T out ça ne vaut pas... un clair de lune à Maubeuge : interprète de la célè- bre chanson de Pierre Perrin, Bourvil aurait certainement été intéressé par le destin de Michaël Wiggers (26 ans) qui a longtemps attendu la chance de sa vie. A-il décroché l'astre blanc à l'Albert ? Installé depuis peu avec ses amis Gilles Collin et Laurent Gomez à Maubeuge, petite ville frontalière française chère à son équipier Mohamed Dahmane, qui y vit le jour, il est bien décidé à garder le cap.
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T out ça ne vaut pas... un clair de lune à Maubeuge : interprète de la célè- bre chanson de Pierre Perrin, Bourvil aurait certainement été intéressé par le destin de Michaël Wiggers (26 ans) qui a longtemps attendu la chance de sa vie. A-il décroché l'astre blanc à l'Albert ? Installé depuis peu avec ses amis Gilles Collin et Laurent Gomez à Maubeuge, petite ville frontalière française chère à son équipier Mohamed Dahmane, qui y vit le jour, il est bien décidé à garder le cap. Les Dragons de José Riga font un peu penser aux deux grandes équipes sérésiennes que Georges Heylens propulsa en D1 et, que tant en 1982 qu'en 1993, ce fut chaque fois un enrichissement pour l'élite. L'Albert est visiblement engagé sur la même voie. Si le club du Pairay mariait divers courants techniques, venus d'Afrique, d'Amérique latine ou d'Europe orientale, l'Albert a surtout cherché son bonheur en France. Il y a une belle uniformité dans cet effectif qui ne recèle peut-être qu'une carence : l'absence d'un véritable pivot en pointe... mais Daniel Wansi pourrait devenir une des grandes révélations de la saison. Le Camerounais s'est exprimé en Tunisie, en Croatie, en Allemagne et même en Chine avant d'atterrir dans le Hainaut. Wiggers, lui, a traversé la Belgique, du nord au sud, avant que son étoile du berger ne le guide vers son Bethléem à lui, le stade Charles Tondreau. " Ici, j'ai trouvé ce que je cherchais : un esprit de groupe, des gars qui sont heureux de se retrouver ensemble ", dit-il. " J'ai tout de suite été accueilli à bras ouverts. Cette chaleur tranche par rapport à la froideur ressentie à Zulte Waregem. Francky Dury est un excellent coach, très exigeant, mais il n'est pas aussi fin psychologue que José Riga. Au stade Arc-en-Ciel, le coach gérait bien son 11 de base mais n'avait pas le temps, je suppose, de s'occuper des autres. Je n'ai pas eu assez d'échanges avec lui. Or, j'en avais besoin. Quand on n'a pas un nom, on ne compte pas beaucoup à Waregem. Or, qui étais-je ? Personne ne me connaissait. Là-bas, je me suis souvent ennuyé la journée car je n'avais rien à faire ou en rentrant après l'entraînement du début de soirée. Or, pour être bien, j'ai besoin de voir mes proches, mes amis. J'avais quitté Liège pour vivre à Waregem et mettre tous les atouts de mon côté mais je n'aurais pas pu tenir plus d'un an dans ce club. J'ai aussi eu un peu de malchance. Je me suis blessé à la cuisse en début de saison et l'équipe a pris son envol sans moi. Alors que je suis revenu dans le coup durant le deuxième tour, je n'ai fait que des apparitions sporadiques en équipe fanion. Sans monter sur le terrain, j'ai été retenu dans le noyau pour la finale de la Coupe de Belgique. Ce fut une belle satisfaction malgré tout. Même si je ne jouais pas assez selon moi, je n'ai jamais rien lâché. J'ai toujours actionné les gaz à fond lors de chaque entraînement. A la fin du compte, cette épreuve m'a fortifié : j'y ai acquis la certitude que la D1 n'était pas hors de portée. A ma place de prédilection, il y avait de la concurrence dont celle de Nathan Dhaemers. J'ai été épaté par la très belle saison de Frédéric Dupré et de Salou ' Ibrahim. Ils étaient au-dessus du lot et ont mérité leur transfert au Standard et à Bruges. Ce sont de belles aventures et certainement des sources d'inspiration. Je n'ai pas d'agent et c'est mon père qui a personnellement contacté la direction de Mons. Riga me connaissait car, avec Liège, j'avais affronté un de ses anciens clubs, Visé. Cela a certainement facilité les négociations ". A 26 ans, il était temps de prendre son envol. Wiggers n'était pas un inconnu pour mes friands de football. Fils d'un papa liégeois et d'une maman sicilienne originaire de Catane (" La famille Uccellatore ", dit fièrement Michaël. " Il y a des années que je ne suis plus retourné là-bas. Je ne parle pas bien italien mais je comprends tout. "), il attira rapidement le regard de Mouscron et du RWDM. Liège mit le frein à main afin de garder ce gamin qui débuta en D2 à 16 ans. Avant cela, il avait aussi joué en équipe de jeunes à Vottem, Jehay et Seraing. " Au RTFCL, c'est Raphaël Quaranta qui me lança dans le bain ", se souvient-il. " J'ai eu de nombreux coaches en peu de temps : Rapha, Bernard Wégria, Neba Malbasa, Henri Depireux, Claudy Dardenne, Vincent Ciccarella, Marc Grosjean, etc. J'avais abandonné mes études et il fallait que je boucle mon budget. A un moment, j'ai travaillé dans le restaurant italien que mon oncle possédait à Ciney, le Caprice. Je m'occupais du bar de 10 h à 15 h avant de me rendre à l'entraînement. La situation s'est éclaircie pour moi en 2003 quand je me suis retrouvé à Virton ". En Gaume, il a appris à se définir loin des siens, à couper le cordon ombilical liégeois. Le microclimat qui sévit dans cette belle région donna du corps à son football. " Je m'y suis bien amusé sous les or- dres de Michel Renquin et de Jean Thissen ", affirme-t-il. " Le premier m'a beaucoup apporté avec son sens tactique, son professionnalisme. C'est un coach rusé. Thissen m'a tout autant impressionné et j'ai été frappé par la qualité de son travail au quotidien. Tous les deux s'appuient sur une grosse force mentale. Ils ont bien transmis leur rage de vaincre au groupe. Virton est un petit club belge mais a acquis une belle place en D2. C'était une étape importante pour moi et je me souviendrai longtemps de ce public chantant la Marseillaise ". En 2004-2005, le club est secoué par des rumeurs de pronostics frauduleux. Le vent se couchera comme il était venu, en silence. Cette affaire a-t-elle fait capoter son transfert à Ostende ? " Non, ces rumeurs n'ont jamais été que des racontars ", affirme-t-il. " Tout cela ne me concernait en rien. A cette époque, cela rigolait pas mal pour nous en cham- pionnat. Virton avait même la possibilité de lutter pour le gain d'une tranche. Pour le club, cela aurait constitué une belle récompense. Virton a finalement repoussé la proposition d'Ostende ". Pour lui, c'était match remis. L'aventure vers des horizons plus élevés était simplement postposée de quelques mois. Après un crochet d'une saison à Zulte Waregem, son ciel s'est éclairé à Mons. Sur le terrain, il fait preuve d'une belle maturité tactique derrière un élément aussi offensif et doué techniquement que Wilfried Dalmat. Ce dernier a l'art de rentrer dans le jeu et l'arrière liégeois doit en tenir compte afin de contrôler le flanc droit. Si la colonie française l'emballe par ses atouts footballistiques, il parle avec foi des jeunes de la bande montoise, de l'étoile de plus en plus brillante d' Alessandro Cordaro. " On compare souvent Alessandro à Wilfried Van Moer ", avance-t-il. " Je n'ai pas connu cette légende du football belge. Notre meneur de jeu me fait en tout cas penser à Enzo Scifo. Je le trouve même plus rapide que cet immense joueur. Je suis heureux à Mons où le beau football, sans faire preuve de naïveté, est à la base de tout ". Il ne devait plus y avoir d'éclipse dans le ciel de Michaël : le Liégeois a décroché sa lune chère à Bourvil et à Franco Dragone. Tout ça ne vaut pas... PIERRE BILIC