L'OM voulait frapper fort cette saison. Au planning, pouvait-on lire " un titre de champion à renouveler et passer l'hiver en Ligue des Champions ". Pour ce faire, la direction avait décidé de jouer du tiroir-caisse durant l'été. Afin de combler le départ de Mamadou Niang vers Fenerbahçe, le club pensait avoir rameuté du lourd avec les acquisitions en attaque de Loïc Rémy et Pierre-AndréGignac. Seulement du français, international et buteur, tout cela à un prix : 33 millions d'euros la paire. Et en cadeau, la pression qu'entraîne un tel débours. Au final, si Rémy (et ses 18 millions), malgré un creux hivernal, peut être satisfait de sa première saison, Gignac a fait connaissance avec les douloureux sifflets du Vélodrome ; ne relevant la tête qu'en fin d'exercice. La bonne pioche est venue d'ailleurs, ou plutôt du terroir.
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L'OM voulait frapper fort cette saison. Au planning, pouvait-on lire " un titre de champion à renouveler et passer l'hiver en Ligue des Champions ". Pour ce faire, la direction avait décidé de jouer du tiroir-caisse durant l'été. Afin de combler le départ de Mamadou Niang vers Fenerbahçe, le club pensait avoir rameuté du lourd avec les acquisitions en attaque de Loïc Rémy et Pierre-AndréGignac. Seulement du français, international et buteur, tout cela à un prix : 33 millions d'euros la paire. Et en cadeau, la pression qu'entraîne un tel débours. Au final, si Rémy (et ses 18 millions), malgré un creux hivernal, peut être satisfait de sa première saison, Gignac a fait connaissance avec les douloureux sifflets du Vélodrome ; ne relevant la tête qu'en fin d'exercice. La bonne pioche est venue d'ailleurs, ou plutôt du terroir. André Ayew est la véritable réussite offensive de cette saison 2010-2011. Ce produit du centre de formation vient d'ailleurs d'être élu avec 46 % des voix Joueur de l'année par les internautes du journal (très proche du club) La Provence en devançant largement Mathieu Valbuena (18 %) ou Steve Mandanda (15 %). Si Dédé Ayew est l'un des rares à passer de la peu concluante école des jeunes marseillaise à son équipe première, il n'a pas connu la trajectoire d'enfant star, d'un Samir Nasri, par exemple. Au départ, l'intérêt porté au numéro 20 olympien valait davantage pour la renommée du paternel que pour sa brillance sur l'aire de jeu. En effet, Dédé n'est autre que le fils d' Abedi Ayew, mieux connu sous le nom d' Abedi Pelé dont les dribles chaloupés restent bien vivaces dans bon nombre de mémoires marseillaises. Triple Ballon d'or africain, champion d'Europe avec l'OM de Tapie et Goethals, ce dieu éternel du football ghanéen, a marqué les années 90 à jamais. Mais cette fois, ce " fils de " peut partager le fardeau de l'héritage à plusieurs. Car le (demi) frère aîné, Abdul Rahim est également joueur pro - même si le parcours semble moins enthousiasmant puisque son arrivée au Lierse en janvier dernier n'a pas marqué nos esprits. Idem pour le cadet, Jordan, décrit par le daron comme le plus doué des trois, à qui DidierDeschamps a donné pas mal de temps de jeu cette saison. André, lui, a crevé l'écran tout au long de la campagne 2010-2011. Sur ses 37 apparitions en L1, il a buté 11 fois, alors que sa polyvalence fut mise à rude épreuve : milieu gauche, milieu relayeur, soutien d'attaque, en pointe, Dédé a souvent répondu présent. Et peu de gens, Deschamps en tête, en espéraient autant. D'ailleurs, la Desch voulait même s'en débarrasser l'été 2009 après son retour d'un prêt peu concluant à Lorient. Avant cela, le natif de Seclin, dans le Nord-Pas-de Calais (le père jouait alors à Lille), avait goûté quelques fois à l'équipe première sous Eric Gerets. Mais au lieu de se débarrasser d'un contrat, l'OM préféra le céder à nouveau ; cette fois à quelques bornes de la maison, à Arles-Avignon. En L2, André Ayew va prendre son pied et participe activement à la montée du club. Mais ce n'est rien à côté des prouesses sous le maillot ghanéen. En septembre 2009, il est sacré champion du monde des -20 ans avec les Black Satellites en Egypte, le Ghana devenant la première nation africaine à s'emparer d'un titre mondial. En janvier 2010, les jeunes Ghanéens arrivent en finale de la CAN en Angola avec un très bon Ayew pour perforer le flanc gauche. Mieux encore, l'été dernier, les Black Stars sont les héros du continent africain en accédant aux quarts de finale de la Coupe du Monde, battus par l'Uruguay aux pénos lors d'un des matches les plus épiques du tournoi. En Afrique du Sud, le Marseillais brille de mille feux, et n'est devancé que par Thomas Müller au classement du meilleur jeune. Ce statut d'étoile de la Coupe du Monde le renforce lors de son retour à Marseille où Deschamps lui fait rapidement confiance dans une équipe qui traine à trouver la bonne carburation. Le 27 avril dernier, c'est l' Ayew Night au Vélodrome. Dédé inscrit face à Nice, un triplé complété par un but du frérot, Jordan, monté à l'heure de jeu. Le tableau serait idyllique sans les vices de la vie marseillaise. Après avoir vu une première fois son appartement du centre-ville cambriolé en novembre, rebelote fin mai, cette fois dans leur domicile de Requonquière (banlieue de Marseille) alors que les deux frères sont en déplacement à Caen. Ce soir-là, les malfrats s'invitent chez les Ayew alors que plusieurs membres de la famille occupent la propriété. " Il y avait ma femme, la copine de Jordan, mon cousin et mon frère, Abdul Rahim. Il a reçu des coups. C'est honteux ! Franchement, ça fait peur. Surtout, ça m'amène à réfléchir sur mon avenir à Marseille. Lorsque j'ai appris la nouvelle, j'étais très énervé. Aujourd'hui, il faut que je prenne du recul. " Message passé. Et le président, Jean-Claude Dassier (lui-même cambriolé cette année) de déclarer prendre des mesures afin d'assurer la sécurité de ses joueurs car le phénomène n'est pas nouveau. Rien que cette saison, Fabrice Abriel, Vitorino Hilton, Stéphane Mbia, Gignac et Lucho ont été victimes de car-jacking ou cambriolages en tout genre. Arsenal, réputé pour s'intéresser à tout ce qui est jeune et talentueux, serait sur la balle tout comme Liverpool dont l'intérêt récent pour Ayew serait le plus concret. Après l'annonce la semaine dernière du maintien de Deschamps à son poste de T1 olympien, reste maintenant à la Bonne Mère à veiller à ce que l'autre Dédé poursuive l'aventure. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTO: REUTERS" Franchement, ça fait peur. Surtout, ça m'amène à réfléchir sur mon avenir à Marseille. " (André Ayew, après avoir été cambriolé)