Anecdote, au conseil provincial luxembourgeois voici six semaines. On y parle renouvellement d'une taxe provinciale sur les débits de boissons spiritueuses et fermentées. Un conseiller propose d'exonérer les ASBL de cette taxe, et prend l'exemple du petit club de foot dont il est trésorier. Rôle social rempli vis-à-vis des jeunes, bénévolat pour le remplir, et pourtant difficultés pour nouer les deux bouts,...: de quoi justifier à ses yeux l'exonération d'une taxe qui tourne alentour de 3000 francs. Et le Conseil Provincial de la Belle Province de s'animer soudain.
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Anecdote, au conseil provincial luxembourgeois voici six semaines. On y parle renouvellement d'une taxe provinciale sur les débits de boissons spiritueuses et fermentées. Un conseiller propose d'exonérer les ASBL de cette taxe, et prend l'exemple du petit club de foot dont il est trésorier. Rôle social rempli vis-à-vis des jeunes, bénévolat pour le remplir, et pourtant difficultés pour nouer les deux bouts,...: de quoi justifier à ses yeux l'exonération d'une taxe qui tourne alentour de 3000 francs. Et le Conseil Provincial de la Belle Province de s'animer soudain.En voiture pour la polémique! Pas question d'exemption, argumentent les uns, la taxe n'est pas énorme quand on pense à ce que claquent les clubs de foot pour transférer des joueurs: sans compter que les buvettes concurrencent les cafés de village! Faux, répliquent les autres, buvette et bistrot sont complémentaires: c'est parce qu'on a bu quelques verres dans la première qu'on est enclin à terminer la soirée dans le second! Finalement, la proposition sera rejetée: majorité contre opposition, l'eusses-tu cru!? Les adultes continuent donc d'être invités à picoler dans les buvettes, pour que les clubs aient les moyens d'apprendre à leurs gosses à avoir un esprit sain dans un corps sain.Mais les clubs n'évitent pas la taxe susdite: vu que les adultes picoleurs, où que ce soit qu'ils picolent et même si c'est pour la bonne cause, risquent en fin de parcours de coûter cher à la Sécu. La boucle est bouclée, vive le sport-santé.L'anecdote est apéritive à quelques bavardages que je voudrais oser à propos des petits clubs, geignant cycliquement selon leurs deux thèmes favoris: les bénévoles se font "de plus en plus" rares, et il devient "de plus en plus" difficile de nouer les deux bouts. D'abord, à me demander ce qu'est un petit club, je n'ai qu'une réponse: c'est celui qui végète sans grosse ambition en dernière Provinciale de sa province, ... et c'est ce type de club qui pleurniche le moins! A part ça, le "petit" club objectif n'existe pas, vu qu'il est toujours aussi le "gros" d'un autre.En septembre, j'ai été frappé par l'enquête de Sport/Foot Magazine sur les "petits clubs" de D3 ou de Promotion ...et des chiffres par eux cités en pleurant sur leur sort: c'était le pactole pour des clubs de Provinciales, et pour leurs joueurs! Le tic du foot, et pas seulement du foot, c'est de toujours se sentir grugé par rapport aux plus puissants, sans jamais se remettre en cause par rapport aux plus faibles. Anderlecht n'agit pas autrement lorsqu'il flippe sur ses flops en Ligue des Champions. Se plaindre de son sort, en toute circonstance: c'est la règle du jeu et elle n'est pas fair-play. "Les bénévoles se font de plus en plus rares". Faux. Ils l'ont toujours été, Raymond Linden disait déjà ça à Gembloux quand j'étais petit. Il y a deux sortes de bénévoles. Les minoritaires, bénévoles ad vitam tant le club est leur vie, ...et qui admettent difficilement que tout le monde ne soit pas comme eux! Et les majoritaires: ils s'amènent remplis de bonne volonté, bossent un certain temps, se lassent et en ont bien le droit, puis repartent: et les minoritaires doivent en dénicher d'autres! La définition du comitard? C'est un bénévole de type minoritaire, qui fatigue à force d'avoir sans cesse à dénicher de nouvelles bonnes volontés. Corollairement, le comitard d'élite est ainsi un rassembleur-né. Mais le besoin en bénévoles, lui, est vieux comme le foot. "Joindre les deux bouts est de plus en plus difficile". Archi-faux. Ça l'a toujours été et ça le sera toujours, chez les caïds comme chez les humbles et pour la même raison footeuse: rêve de montée et trouille de descendre en même temps, nombre de clubs claquent au minimum 2/3 de leurs recettes brutes à la seule fin de se constituer une équipe Première qui tiendra la route: et plus le budget augmente, plus la proportion tend vers les 3/4... Et aucun club ne se limitera à 1/2, tant qu'un cadre légal ne l'y contraindra pas: n'empêche que si l'on y parvenait, y'aurait plus nulle part de problème ni pour former les jeunes, ni pour joindre les bouts. Ni pour payer la taxe provinciale.Bernard Jeunejean