C'est une image pour l'éternité : lors de la Coupe du Monde 1994, Luis Enrique quitte le terrain le nez en sang, en poussant un cri de douleur et de frustration qui fait froid dans le dos. L'Espagne a perdu son quart de finale contre l'Italie sur le score de 1-2 et Enrique a été victime d'un coup de coude de Mauro Tassotti passé inaperçu aux yeux de l'arbitre. Jusqu'en 2008, cela restera une image symbolique : alors que les clubs espagnols mythiques comme le FC Barcelone et le Real Madrid dominaient l'Europe, l'équipe nationale faisait systématiquement chou blanc dans toutes les grandes compétitions.
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C'est une image pour l'éternité : lors de la Coupe du Monde 1994, Luis Enrique quitte le terrain le nez en sang, en poussant un cri de douleur et de frustration qui fait froid dans le dos. L'Espagne a perdu son quart de finale contre l'Italie sur le score de 1-2 et Enrique a été victime d'un coup de coude de Mauro Tassotti passé inaperçu aux yeux de l'arbitre. Jusqu'en 2008, cela restera une image symbolique : alors que les clubs espagnols mythiques comme le FC Barcelone et le Real Madrid dominaient l'Europe, l'équipe nationale faisait systématiquement chou blanc dans toutes les grandes compétitions. A l'exception du Championnat d'Europe 1964, son armoire à trophées restait désespérément vide. Enrique n'a rien pu y changer : entre 1991 et 2002, l'attaquant a porté à 62 reprises le maillot de l'équipe nationale espagnole, inscrivant 12 buts, mais son palmarès est resté vierge. Il n'est jamais allé plus loin que les quarts de finale. Luis Enrique quittant le terrain battu et ensanglanté : ce n'est qu'une facette du nouvel entraîneur du FC Barcelone. Dans les clubs qu'il a fréquentés, Luis Enrique a eu davantage l'occasion de sourire. Il a collectionné les titres, tant au Real Madrid qu'au FC Barcelone. Avec le Barça, il a notamment remporté la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe 1997, grâce à une victoire 1-0 sur le Paris Saint-Germain. C'est en Catalogne que Luis Enrique a le mieux presté : en 207 matches, il a inscrit 73 buts. Il fut aussi le capitaine de l'équipe, une marque de respect extraordinaire pour un homme qui avait porté le maillot du Real Madrid pendant cinq ans précédemment. Mais, avant son transfert, il avait pris le soin de se distancier de la Maison Blanche. On lui en fut reconnaissant à Barcelone. Luis Enrique incarne la philosophie du FC Barcelone. Il porte en lui l'ADN du club. En 2008, il fut l'entraîneur de l'équipe B et travailla à La Masia, où l'on forme les jeunes talents. Il était l'homme tout indiqué pour le football pratiqué par les artistes du tiki-taka. Lorsque Tito Vilanova dut arrêter en raison de sa maladie, chacun s'attendait d'ailleurs à ce qu'il franchisse un échelon. Pourquoi le FC Barcelone opta-t-il finalement pour l'Argentin Gerardo Martino ? C'est une question qui demeure aujourd'hui encore sans réponse. Mais maintenant, Luis Enrique reçoit donc bel et bien sa chance. Le voilà de retour au bercail après un détour par l'AS Rome où, en raison de divergences caractérielles, il eut quelques accrochages avec Francesco Totti. C'est l'une des raisons pour lesquelles il n'est resté qu'une saison dans la Ville Eternelle. Cela lui a toutefois permis de serrer la main de Tassotti, avant un match contre le Milan AC, 17 ans après le coup de coude américain. La saison dernière, Luis Enrique a travaillé au modeste Celta Vigo, qu'il a mené à la huitième place du classement. Aujourd'hui, il est prêt pour le haut niveau. A Barcelone, on espère qu'il donnera une nouvelle impulsion au club, comme Diego Simeone l'a fait à l'Atletico Madrid. Enrique peut paraître aussi froid que Simeone. Sa carrière l'a endurci. Il ne rechigne à aucun effort : en 2005, il a participé à son premier marathon de New York et a terminé dans un temps tout à fait honorable de 3 heures et 14 minutes. Un an plus tard, à Amsterdam, il a amélioré ce chrono d'un quart d'heure. Et en 2007, ce fou de fitness a même pris part à un Ironman à Francfort. Lors de son premier match comme entraîneur du FC Barcelone, Luis Enrique a déjà donné sa carte de visite : dans cette rencontre remportée 1-0 contre le Recreativo Huelva, il a changé l'intégralité de son équipe à la mi-temps. Il veut renforcer la concurrence. Personne ne peut être sûr de sa place. C'est ainsi que le gardien allemand Marc-André ter Stegen, transféré du Borussia Mönchengladbach, a constaté que l'international chilien Claudio Bravo avait également été acheté et qu'ils seraient mis en balance. Enrique a promis de construire une nouvelle équipe. Evoluera-t-elle encore dans le style de ses devancières, en pratiquant le tiki-taka ? L'avenir nous l'apprendra. L'acquisition, par Enrique, du rugueux défenseur du FC Valence Jérémy Mathieu, a rendu certains sceptiques. En revanche, tout le monde est convaincu que son message passe bien auprès des joueurs, et on n'en veut pour preuve que le fait que Xavi, qui sollicitait un transfert, ait finalement décidé de rester. Xavi est, avec Andres Iniesta, le symbole du football pratiqué par le FC Barcelone. La saison dernière, ils n'étaient plus parvenus à donner l'impulsion nécessaire. On se demande donc s'ils entreront encore dans les plans d'Enrique. Ce n'est sans doute pas un hasard si le club a engagé le milieu de terrain croate Ivan Rakitic qui, la saison dernière, avait conduit le FC Séville à la victoire finale en Europa League. Il pourrait devenir l'une des fourmis travailleuses de l'entrejeu, derrière le trio magique Messi-Neymar-Suarez. A la question de savoir dans quel style il entendait faire jouer le FC Barcelone, Enrique a répondu laconiquement : " Nous devons retrouver le goût de la victoire le plus rapidement possible, mais pas à n'importe quel prix. Nous allons privilégier l'attaque, et conserver ce football attractif grâce auquel nous avons conquis le monde. " C'était aussi le discours de Pep Guardiola, auquel Luis Enrique avait succédé en tant qu'entraîneur de l'équipe B et avec qui il a beaucoup de points communs. Les deux hommes ont pris les commandes du navire après une campagne ratée, à la fin d'un cycle. Ils ont dû redresser la barre et prônent un style caractéristique. Ils veulent un football dynamique, agressif, discipliné et efficace. Sans faire référence aux héros du passé. L'arrivée de Guardiola avait marqué la fin de Ronaldinho, de Deco et plus tard de Samuel Eto'o. Même si Xavi a décidé de ne pas donner suite aux propositions américaines, on spécule déjà sur son avenir. On pense que le milieu de terrain s'en ira cet hiver. Et comment se comportera Enrique vis-à-vis du sensible Messi ? Le nouvel entraîneur du FC Barcelone veut voir de l'engagement, mais a déjà déclaré qu'il était très honoré de pouvoir travailler avec le meilleur joueur du monde. C'est sans doute le plus grand défi de Luis Enrique : remettre l'Argentin sur les bons rails. ?PAR PETER SCHWARZ-MANTEY - PHOTO: BELGAIMAGE