André Colasse nous a fixé rendez-vous au Grill du Zèbre, un café-restaurant juste au-dessous de la tribune visiteurs du Sporting. "T'as encore du Chiroubles?" "Je crois, je vais voir...", répond le patron. Depuis 98, l'ex-médian défensif et entraîneur de Charleroi est négociant en vins, à Mont-sur-Marchienne, à l'enseigne "La cave de Justine", du prénom de sa fille, 4 ans et demi. Son masque dur s'illumine d'un léger sourire, et il entame une nouvelle cigarette, "Je fume trop".
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André Colasse nous a fixé rendez-vous au Grill du Zèbre, un café-restaurant juste au-dessous de la tribune visiteurs du Sporting. "T'as encore du Chiroubles?" "Je crois, je vais voir...", répond le patron. Depuis 98, l'ex-médian défensif et entraîneur de Charleroi est négociant en vins, à Mont-sur-Marchienne, à l'enseigne "La cave de Justine", du prénom de sa fille, 4 ans et demi. Son masque dur s'illumine d'un léger sourire, et il entame une nouvelle cigarette, "Je fume trop". Il traite avec une douzaine de viticulteurs français, s'occupe seul de sa firme et fournit surtout aux restaurants. En 95, il avait dû cesser les activités de la société Spagow , articles de sport, gros et détail, qu'il dirigeait avec Jean-Paul Spaute. Le foot? A 58 ans, le Jumettois dit qu'il n'y prend plus grand intérêt. "Le jeu actuel est trop fermé, ça m'emmerde un peu. La saison passée j'ai vu deux matches de l'Olympic. A la TV, le Real m'intéresse. Le cyclisme continue à me passionner, par contre, et j'ai beaucoup d'admiration pour Laurent Jalabert; pour moi c'est un gentleman. Le rugby et le Tournoi des Six Nations me branchent aussi. C'est plus net, plus franc; il y a faute, on siffle et on ne discute pas". Le Sporting avec lequel il vécut les plus belles heures? "Je suis en très bons termes avec Scifo, Brogno, Gallinella... mais je ne connais pas le président Bayat. Le club est assez impersonnel, pourquoi faut-il aller chercher les joueurs au bout du monde? Avec Defays, Van Buyten, Casto, Wuillot, Toni Brogno et Cedric Roussel, ça tiendrait la route, non? C'est de la folie aujourd'hui, on achète, on valorise et on vend avant la fin du contrat. Et puis, je ne m'y retrouve pas dans l'imbroglio Ferrera-Scifo. Enzo, joueur, joueur-entraîneur, vice-président, puis entraîneur après avoir dû renoncer comme joueur... Brogno a arrêté un mois et demi avant la fin de la saison, il aurait pu aller jusqu'au bout, à mon avis. Philippe Albert, lui, est parti un peu tristement en pleine saison. Il était blessé quand il est revenu à Charleroi, et à la longue il a dû renoncer. Je l'avais eu à 17-18 ans quand il est arrivé de Bouillon. Ces derniers mois, on a souvent appliqué des solutions d'urgence à Charleroi, je ne sais pas ce que ça donnera, l'avenir le dira. Ceci dit, le Sporting n'est pas le seul à être à la croisée des chemins".Jamais comblé par le footLe départ de Spaute, l'ami de toujours (l'école, les Juniors UEFA, l'équipe militaire) l'a-t-il éloigné un peu plus du club? "Peut-être. Chacun fait son chemin", dit-il. Mais ils restent bons amis. Heureux hasard, à la fin de l'entretien, Spaute, maintenant affilié à Mouscron, prenait un verre au comptoir. Ancien régent en éducation physique, André a toujours affirmé que le foot n'est pas l'essentiel de sa vie. "Il ne m'a jamais comblé, ni mentalement, ni matériellement, et je ne m'y suis jamais engagé professionnellement. Lorsque j'entraînais Charleroi, balancé entre mes affaires et le club, je mangeais souvent quelques tartines dans la voiture, et j'y préparais parfois mes séances d'entraînement. Et à Anderlecht, où je gagnais quelque 50.000 francs à l'époque (70-71), je partageais mes heures entre mon métier d'enseignant et les entraînements. Une vie de dingue. Lorsque Kessler est arrivé, et qu'il a voulu que le club soit 100% pro, j'ai quitté". En 95, pris de court par la fin de Spagow, il alla tout de même jeter un oeil d'entraîneur au Maroc sans s'expatrier avec sa famille. Si le Standard ou Anderlecht avaient frappé à sa porte aurait-il dit non? Parfois surnommé "le roquet", André n'a jamais été un tendre, ni comme joueur, ni comme entraîneur. A son époque de feu, il était parfois comparé à Nobby Stiles, le casseur de l'équipe anglaise des années 60, ou à l'Ajacide Johan Neeskens qui, après un Hollande-Belgique, reconnut qu'il avait mordu un peu trop dans les mollets de Van Himst. "Le joueur qui me ressemble le plus aujourd'hui c'est Karagiannis. Et pourtant au début, j'étais plutôt un joueur de salon, oui, oui... C'est Pol Anoul qui m'a transformé physiquement, qui a durci mon jeu. Si un entraîneur m'a marqué, c'est bien lui. Dans ses approches tactiques, il était relativement précis. Je retiens aussi Sobotka à Charleroi et Sinibaldi à Anderlecht, mais j'ai toujours été un autodidacte. Pas d'Ecole du Heysel, pas de plans trop préparés. J'ai toujours fonctionné de manière empirique". 1985: Il fait monter le Mambourg en D1Trois moments inoubliables de sa carrière: la montée en D1 en 66, et le titre de vice-champion en 68-69, et comme entraîneur au Mambourg le retour en D1 en 85. Une pointe d'émotion est perceptible quand il évoque ces jours heureux. Affilié en 55, et intronisé en Première juste avant ses 17 ans, André accéda à la D1 après un test-match contre Waterschei, à l'Union SG. "Charleroi était en feu, les cars déboulaient sur Bruxelles, le stade était rempli. Depuis il ne l'a plus jamais été, m'a-t-on assuré à l'Union que j'ai entraîné deux ans. Je bossais au milieu, mais marquais aussi quelques buts par saison, et, d'ailleurs, pour ce match décisif, Anoul, en panne d'avant-centre, m'a donné le rôle, et j'ai marqué". 68-69, en D1, fut sa plus belle saison, et il estime que si la Coupe du Monde au Mexique avait eu lieu ces mois-là, il aurait, probablement, intégré dans le noyau de Raymond Goethals. "En championnat, le Standard nous avait battus 1-0 sur une douteuse décision arbitrale. Ça se passait 15 jours avant Belgique-Espagne, et l'entraîneur espagnol signala que Colasse l'avait impressionné. Nous avions le titre dans les jambes, et notre 2e place finale était un minimum. Sobotka avait vraiment l'équipe bien en main. Moi, je rayonnais, et étais donc tout près, comme Dante Brogno plus tard, d'une sélection A. 69-70 fut moins bon, mais Goethals me retint tout de même dans un noyau de 30. Eliminé, je ne lui en ai pourtant pas voulu même si j'ai toujours regretté cette cap A. Raymond reste un ami, et nous beaucoup bavardé ensemble, lorsque je visionnais des joueurs pour Charleroi". Anderlecht trop proAvant son passage à Anderlecht, en juin 70, il disputa la Coupe des Foires 69-70 avec Spaute, Bertoncello, Tosini, Boulet, Bissot. Le Pays Noir fut frappé de folie pour cette coupe aujourd'hui disparue. NK Zagreb écarté, c'est contre Rouen que le suspense rebondit. "3-1 chez nous, mais j'étais blessé au retour. Une invraisemblable soirée hâchée de coupures d'électricité, pour cause de grève des ouvriers de l'EDF. Eliminés 2-0". Colasse, réaliste et sans fioritures, jurait avec les "poètes" anderlechtois de Sinibaldi. Néanmoins Constant Vanden Stock l'engagea. "J'ai apprécié Vanden Stock, un grand monsieur, franc et correct avec le joueur. Il existait déjà un gouffre entre les deux Sporting. Structure, entourage, préparation, suivi médical, une différence totale, on me nettoyait les chaussures avant chaque entraînement... Un autre monde. Titulaire, j'ai participé aux six matches de la Coupe des Foires 70-71 (Zeljeznicar, AK Copenhague et Vitoria Setubal), avec les Heylens, Puis, Van Himst, Mulder et Tom Nordahl, mon copain. On croit parfois que c'est le luxe à l'étranger, mais à Setubal le vestiaire était chauffé par un poêle à gaz à bonbonne". Lorsque Georg Kessler et toute sa machinerie pro débarquèrent, Colasse mit les bouts. Liège le contacta, mais une opération du ménisque et des vacances à l'étranger perturbèrent la négociation, et il signa à Mons en D3. Après cinq saisons, une en D2, il y stoppa sa carrière pour le double rôle de joueur-entraîneur de Marchienne avec une promotion directe vers la D3. Entraîneur, il y encaissa aussi un an de suspension après un rude contact verbal avec l'arbitre Costantin, aujourd'hui au Standard. Il s'expliqua ainsi à Pierre Bilic, il y a quelques années: "De l'histoire ancienne, ne remuons pas ça. Costantin a fait un rapport pour écarts verbaux après un match à Waremme. A l'audience à l'Union Belge, je lui ai dit en face qu'il n'était pas très correct, et j'ai pris un an". Cela ne collait pas avec les LoupsDébuts 80, le voilà à La Louvière. Pour une saison et demie. Il laissa entendre, à l'époque, que quelques "mercenaires et politiciens" avaient eu sa peau. Il y retourna, néanmoins, plus de dix ans après, pour une collaboration encore plus brève. "Trois mois seulement! Il n'y a manifestement pas d'atomes crochus entre nous... Le public, la presse, ça ne marchait pas. Mais, je n'ai pas eu de problèmes avec Gaone". Au premier échec louviérois, succéda la gagne à l'Union SG. Deux montées d'affilée, de Promotion en D2. "Je garde ce club dans mon coeur, c'est l'Union qui sourit. J'y serais resté plus longtemps si Charleroi, alors en D2 ne m'avait appelé. Et ce fut extra. Une 4e place et le tour final. Trois fois 25.000 spectateurs au Mambourg pour recevoir Winterslag, St-Trond et le Racing Malines. Déjà qualifiés pour le tour final, avant la fin du championnat, nous avons déplacé, à l'ultime journée, une équipe réserve à Malines. Je crois me souvenir que le président Spaute en prit la décision. Et pour la première fois dans l'histoire du club, mise au vert, à Blanmont, avant chaque match. C'est là, la veille de Charleroi-St-Trond, qu'on a reçu le choc tv du drame du Heysel". Battu à Winterslag, le Sporting s'adjugea les cinq matches suivants par un but d'écart. "On lâchait un nul et Winterslag montait. Jouer sur un volcan, c'est très excitant, mais exténuant, surtout à ma façon, foot plus boulot. Goretti, Beugnies, et les deux Britanniques Harrison et Pugh furent les éléments décisifs de la montée. Goretti, déjà engagé par le FC Malines, tenait un rôle difficile, mais il domina la situation, et avec 4 buts fut le plus efficace du tournoi". Après deux saisons en D1 et deux années sabbatiques, le bosseur jumettois répondit à l'appel de Maurice Jamin pour diriger Mons. Avec des moyens réduits, le club termina deux fois 2e en D3. De 94 à 96, celui que l'on surnomma parfois "le sphinx", prit l'Olympic en main et le mena en D2, avec Di Sciascia et Toni Brogno. Les Dogues chassaient derrière cette remontée depuis une dizaine de saisons. Le bonheur des retrouvailles ne dura qu'une saison. Moments heureux, malheureux, l'essentiel est que les premiers soient les plus nombreux, et pour lui, ils le furent. Anthuenis a raisonSa dernière (?) tranche foot il la vécut, durant un an et demi, comme recruteur du Sporting, et signala, entre autres, Franck Defays et Christian Negouai. Sollicité comme entraîneur au renvoi de Luka Peruzovic, il ne brûla pas d'enthousiasme. Sans doute, pensait-il déjà à "La cave de Justine". Les joueurs qui l'impressionnèrent le plus à son époque? Cruyff et, sur le plan national, Van Himst et Van Moer, et plus tard, Scifo et Ceulemans. Il définit Georget Bertoncello, petit génie zébré et rondouillard des années 60, d'amusante manière: "Le plus doué que j'ai connu. Ses deux pieds se valaient, il ne savait pas s'il était droitier ou gaucher. Il avait le don mais il lui manquait tout le reste". Sa petite idée sur Stoica? "Très beau joueur. Anthuenis a eu raison de ne pas se laisser faire, et ce fut très courageux de sa part d'oser parfois l'éliminer alors que le public prenait parti pour le joueur contre lui. J'aime bien Aimé. Lorsqu'il m'a succédé à Charleroi, on a très bien collaboré ensemble. Un gentleman, et contrairement à ce qui se raconte, ce n'est pas un caractère faible". Henry Guldemont