Chimay. Son château princier. Sa bière trappiste. Son fromage. Et ses quelques sportifs célèbres. Daniel Van Buyten et le rallyman François Duval, qui ont grandi à quelques kilomètres de cette ville, sont des valeurs sûres dans le concert international. Aujourd'hui, c'est Quantin Durieux (21 ans) qui cherche à pousser les portes de la gloire locale. Depuis qu'il a repris l'équipe de La Louvière, Frédéric Tilmant joue chaque semaine la carte de ce jeune défenseur. Portrait.
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Chimay. Son château princier. Sa bière trappiste. Son fromage. Et ses quelques sportifs célèbres. Daniel Van Buyten et le rallyman François Duval, qui ont grandi à quelques kilomètres de cette ville, sont des valeurs sûres dans le concert international. Aujourd'hui, c'est Quantin Durieux (21 ans) qui cherche à pousser les portes de la gloire locale. Depuis qu'il a repris l'équipe de La Louvière, Frédéric Tilmant joue chaque semaine la carte de ce jeune défenseur. Portrait. Durieux : " J'ai commencé le foot à Baileux et c'est la Young Cup qui a lancé mon aventure quand je n'étais que Minime. Dans ce tournoi, nous avons affronté La Louvière. Un scout de ce club m'a repéré et m'a proposé d'aller au Tivoli. Une offre très chouette, j'étais aux anges qu'un club pareil s'intéresse à moi, mais les problèmes pratiques étaient costauds. Chimay-La Louvière, c'est 80 bornes, et à raison de trois entraînements et un match par semaine, ça compliquait méchamment la vie de mes parents. Nous nous sommes quand même lancés. Mon père a fait des concessions dans son boulot pour pouvoir me conduire à La Louvière. J'ai appris à prendre mon casse-croûte et à réviser mes cours dans la voiture. C'était parfois très lourd mais je me suis accroché, pendant cinq ans à ce régime ". " Dès qu'il est arrivé à La Louvière, pendant l'été 2004, Albert Cartier m'a pris dans le noyau professionnel. Il m'a directement pris sous son aile. C'est sans discussion l'homme qui m'a le plus marqué depuis que je joue au foot. Dès qu'il voyait que ça allait moins bien pour moi, que je fléchissais un peu à l'entraînement ou que mon moral en prenait un coup, il m'appelait dans son bureau pour m'encourager, me rassurer. Son discours était parfois assez dur, mais toujours franc et constructif. Lui aussi avait été défenseur central, cela facilitait nos échanges d'idées. Quand il me parlait de positionnement, de technique, de toucher de balle, de coaching ou de relance, c'était toujours très précis, très ciblé. Un jour où j'étais un peu dans le creux, il m'a dit : -J'ai laissé partir quelques jeunes, mais toi, je voulais te garder. Accroche-toi, ne lâche pas le wagon, rends-moi la confiance que je te donne. Beaucoup d'entraîneurs te couleraient s'ils voyaient que tu rames ; moi, je veux te sauver. Un jeune qui entend des mots pareils est prêt à aller au feu pour son coach. Nous sommes restés en contact. Je râle d'avoir raté nos retrouvailles, le week-end dernier. A cause d'une carte rouge stupide prise dans un match de Réserve ". " Cartier m'a lancé pour la première fois en D1 pendant le dernier match de décembre 2004, contre le Lierse. Je sentais que je me rapprochais de l'équipe, de semaine en semaine, et il a voulu me récompenser avant la trêve, histoire que je conserve toute ma motivation pendant les congés et pour le stage, que je ne laisse pas tomber les bras. Il estimait sûrement que c'était le meilleur moyen pour que j'entame le travail du deuxième tour avec le pied au plancher et des idées claires ". " J'étais dans l'équipe des Louveteaux qui ont affronté le Club la saison passée. Un souvenir merveilleux. Jouer contre une équipe pareille avec beaucoup de coéquipiers que j'avais connus tout au long de ma formation, c'était un rêve de gosse ". " En fin de saison dernière, j'ai dû faire un choix. Il me reste deux ans de cours pour décrocher mon régendat en éducation physique. Pendant toute la saison dernière, j'ai combiné les cours et le foot. Mais c'était souvent compliqué à gérer. Albert Cartier me disait souvent que je ne pouvais pas être absent à l'école, que ça devait rester ma priorité. J'attendais un geste du directeur, quelques facilités, mais je n'en ai jamais eu. On m'a sans arrêt mis des bâtons dans les roues Par moments, j'étais confronté à des choix cornéliens. L'école m'imposait par exemple un stage de ski, obligatoire si je voulais avoir mon diplôme, mais le club m'interdisait ce sport. Je me suis rendu compte qu'il y avait encore beaucoup de boulot au niveau de l'aménagement des horaires et des programmes scolaires pour les sportifs de haut niveau. En juin, j'ai décidé d'arrêter mon régendat. Si je veux percer dans le foot, c'est maintenant que je dois mettre tous les atouts de mon côté. Je suis conscient que je prends un risque, que je n'ai aucune garantie au niveau du football. Mais je me lance en sachant que j'ai un délai de cinq ans pour reprendre mon régendat où je l'ai arrêté, sans devoir refaire la première année que j'ai réussie ". " Au premier tour de cette saison, quand Emilio Ferrera ne comptait pas du tout sur moi, je me suis posé des questions, je me suis demandé si je n'avais pas fait une grosse bêtise en abandonnant mes études. Je m'entraînais bien en semaine mais je ne jouais jamais le week-end. Les jeunes formés au club recevaient très peu de temps de jeu. Je ne remets évidemment pas en cause l'honnêteté de cet entraîneur : il faisait jouer ceux qu'il estimait meilleurs que moi, c'est clair. Ferrera avait un bon feeling avec les anciens comme Alex Teklak et Nordin Jbari, mais sa relation avec les jeunes était beaucoup plus froide. Nous n'avons même jamais eu une discussion en tête à tête, il ne m'a jamais expliqué ce qu'il attendait de moi, s'il comptait ou non sur moi ". " Dès que Frédéric Tilmant a pris le relais de Ferrera, en octobre, il m'a fait confiance pour le déplacement à Roulers. Nous avons pris une gifle là-bas et j'ai participé au naufrage en marquant contre mon camp. Il y a un débordement du côté gauche, un centre, je recule vers notre but, notre gardien Asmir Begovic crie qu'il prend le ballon, il le boxe et l'envoie sur ma jambe, et ça rentre dans le goal. Un mauvais souvenir, évidemment. Je mourais d'envie de montrer de quoi j'étais capable, je voulais prendre mon vrai départ cette saison avec un nouvel entraîneur, et mon bilan en remontant dans le car, c'était un but contre mon camp. Dans un premier temps, j'ai eu peur que cette action malheureuse m'anesthésie pour les semaines suivantes, mais je me suis vite repris en me disant que ça m'arriverait encore, que tous les défenseurs avaient déjà marqué contre leur camp ". " Quand il a débarqué chez nous, Gilbert Bodart a vite eu une mauvaise nouvelle pour moi. Il a décidé que La Louvière jouerait à trois derrière et il fallait donc qu'un défenseur saute. C'est tombé sur moi. Bodart m'a bien expliqué qu'il n'avait rien à me reprocher mais qu'il devait faire un choix. Il a aussi décidé que l'équipe Réserve jouerait désormais avec un trio défensif afin que chacun puisse s'habituer à ce système et être prêt au moment de jouer en Première. C'est là que je me suis fait les dents. J'ai appris à ne plus sortir de ma zone, j'ai compris que je ne pouvais plus me permettre de chasser un attaquant qui reculait vers son camp, qu'il y avait les médians défensifs pour assumer ce boulot. J'ai aussi appris le coaching mutuel, terriblement important quand on n'est qu'à trois derrière. Mon temps de jeu a été extrêmement limité avec Bodart vu qu'il a décidé de ne modifier sa défense qu'au compte-gouttes ". " Une des premières décisions de Tilmant, après le départ de Bodart, a été de me remettre dans l'équipe pour le match au Standard. Quelle soirée ! J'ai d'abord appris que je jouerais à gauche de la défense, donc sur Sérgio Conceiçao. J'avais déjà eu GertVerheyen et Victor comme adversaires directs, mais Conceiçao, c'est encore autre chose, un cran au-dessus. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Je pensais qu'il allait essayer de m'intimider, de me mettre une pression psychologique infernale dès la première minute. Finalement, il n'en a pas trop fait. Il est resté fidèle à sa réputation, il m'a plusieurs fois ennuyé par des petits mots... que je ne comprenais même pas, en me bousculant de temps en temps et en râlant sans arrêt, mais j'en retiens finalement un bon souvenir. Je l'ai assez bien muselé. Et la cerise sur mon gâteau, ce fut évidemment le but de l'égalisation. Mon premier en D1, un but décisif, sur le terrain du Standard, en direct à la télévision, dans un match très médiatisé vu le contexte du départ de Gilbert Bodart. Ce but est carrément tombé du ciel. J'étais au bon endroit, au bon moment. Je ne me retrouve dans le rectangle adverse que sur nos phases arrêtées, où je suis censé exploiter ma taille et mon jeu de tête. Le ballon est arrivé sur moi, je l'ai expédié dans le goal, nous avons pris un point tout à fait inespéré. Un très, très grand souvenir, évidemment ". " La semaine dernière, j'ai fait partie des joueurs convoqués par la Fédération pour donner des explications sur la défaite 7-0 au Lierse. Une sale soirée. Comme les autres jeunes de l'équipe, j'ai essayé de faire mon match. Je préfère ne pas dire publiquement ce que je pense de ces événements. Quelques joueurs ont boycotté le match et ont dit aux jeunes de jouer normalement, je l'ai fait, j'ai la conscience tranquille. Pour le reste... J'essaye de ne plus y penser, je veux me persuader que je ne connaîtrai plus jamais de situations pareilles. Aujourd'hui, je me force à ne pas penser aux événements quand je monte sur le terrain d'entraînement. Ce n'est pas facile de faire abstraction de tout ça mais c'est nécessaire pour avancer. Ces trucs nous dépassent. C'est clair, en tout cas, que ce football-là n'est pas celui dont je rêvais quand j'étais adolescent ". PIERRE DANVOYE