Glasgow, le 19 décembre 1979. Il ne manque qu'une victoire aux Diables Rouges pour se qualifier pour le tour final du Championnat d'Europe. L'Autriche, qui a déjà disputé tous ses matches, est en tête du groupe avec onze unités en huit rencontres. La Belgique est deuxième, à un point, et elle doit utiliser ses derniers atouts. Une victoire est absolument nécessaire et les Diables Rouges, qui avaient déjà scellé le sort des Écossais le mois précédent au stade du Heysel, embarquent confiants, à destination d'une des métropoles du football les plus cotées.
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Glasgow, le 19 décembre 1979. Il ne manque qu'une victoire aux Diables Rouges pour se qualifier pour le tour final du Championnat d'Europe. L'Autriche, qui a déjà disputé tous ses matches, est en tête du groupe avec onze unités en huit rencontres. La Belgique est deuxième, à un point, et elle doit utiliser ses derniers atouts. Une victoire est absolument nécessaire et les Diables Rouges, qui avaient déjà scellé le sort des Écossais le mois précédent au stade du Heysel, embarquent confiants, à destination d'une des métropoles du football les plus cotées.Le sélectionneur d'alors, Jock Stein, avait encore un compte à régler: Michel Renquin avait tacklé Kenny Dalglish avec un peu trop de rudesse à Bruxelles. "Si nous gagnons, vous pourrez être sûrs que ce sera grâce à Renquin", déclara-t-il à la presse belge qui avait accompagné l'équipe. "La façon dont il a agressé Kenny à Bruxelles est scandaleuse. Dommage qu'il ne soit pas ici car nous lui aurions montré comment on joue vraiment au football". S'il faut en croire certains journaux écossais, Stein aurait supprimé le dernier entraînement prévu avant le match contre les Belges pour les emmener voir un film d'épouvante: les images du match aller à Bruxelles. Les Diables Rouges ne devaient donc pas compter sur un coup de main des Ecossais pour se qualifier. A Hampden Park, Guy Thys opta pour l'offensive pure, alignant trois attaquants: Jan Ceulemans, Çois Vander Elst et Erwin Vandenbergh, qui débutait en remplacement d' Eddy Voordeckers, blessé. Après dix-huit minutes de jeu à peine, Vandenbergh dévia un coup franc de René Vandereycken dans le but. C'était là un début de rêve pour les Diables et pour la carrière du paisible Campinois, qui n'avait même pas vingt ans à cette époque. Mais c'est François Vander Elst qui devint l'homme du match. Auteur de deux buts, il porta le score à 0-3 avant la pause : d'abord au terme d'un superbe une-deux avec Vandenbergh, ensuite en lobant le gardien Rough. "Je ne savais pas si le ballon avait vraiment passé la ligne, j'ai dû regarder autour de moi pour le croire", raconte Vander Elst, qui a maintenant 46 ans. "On le voit nettement sur les images. La vidéo est quelque part ici mais je n'ai pas besoin de la regarder : je me souviens de toute la scène dans ses moindres détails. Pourtant, j'avais tout sauf le sentiment que les Ecossais allaient se laisser conduire à l'abattoir comme des agneaux. Ils n'ont d'ailleurs pas levé le pied. Honnêtement, je ne me souviens pas de l'incident qui a opposé Renquin à Dalglish. Mais quand Michel disait: -Personne ne passera, et bien, personne ne passait. Malgré l'enjeu du match, personne n'avait perdu ses moyens", poursuit Vander Elst. "C'était d'ailleurs l'atout de ce groupe en or des années quatre-vingts. La préparation s'était déroulée comme d'habitude. Les formations britanniques nous convenaient à merveille. Ma vitesse était précieuse contre les Anglo-Saxons car ils jouaient souvent à quatre en ligne. Nous étions convaincus que nous ne pouvions pas perdre là-bas. A l'exception de Wilfried Van Moer, qu'on avait rappelé, aucun d'entre nous n'avait encore participé à un grand tournoi. La rage de vaincre et la certitude que nous l'emporterions nous ont portés vers le succès. Ce match est resté gravé dans nos mémoires. S'il y en a bien un dont on reparle lorsqu'on se retrouve, entre anciens, c'est celui-là". De nombreux supporters s'en souviennent également. C'était une de ces soirées durant lesquelles il y a peu de circulation dans les rues, parce que tout le monde est devant son poste de télévision. La Belgique ne s'était plus qualifiée pour un grand tournoi depuis l'EURO organisé sur ses terres, huit ans plus tôt. "C'est une des meilleures rencontres qu'aient jamais disputées les Diables Rouges, surtout cette première demi-heure. C'est aussi une de mes meilleures. Tout me réussissait. Sans vouloir jouer les gros cou, je peux dire que c'est grâce à moi que la Belgique a obtenu son billet pour l'Italie. On raconte que j'étais souvent trop individualiste mais jamais je n'aurais ignoré un partenaire mieux placé si j'étais dans une situation peu sûre. Mais quand j'étais certain de pouvoir marquer moi-même, je préférais m'en conserver l'honneur, c'est exact. Donc, j'étais en effet égoïste. Mais un attaquant doit l'être, selon moi". Le renouveau de l'équipe nationale constituait le prolongement des triomphes des clubs à la fin des années septante. Anderlecht avait disputé trois finales de coupes d'Europe et en avait remporté deux, le Club Brugeois avait joué deux finales. C'étaient des années en or, durant lesquelles Çois Vander Elst époustouflait l'Europe par ses raids le long de la touche. Avant son exploit en Ecosse, trois ans plus tôt exactement, il avait tapé dans l'oeil au Heysel, contre West Ham United, durant la finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupes gagnée par Anderlecht. Avec ses deux buts, il avait pris une large part dans la spectaculaire victoire 4-2 du Sporting. C'est d'ailleurs ce club londonien qui a été à l'origine du début de la seconde carrière de Vander Elst en équipe nationale, après qu'à vingt-cinq ans, il ait choisi l'argent et ait traversé l'Atlantique pour palper les billets verts du New York Cosmos. "Je savais qu'émigrer en Amérique constituait un risque sportif, que je risquais de perdre ma place en équipe nationale. Ce transfert était déjà à l'ordre du jour pendant l'EURO italien. On a d'ailleurs raconté, après, que si je n'avais pas inscrit de but durant ce tournoi, c'est parce que je pensais trop à l'Amérique. La vérité, c'est qu'il m'a été pénible de prendre congé de mes amis chez les Diables Rouges. Mais le dollar a été décisif. Même si au fond de moi, je l'espérais, je pouvais difficilement m'attendre à ce que les scouts de la fédération viennent me suivre aux Etats-Unis. J'ai donc littéralement disparu de la scène. Ici et là, il y avait bien un compte-rendu ou un résultat mais on ne montrait aucune image en Belgique. En outre, le niveau du championnat américain n'était rien, comparé à celui de l'Europe, même si des célébrités comme Pelé et Beckenbauer, s'y produisaient: c'étaient des vedettes sur le retour. Moi, en revanche, j'étais à l'apogée de ma carrière. Au bout d'une saison et demie, même si je m'étais bien intégré et que j'avais trouvé ma voie, j'ai décidé de mettre fin à l'expérience. Au sein du club, c'était chacun pour soi: nous n'avions pour ainsi dire aucun contact entre nous en-dehors des entraînements et des matches. Parfois, dans mon studio avec vue sur Manhattan, j'étais frappé de nostalgie mais les contacts que j'entretenais avec quelques compatriotes rendaient ma vie plus agréable". Pour autant qu'il le sache, West Ham était le seul club à s'intéresser à lui, à son retour des States. Vander Elst : "Dès le premier jour, je me suis souvenu de ce que c'était, le vrai football. En Amérique, j'avais pris quelques kilos. Ils ont vite fondu à Londres. Jamais je n'ai autant souffert que pendant les entraînements de West Ham. Mes nouveaux coéquipiers, parmi lesquels Billy Bonds, Frank Lampard, qui est maintenant entraîneur-adjoint, et le gentlemanTrevor Brooking, ne m'ont pas ménagé. Que de tackles! Mais après, ils m'ont encouragé, avec ces mots: -Sorry mate, but this is good for you. J'ai retrouvé ma place chez les Diables Rouges. Nous avons atteint le tour final du championnat du monde en Espagne mais j'ai à peine joué, là-bas. Lors du dernier match de préparation, contre le Danemark, Guy Thys m'avait demandé de neutraliser Sören Lerby. Je savais que ce n'était pas le genre de mission qui me convenait mais je n'ai pas osé refuser. La suite? J'ai été remplacé au repos et le match d'ouverture à Barcelone, face à l'Argentine, m'est passé sous le nez, car mon remplaçant, Guy Vandersmissen, avait été nettement meilleur que moi contre Lerby. Je n'ai donc effectué que l'un ou l'autre remplacement, contre le Salvador (victoire 1-0) et la Pologne (défaite 3-0). Ça ne m'a pas empêché de profiter du tournoi. L'ambiance était fantastique, entre les matches, et je ne me suis pas ennuyé une minute. Un an plus tard, ma carrière internationale s'est achevée, par une nuit de brouillard à Berne. Nous avons été battus 3-1 par la Suisse dans le tour préliminaire de l'EURO 84 organisé par la France. La Belgique s'est quand même qualifiée mais je n'ai pas été du rendez-vous. Dans l'ensemble, je ne conserve toutefois que de bons souvenirs de mon passage chez les Diables Rouges" .Stefan Van Loock