Les clubs belges et les amateurs de football savent que João Carlos Pinto Chaves (27 ans) est bourré de classe mais pourquoi a-t-il mis aussi longtemps avant de gravir les échelons ? Pourquoi ne porte-t-il pas le maillot d'Anderlecht, du Standard, du Club Bruges ou d'un autre club en Europe ? Le défenseur brésilien a souvent dû répondre à ces questions durant ses quatre années passées en Belgique.
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Les clubs belges et les amateurs de football savent que João Carlos Pinto Chaves (27 ans) est bourré de classe mais pourquoi a-t-il mis aussi longtemps avant de gravir les échelons ? Pourquoi ne porte-t-il pas le maillot d'Anderlecht, du Standard, du Club Bruges ou d'un autre club en Europe ? Le défenseur brésilien a souvent dû répondre à ces questions durant ses quatre années passées en Belgique. On lui reproche sa nonchalance, son incapacité à se motiver pour les petits matches. João Carlos comprend ces critiques tout en faisant ses preuves à Genk. De l'armada de transferts estivaux réalisés par l'ambitieux club limbourgeois, João Carlos a été le seul à faire l'unanimité au premier tour. Il n'avait raté que deux matches et était, avant le week-end dernier le meilleur buteur de Genk avec cinq réalisations (tous en championnat) ! Pas étonnant : il a appris à rester concentré pendant 90 minutes et à gommer ses fantaisies : " J'espère progresser de 30 % au second tour même si mes six premiers mois ont été parfaits. L'infrastructure de Genk m'impressionne. C'est ce qui m'a incité à quitter Lokeren : je voulais jouer dans un grand stade bien rempli et sur une pelouse de qualité. "João Carlos : Les enfants sont prioritaires. Je ne peux pas gagner un million d'euros par an mais voir ma famille malheureuse chaque fois que je reviens de l'entraînement. Genk paie bien. En lisant les noms d'autres clubs, ma femme était inquiète. La Russie était exclue. La France aurait été possible. Je rêve de la Ligue 1 mais seuls Genk et l'Etoile Rouge Belgrade étaient concrets. Mon choix a été vite fait. Je connais ce cliché et parfois, en effet, il m'était difficile de me motiver à Lokeren. Je ne joue pas différemment à Genk mais suis plus concentré. C'est logique, Genk recèle suffisamment de joueurs aptes à forcer une action. Lokeren exigeait que j'apporte un plus offensif. Maintenant, ma priorité est la défense et la relance. C'était la vérité. L'équipe est enfin soudée, nous nous encourageons au lieu de nous insulter. Avant, il y avait trop de discussions sur le terrain. L'entraîneur n'a pas ménagé ses efforts mais il est difficile de former un bloc avec autant de nationalités, de langues et de personnalités différentes. Peut-être. A l'entraînement, chacun se bat pour sa place, surtout quand l'entraîneur regarde, mais c'est positif. Normales. Nous nous respections. C'est un bon gardien, même si ses réactions sont parfois excessives. Je m'entends bien avec tout le monde et je n'aimerais pas quitter le stade en étant en dispute avec un collègue. Nous nous connaissons depuis longtemps, ayant eu le même manager, décédé l'année dernière. Alex a trouvé ses marques en Belgique, grâce à son amie, belge. Au début, il pleurait souvent au téléphone. Je lui ai conseillé d'apprendre la langue le plus vite possible. Jaja Coelho a exercé une mauvaise influence sur lui. Alex était seul et il s'est accroché à son compatriote. Non. Les Argentins et les Belges aussi font la fête. On évoque toujours les frasques de Ronaldo mais pourquoi ne parle-t-on jamais de gars comme Kaká ? Il est le meilleur footballeur du monde, il est croyant et très professionnel. Oui, je ne suis pas ici pour m'amuser mais pour assurer mon avenir, afin de retourner ensuite au Brésil et de pouvoir entretenir ma famille. Déjà tout petit, j'étais motivé : je voulais toujours être le meilleur, le premier. Oui, mon avocat s'en occupe. Tout devrait être réglé en mars ou en avril. Je ne suis pas hypocrite : un passeport belge ouvre bien des portes. Ce n'est pas une sélection éventuelle en équipe nationale belge qui me motive le plus mais si on me sélectionne, pourquoi pas ? Je ne puis rêver de jouer pour le Brésil. Oui, ce qui a permis de financer mes études. J'étais bon et c'est ainsi que Vasco da Gama m'a découvert. J'ai d'abord hésité à sauter le pas car j'avais une heure de bus pour rejoindre le club mais mon père et mon frère étaient d'ardents supporters de Vasco da Gama et je voulais porter son maillot, un jour, même si c'était celui de l'équipe en salle. Un an plus tard, j'avais treize ans, le club m'a demandé de jouer à l'extérieur. J'ai combiné les deux pendant six mois mais c'était trop dur. J'ai dû renoncer au football en salle. Si je voulais faire carrière en football, je devais opter pour le gazon. Oui, beaucoup de Brésiliens y ont joué. C'est une grande équipe d'Europe. Ceux qui suivent le futsal connaissent Action 21 Charleroi. Je suis étonné qu'en Belgique, on parle si peu de ça. Un an et demi. Quel magnifique souvenir ! J'avais 18 ans et je jouais avec une idole. Au début, il était impensable qu'il me demande le ballon mais il est devenu un coéquipier comme les autres. Même à 39 ans, il était très fort. Dans le rectangle, Romario n'avait pas son pareil. Il travaillait : il s'attardait une demi-heure après chaque entraînement. Deux entraîneurs lui délivraient des ballons, de la gauche, de la droite, à toutes les hauteurs et vitesses. Il peaufinait sa finition sans se lasser. Il a la réputation de trop sortir mais sur le terrain, il était très motivé et... si rapide. Il suffisait qu'on le perde de vue une seconde et il était parti. Il a été meilleur buteur du Brésil à 40 ans. Je me souviens que je lui passais systématiquement le ballon. Le contraire était impossible : il vous aurait démoli ! Oui. J'allais voir les matches avec mon père et mon frère quand j'étais petit et voilà que je me produisais devant 50 à 60.000 spectateurs. Vous me comprenez, maintenant ? En -17 ans mais il faut relativiser : le Brésil est tellement vaste, il recèle tellement de talents qu'il est impossible de repérer les meilleurs. On sélectionne donc les joueurs des grandes équipes. J'ai eu la chance de jouer à Vasco da Gama. Eduardo, qui a joué à Bordeaux, faisait partie de l'équipe, comme Diego Cavalieri, le gardien de Liverpool. La Bulgarie... Elle me doit encore de l'argent. Il s'y est passé des choses étranges, quand j'y repense. On nous payait sur le siège arrière d'une jeep blindée, des trucs de ce genre. Les joueurs étaient payés en liquide. L'argent était glissé dans un sac à dos. Nous ne pouvions pas en faire grand-chose car nous ne pouvions rien acheter au Brésil : il y aurait eu une enquête sur la provenance d'une telle somme d'argent liquide. Je pensais que l'Europe était un paradis, dénué de criminalité, mais je me souviens de mon premier déplacement, de l'aéroport de Sofia au club, de tous ces buildings en ruine, comme si la Bulgarie sortait d'une guerre. J'ai pleuré comme un gosse pendant les premiers mois. Je voulais retourner au Brésil. Ils ne me connaissaient pas si bien, en fait, mais ils ont reçu un DVD reprenant mes actions et ils ont été convaincus. Ils m'ont dit : " Si tu es capable de faire 50 % de ce que nous voyons sur ce DVD, tu as un contrat. " J'ai connu quelques problèmes à Lokeren, au début, surtout avec Franky Van der Elst, l'entraîneur du moment. La préparation était trop dure pour moi et j'ai souffert de tas de petites blessures. La Belgique n'a vu le vrai João Carlos que quand Willy Reynders a repris l'équipe. par matthias stockmans - photo: jelle vermeersch