autant en transferts. Les neuf nouveaux venus ont coûté 620 millions. Seuls le Bayern et Dortmund ont dépensé davantage cet été. L'achat le plus élevé de Berlin est le Brésilien Marcelihno, qui a coûté 280 millions. Il a échoué à Marseille et est retourné au pays, d'où Hertha l'a repêché. Il est suivi par Goor (250 millions). Goor est le troisième transfert le plus coûteux de tous les temps, après Marcelhino et son compatriote Alex Alves, qui a coûté 304 millions la saison passée. Au classement des transferts de la Bundesliga, Goor occupe la treizième place, à bonne distance de Rosicky (Dortmund, 500 millions), Jan Koller et Emile Mpenza. Toutefois, on ne le juge pas d'après son prix. Comme lorsqu'il a quitté Genk pour Anderlecht, il rejoint une équipe où évoluent de grands noms: Marcelinho, Alves et Sebastian Deisler, l'international allemand, le grand talent en devenir que courtise assidûment le Bayern. Bart Goor n'a pas l'impression d'être placé sous pression : "Il y a neuf journaux à Berlin, mais la pression est moindre qu'à Anderlecht. Selon moi, quand vous avez tenu pendant quelques années au Sporting, vous avez de belles perspectives. Ma première année à Bruxelles a été très pénible. Puis, un moment donné, j'ai cessé de lire les journaux, pendant un certain temps. Ça m'a beaucoup aidé. Je ne pense pas qu'on puisse encore me déséquilibrer en football". L'organisation de Hertha est impressionnante: "Un préparateur mental est à la disposition de ceux qui le désirent. Pour l'instant, je n'ai pas besoin de lui mais peut-être irai-je bientôt le consulter. A chaque poste, une personne compétente est employée à temps plein, à la disposition des joueurs. Tous sont jeunes et enthousiastes". Il doit toutefois apprendre à s'éloigner régulièrement des siens. Avant chaque match, l'équipe part au vert. Seuls deux des déplacements se font en car, les autres requièrent l'avion. Goor préfère ce mode de transport: "Je ne suis pas beaucoup plus absent que l'année dernière. A Anderlecht, nous passions deux heures dans le car, ici, deux heures dans l'avion".3-5-2Le programme de préparation lui a donné une bonne idée de ce qui l'attend en championnat. En Coupe de la Ligue, il a affronté le Bayern, Leverkusen et Schalke 04. Des ténors qui vont disputer la Ligue des Champions, seul Dortmund lui demeure inconnu. Il doit l'admettre: il doit s'adapter. L'entraîneur sait qu'il s'épanouit mieux au sein du 4-4-2, il a essayé d'appliquer cette tactique dans un match amical contre le Werder Brême mais sans réussite. Hertha est donc revenu à son traditionnel 3-5-2, ne serait-ce que parce que plusieurs joueurs-clefs disposent de grandes qualités offensives. "Nous évoluons en principe avec deux médians défensifs. Deisler a convergé vers l'axe mais il opère essentiellement dans un registre offensif, comme Beinlich. Pour l'instant, comme le médian droit, je me cantonne donc dans des tâches défensives". Ses premières impressions confirment ce qu'il pensait de la Bundesliga: "On joue beaucoup plus vite, on passe très rapidement de l'attaque à la défense et vice-versa. En possession du ballon, on n'a pas le temps de regarder où passer, sous peine d'être attaqué par deux adversaires. Il faut beaucoup courir, les duels sont nombreux. C'est comparable à ce que j'ai vécu avec Anderlecht en Ligue des Champions. En championnat, nous avions plus de temps". Sept ou huit équipes vont se disputer les tickets européens. Au minimum. Stefan Beinlich a déclaré, à la télévision, qu'il espérait remporter le titre cette année. Certains observateurs estiment que ce serait aller trop vite: il y a quatre ans, Hertha était toujours en deuxième Bundesliga. Toutefois, il a déjà atteint le deuxième tour de la Ligue des Champions. Et le reste? Le stade, par exemple. C'est là que Jesse Owens a récolté quatre médailles d'or aux Jeux de 1936, remettant en question le sentiment de supériorité aryenne. Depuis un an, le stade est en cours de rénovation mais les responsables ne veulent pas démolir les rappels historiques. Les travaux se poursuivent pendant le championnat. L'entrepreneur garantit que le club disposera en permanence de 55.000 places. Pour l'instant, l'assistance varie de 40.000 à 50.0000 personnes. En 2004, Berlin veut disposer d'une arène ultramoderne, susceptible d'être le théâtre de la finale de la Coupe du Monde 2006. D'ici là, Bart Goor connaîtra les moindres recoins de la capitale. Geert Foutré, envoyé spécial à Berlin.